Dissolution du Gouvernement, Internet, cas des médias : François Louncény Fall brise le silence… « interview »

CONAKRY- L’ancien Premier Ministre Guinéen, François Louncény Fall vient de briser le silence. Dans un entretien accordé ce mercredi 21 février 2024 à Africaguinee.com, le président de l’Union Nationale des Patriotes de Guinée (UNPG) s’est exprimé sur la dissolution du Gouvernement de Transition, un sujet qui défraie la chronique en Guinée. Avec l’ex Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies (2016-2022) en Afrique Centrale, nous avons également abordé d’autres sujets tels les restrictions de l’accès à internet, le brouillage des ondes de certains médias. Dans cette interview, l’ancien diplomate a levé un coin du voile sur les raisons de sa démission au poste de Premier en 2004. Interview exclusive !!!


AFRICAGUINEE.COM : Quelle lecture faites-vous de la dissolution du Gouvernement ?

FRANÇOIS LONSÉNY FALL : Écoutez, je n’ai pas été tellement surpris par les mesures qui ont été prises parce qu’on sentait déjà qu’il y avait une certaine cacophonie au niveau du Gouvernement. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui comment les choses se sont passées. Mais ce que je puis vous dire, ce que les mesures qui ont accompagné cette dissolution me paraissent assez particulières. J’ai vu des changements de gouvernement, mais de cette manière-là, c’est là où les gens se posent beaucoup de questions. Mais je pense que quand on aura la composition du nouveau Gouvernement, on en saura beaucoup plus.

Les mesures qui ont été annoncées, c’est certainement celles qui sont appliquées quand un Gouvernement change. Quand on quitte un gouvernement, on est obligé de libérer les locaux, libérer les véhicules de l’Etat, les gardes de corps s’en vont mais la manière spectaculaire par laquelle les choses se sont passées, c’est ce qui est un peu étrange. C’est pourquoi les gens font beaucoup de supputations en ville. Mais pour le moment, moi je considère qu’il s’agit d’un changement de gouvernement et que quand le nouveau gouvernement sera composé on saura exactement où on en est réellement.

La dissolution intervient tout de même dans un contexte social difficile et un climat politique crispé. N’est-ce pas une des raisons ?

Effectivement, nous vivons une situation un peu difficile depuis l’incendie du dépôt d’hydrocarbures. Il y a eu un manque de carburant en ville qui a impacté le transport, les prix des denrées. Cela est évident.

Je sais aussi qu’il y a un malaise au niveau de la presse, des radios sont affectées, il y a aussi les problèmes d’internet. En tant que démocrate, je l’ai toujours dit : l’internet est un droit pour les populations. Je ne renoncerai pas à ça parce que l’internet pour moi est un outil de travail. Dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut absolument rien faire sans internet. Dans les hôpitaux, dans les banques, dans les universités, dans toutes les transactions que nous faisons aujourd’hui, sans internet on ne peut absolument rien faire. Donc, si on ferme internet, ce n’est pas seulement contre les populations, c’est aussi contre les activités du Gouvernement. Tout le monde a à perdre.

Au Cameroun où j’ai vécu, il y a un conflit entre la partie anglophone et la partie francophone. Il y a eu une révolte dans la partie anglophone à la fin de l’année 2016 alors que je venais d’être nommé représentant spécial. Le Gouvernement a suspendu l’internet dans cette partie vivante du Cameroun pour trois mois. Quand je suis arrivé en tant que représentant spécial, j’ai indiqué clairement que l’internet est un droit et qu’il faut absolument cesser de couper ce service qui est aussi un outil précieux dont on ne peut pas s’en passer. Donc, le Gouvernement (camerounais) a entendu mon appel, ils ont rétabli l’internet.

C’est le même appel que je lance encore aujourd’hui. Pour les affaires de sécurité nationale, les autorités ont beaucoup de moyens pour parer à cela, en trouvant des moyens pour assurer la sécurité nationale dans l’intérêt de nous tous.

Ensuite, en ce qui concerne la presse, les patrons de presse sont tenus de respecter les obligations des cahiers de charge et la déontologie. Quand j’étais Premier ministre ici, je me suis battu pour qu’on libère les ondes et qu’on permette la création des radios privées. C’est l’une des raisons d’ailleurs de ma démission parce que je m’étais opposé au Gouvernement à l’époque qui ne voulait pas la création des radios et télévisions privées. Si vous lisez ma lettre de démission, ça faisait partie des griefs.

Par contre, il faut dire qu’il y a une déontologie de la presse. J’assiste souvent à des attaques sévères dans les radios. Les réseaux sociaux, on n’y peut rien parce que le monde est ainsi fait aujourd’hui. Mais on a d’autres moyens de poursuivre les gens pour diffamation. C’est possible. Mais personnellement les mesures sur la presse et les mesures sur internet, il faut les revoir. Il faut trouver des solutions parce que ça donne aussi une très mauvaise image du pays à l’extérieur.

Au moment où on fait la conférence des bailleurs de fonds pour venir investir en Guinée, il faut créer les conditions pour que les gens viennent investir. Mais avant, ils vont demander d’abord comment fonctionnent les libertés fondamentales, l’électricité etc. Il y a eu des promesses qui ont été faites, mais pour consolider cela il faut relâcher un peu au niveau de l’intérieur. Je parle en vrai démocrate, parce que pour moi l’internet est un droit.

Au plan politique aussi il y a une crispation. Quelles sont vos attentes ?

Nous attendons ! On a annoncé que bientôt il y aura une nouvelle constitution, je suis dans cette logique mais aussi dans la logique du respect du chronogramme qui a été annoncé. Pour le moment je n’ai pas d’autres commentaires puisqu’on parle de nouvelle constitution le mois prochain. Ce sera une grande avancée. Et une fois qu’on aura la Constitution, on saura au moins à quoi s’en tenir. Je souhaite qu’on donne maintenant un coup d’accélérateur au chronogramme.

Pensez-vous que la mise en place d’un gouvernement d’union nationale pourrait contribuer à décrisper la situation actuelle ?

Je ne vais pas commenter cette question. Il appartient aux autorités en place de décider sur ce qu’il faut mettre en place pour qu’il y ait la concorde et que la Transition se fasse dans des conditions apaisées. C’est mon souhait.

Entretien réalisé par Boubacar 1 Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 21 février 2024 13:33

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