Timbi Madina : sur les traces de Petit Barry, jeune de l’axe devenu modèle de réussite

Elhadj Amadou Barry dans son champ de pomme de terre

PITA-Son parcours force l'admiration, son histoire atypique est un cas d'école. Elhadj Amadou Barry a quitté les bureaux climatisés pour s'installer en zone rurale en vue de se frayer son propre chemin. Ce jeune diplômé de l’Institut Supérieur du Commerce et d’Administration des Entreprises de Guinée "ISCAE" a quitté Conakry en 2013 pour s’établir à Pita, dans la sous-préfecture à Timbi Madina, considérée comme la capitale de la pomme de terre.  

Elhadj Amadou Barry a grandi au quartier Hamdallaye, dans la commune de Ratoma. Sa famille est l'abri du besoin. Il pouvait d'ailleurs rester à Conakry, pour gérer l'entreprise familiale. Mais il a préféré voler de ses propres ailes.

Pour se tracer son petit bonhomme  de chemin, il s'est lancé dans la culture de pomme de terre, à des centaines de kilomètres des siens. Il a débuté avec un hectare. Mais de nos jours, Petit Barry pour les intimes, cultive sur un espace de 30 ha. Il a fondé sa propre entreprise appelée "Gobel Sarl" et emploie une main-d’œuvre essentiellement féminine.

Elhadj Amadou Barry explique que tout est parti d’un séminaire de formation qu’il avait suivi en 2013 à Dakar. « J’ai compris que les milliardaires se trouveront dans l’agrobusiness. Dans sous peu de temps, ils seront les maitres du bien-être. A partir de là, j’ai décidé de me lancer dans l’agriculture. En 2014, j’ai côtoyé un jeune producteur installé par la Fédération des paysans du Foutah Djallon qui m’a convaincu. C’est suite à cela que je me suis orienté dans la filière pomme de terre. Je regrette même d’avoir commencé un peu tard parce que, c’est à travers l’agriculture que j’ai obtenu tout ce que j’ai aujourd’hui. J’ai un important carnet dans le monde en Hollande, Belgique, Turquie grâce à l’agriculture. Lorsque j’étais dans l’entreprise familiale, je n’avais pas cette ouverture. J’étais tout le temps à Conakry sans connaitre le monde. Je me sens mieux dans l’agriculture. J’ai commencé en 2014 avec un demi-hectare de pomme de terre et aujourd’hui, je suis à 30 hectares. On compte aller au-delà jusqu’à 200 hectares», explique le jeune entrepreneur agricole.

Au fil des ans, Barry a élargi son périmètre et a également recruté un personnel composé en majorité des femmes. Bintou Sow en est la présidente. « C’est la 5e année depuis que nous avons commencé à travailler avec Barry. Nous avons un bon rapport avec lui. Avant, on venait avec nos enfants qui, aujourd’hui, grâce à nos revenus sont inscrits à l’école. Tandis que les plus grands apprennent un métier », témoigne-t-elle.

Dans sa vision, c'est de parrainer des jeunes et des femmes afin qu’ils épaulent d’autres personnes à leur tour. Ami d’enfance de Petit Barry, Mamadou Yacine Bah avait fini ses études et vivait à Conakry, sans emploi. Grâce au patron du "Gobel Sarl", il s'en sort mieux aujourd'hui.

« Barry est un ami d’enfance. C’est lui qui m’a encouragé. Un jour, il est allé me trouver à Conakry et m’a dit ‘‘ Yacine tu as fini tes études et tu n’as pas encore trouvé le premier emploi.  Mais, cette fois-ci, je ne vais pas te laisser, on ira ensemble à Timbi. Tu feras le stage pour voir comment ça marche. J’ai hésité un moment de laisser mes parents à Conakry pour aller en brousse. Finalement il m’a convaincu je l’ai suivi. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir appris beaucoup de choses et je ne pense même plus à la ville, je resterai ici dans le monde rural », explique Yacine.

