Telimélé : A la découverte de Benndè, village centenaire en manque de tout…

TELIMELE- En Guinée, il existe encore des localités très enclavées où les habitants vivent comme au Moyen-Age. Nous sommes à Benndè, commune rurale de Sinta, dans la préfecture de Télimélé. Cette bourgade a plus deux siècles d’existence, selon les estimations de la localité.

Perché au sommet d’une montagne, ce village est privé de tout ce qui est service social de base. Depuis l’accession de la Guinée à l’indépendance, il n’a pas senti l’existence de l’État qui n’y a rien investi. Il n’y a ni route, ni eau potable, ni écoles encore moins d’un centre de santé. Les habitants parcourent des kilomètres pour s’approvisionner en eau, denrée vitale. Mais en saison sèche, la situation devient pire. Les sources tarissent.

Les conditions de vie sont si difficiles qu’elles ressemblent à certaines réalités du moyen-âge. Pour avoir quelques gouttes d’eau, il faut aller au bas-fond pour rapporter une eau sale à filtrer avant tout usage. Benndè ne dispose pas de puits améliorés. Les populations locales estimées à 1093 habitants vivent dans l’extrême pauvreté et n’ont pas les moyens de s’offrir les besoins sociaux de base. La vie est plus paisible dans le bas-fond, mais ils ne veulent pas abandonner le village autour de la mosquée pour se retrouver au bas-fond. Situé à environ 8 km de Sinta centre et à 106km de Télimélé, Bennde est très enclavé. Ici les populations tendent la main aux bonnes volontés.

A Benndè, de vieilles femmes presque septuagénaires sans aide potentielles font la marche pour monter et descendre une montagne à la quête de l’eau. Neene Mariama se déplace à l’aide d’une canne pour rallier la rivière avec d’autres. Elle est obligée de faire le trajet tous les jours pour renvoyer l’eau sale à filtrer :

« Vous voyez l’état de l’eau. Ce qui existe ne peut être distingué du manque, sinon tout est en manque en réalité. Il faut du temps pour filtrer. Le retour est beaucoup est très difficile. Qui pour nous donner de l’eau ? Il n’y a presque pas de changement à tout moment c’est comme ça que nous vivons ici. Nous n’avons nulle part qu’ici. Aidez-nous à cause de Dieu » se lamente la vieille mère.

Mamoudou Bah est professeur de mathématiques à la retraite. Il vit ce quotidien difficile de son village natal. Il décrit l’historique du village et lance un appel.

« Ici c’est Benndè Missidè sur le haut plateau de Temberè, à 2 km du bas-fond. La mosquée derrière a été fondée 50 ans après la création du village, elle est âgée de plus d’un siècle et demie et si vous rajoutez les 50ans de l’existence du village, c’est plus de 2 siècles. Mais l’accessibilité à Benndè est très difficile, l’eau reste un gros problème également, les sources ont tari complètement, c’est comme ça nous vivons en saison sèche. Vous ne pouvez pas imaginer les longues marches que nous effectuons pour avoir de l’eau. Nous continuons à vivre dans ce village à cause de la mosquée qui est son symbole, parce que nous ne voulons pas l’abandonner pour rejoindre le bas-fond.

Nous manquons de routes, de l’eau et nous voulons rénover la mosquée. Nous demandons le concours de tout le monde de nous venir en aide », lance ce natif de Benndè.

« Eau, hôpital, marché, tout est très éloigné de nous »

Thierno Alseny Thiouto Barry, premier imam de Benndè a presque vécu toute sa vie dans ces difficultés sans ces infrastructures sociales de base. L’eau, hôpital ou le marché, il faut environs 10km au moins pour aller à Sinta centre d’où relève le district de Benndè. Il a les yeux rivés sur des minces espoirs de voir un changement dans son village natal Benndè :

« La source d’eau du village suinte légèrement, c’est nettement insuffisant pour les populations du village. Y aller est aussi très difficile. Il faut voir l’état de l’eau, sa couleur pour se rendre compte que nous sommes profondément dans le besoin. C’est le mois de Mars qui commence, c’est une période où les petites gouttes sur lesquelles nous comptons disparaissent, c’est en saison des pluies que nous avons un peu de soulagement avec les fortes pluies. La souffrance est énorme. C’est à environ 2km de distance pour arriver à la source ‘’ Bhoundou Benndè’’. Les femmes passent du temps à dégager les feuilles mortes pour accéder au point d’eau. Nous n’avons pas de puits ordinaires encore moins de forage, tout le besoin en eau c’est à ce point de source. Il y a tellement de particules dans l’eau qu’il faut la filtrer pour pouvoir l’utiliser.

Pour aller à l’hôpital ou au marché, la distance est énorme, il faut aller à la sous-préfecture à Sinta centre. De là à Télémelé centre il faut compter au moins 35km, quant à Kindia ce n’est pas moins de 100km. Nous sommes enclavés et très isolés ici. Nous n’avons accès à rien pratiquement ici. Vous voyez aussi l’état de notre mosquée, elle est trop vétuste. Elle est fondée il y a environ 157 ans, un siècle et demi. Elle a connu plusieurs formes avant celle actuelle, nous voulons la reconstruire. Nous disons à tout passant que nous voulons de l’eau, le marché, l’hôpital et la mosquée. Nous mettons l’eau en priorité, la souffrance est énorme ici », explique Thierno Alseny Thiouto Barry, imam de Benndè.

« C’est de la boue, ce n’est pas l’eau. Nous partageons avec les animaux »

Adama Diouldé Barry, la cinquantaine fait partie des ces nombreuses femmes qui arpentent des collines pour raller un marché ou partir à la quête de l’eau. C’est une femme très éprouvée à l’image de toutes les autres :

« De toutes les difficultés, le calvaire de l’eau est en première position, pratiquement c’est la boue que nous transportons à la maison de la rivière, il faut une longue opération pour laisser au repos et filtrer afin qu’on puisse utiliser. Toute la matinée nous ne cherchons que l’eau qu’il faut exposer en longueur de journée pour séparer la boue de l’eau. Nous n’avons pas le choix, c’est cette eau qu’il faut boire. Nos animaux, les vaches, les chèvres nous partageons tous ce point d’eau de source. Les bêtes s’abreuvent et on vient puiser à notre tour. C’est la course à l’eau entre nous et les animaux, c’est difficile. Chaque matin nous venons puiser difficilement, le soir d’autres femmes reviennent ou bien nous laissons la place aux animaux. Ça nous fait mal de voir nos bêtes souffrir de soir bien que nous ayons aussi avidement besoin dans nos ménages.

L’autre problème ce qu’on n’est pas proche du village, il faut marcher, monter et descendre des collines pour y arriver. Nous puisons un peu et laissons une partie aux animaux sinon ils seront privés, il n’y a aucun recours. Parfois il n’y a plus rien, il faut assez de temps pour que ça jaillisse un peu encore. A l’hôpital, beaucoup de maladies que nous avons c’est lié à l’eau. Quiconque a les moyens de nous aider, nous sollicitons en tout cas. Ensuite la route et la mosquée, notre route est faite à la main, donc impraticable » se lamente cette mère de famille.

« Nos parents et  nos grands-parents ont vécu ainsi dans la souffrance, Aidez-nous »

Thierno Karmako Samba Barry, amputé d’un pied est ancien imam. Ce membre du collège des sages de Benndè révèle que jamais leur village n’a gouté au ‘’bonheur’’. Tout est à chercher ailleurs. C’est presqu’en larmes qu’il se confie à africaguinee.com :

« C’est l’un des anciens villages du Fouta qui est Benndè. Nous sommes déjà vieux, nos grands-parents et nos parents directs ont vécu ici. Pour vous dire que c’est un ancien village, la mosquée est âgée d’au moins de 167 ans.  Présentement c’est nous qui sommes là, la souffrance est la même pour tous. Jamais l’accès à l’eau n’a été facile ici, il y a quelques années, il y avait des sources d’eau partout, maintenant tout a disparu, l’eau devient de plus en plus rare.

La source d’eau est à environs 3km, la route n’y est pas aussi, le village est en hauteur. Il faut arpenter une colline très difficile pour être là. Nous n’avons pas d’école, nos enfants marchent 5km pour aller à Balaya, un village voisin pour étudier.  Nous n’avons d’hôpital, rien n’est sur place ici. Il faut marcher pour les soins, l’eau et les études. Nous avons une population nombreuse et dispersé entre le sommet de la montagne et la vallée. Mais tout le monde revient le soir à Benndè centre. Aidez-nous », lance ce sage du village, Karamoko Samba.

Les habitants de Benndè redoutent déjà un ramadan difficile sans eau potable à portée de main alors qu’aucune solution n’est en vue. Comme plusieurs localités du pays, Benndè n’a bénéficié d’aucun projet de développement de la part de l’Etat guinéen depuis l’indépendance. C’est l’une des localités oubliées de la république.

De retour de Bendè,

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le 5 mars 2024 10:12

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