De par son courage, Barry s’est vite fait remarquer au sein de la communauté de Timbi-Madina.  Il est adulé par les sages. Ce témoigna de cet imam à Timbi-Madina est un cas illustratif.  « Il y a des personnes qui dilapident leur héritage. S’ils héritent un vélo, ils le revendent pour se retrouver piétons. S’ils héritent deux chambres, ils les revendent également pour aller se réfugier auprès de quelqu’un. Mais, le jeune Elhadj Amadou Barry est une exception, c’est un bon exemple. Il a trouvé que ses parents ont des moyens, en dépit de tout cela, il a décidé de travailler pour lui afin d’augmenter la richesse familiale au lieu de dilapider les biens familiaux. Beaucoup de personnes s’interrogent pourquoi Barry est venu à Timbi en abandonnant tout. Sinon la richesse de ses parents garantit son avenir. Il a préféré venir s’installer dans cette brousse pour faire fortune. C’est exemple est à saluer et ses parents peuvent en être fiers. Il est différent des jeunes qui prennent un montant important pour traverser le désert et espérer atteindre l’Europe », explique Elhadj Mamadou Saliou Diallo, imam à Timbi-Madina.

A ses débuts, Barry avait eu du mal à obtenir un financement à cause de son jeune âge. Comme en témoigne le chef d’agence de la Finadev à Timbi-madina. « C’est un jeune qui mérite l’appréciation et tous les encouragements. Son premier prêt, il l’a obtenu avec nous. C’était un montant de 100 millions puis il a renouvelé à 150. Maintenant, il fait partie des plus gros épargnants de notre institution. Il a vraiment l’ambition d’évoluer. Pour la petite histoire, le jour où il a fait sa demande de prêt quand j’ai remonté le dossier à ma hiérarchie, celle-ci a demandé si on peut lui accorder ce montant parce qu’il est trop jeune. Au fur et à mesure, nous nous sommes rendus compte que c’est un homme sérieux ».

A cause de la pandémie, beaucoup d’agriculteurs ont été éprouvés. Il a fallu l’intervention de la fédération des paysans du Fouta Djallon qui fédère plus de 35000 producteurs de pomme de terre pour limiter les dégâts.

 « Cette fédération doit être accompagnée par l’Etat, il faut s’inspirer d’elle pour faire la même chose dans toutes les régions du pays pour booster l’agriculture et attirer les jeunes. L’agriculture peut créer des emplois potentiels. Pendant l’explosion de la Covid-19, personnellement j’ai eu un financement de plus de 700 millions Gnf via la fédération en tant que crédit semence et engrais pour arriver à mes 30 hectares de pomme de terre», confie Elhadj Amadou Barry.

La récolte…

Thierno Amadou Korka Diallo supervise la récolte. Il explique le processus. « Pendant la récolte, nous venons tôt le matin pour organiser la main-d’œuvre composée essentiellement de femmes. Nous discutons du prix selon la superficie à récolter ou la tâche de chacune d’entre elles. Le soir ou à la fin des travaux, chaque femme perçoit ses sous et un peu de tubercules. L’objectif est que chacun sort gagnant de la collaboration ».

Grossiste, Hadja Idiatou Diallo collabore avec l’entreprise Gobel depuis plusieurs années. Elle est très satisfaite de la collaboration. « Quand la récolte commence, notre fournisseur nous appelle. Nous préparons nos petits qui font l’emballage et nous nous donnons rendez-vous dans les champs. Les femmes récoltent et les petits mettent dans les sacs. C’est après cette étape que les camions viennent prendre en direction de nos magasins ou directement pour Conakry. Elhadj Amadou Barry est mon fournisseur permanent. Les petits qui emballent sont payés à 2000 Gnf par sac. Les transporteurs aussi gagnent sur les frais de transport. Nous sommes vraiment satisfaits de la collaboration », explique cette vendeuse de pomme de terre.

Pour la période allant de janvier à mars 2021, sur les 30 ha semés, Barry a récolté 722 tonnes de pomme de terre soit 28 mille 880 sacs de 25 Kg. Une prouesse inédite. « Je demande à l’Etat guinéen de mettre en place un centre d’écoute pour les jeunes porteurs de projet. Je ne suis pas pour l’idée de distribuer de l’argent aux jeunes, mais permettre que les porteurs de projet soient écoutés. L’Etat peut être garant auprès des banques pour financer nos projets parce que les jeunes n’ont pas de titre foncier pour hypothéquer dans les banques. Nous venons de commencer et si l’Etat se porte garant, nous pourrons trouver de financement et travailler », sollicite Elhadj Amadou Barry.

 

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel :  (00224) 664 93 45 45

Créé le 3 juin 2021 17:49

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: ,

TOTALENERGIES

UNICEF

LONAGUI

cbg_gif_300x300

CBG

UBA

smb-2

Consortium SMB-Winning

Annonces

Recommandé pour vous

Annonces

GAC recrute trois (3) superviseurs mine…

jeudi, 11 juillet 24 - 5:43 pm