Restrictions des réseaux sociaux : Une mesure qui fait des grincements de dents… « reportage »

CONAKRY-Les restrictions d’accès aux réseaux sociaux engendrent des conséquences désastreuses en Guinée. Outre le ralentissement des activités de l’économie numérique naissante, la formation des étudiants est aussi affectée. Étudiants, prestataires, candidats au concours de recrutement à la fonction publique, et même les institutions bancaires dénoncent cet état de fait qui impacte négativement leurs activités et leur vie au quotidien.


A l’Institut Supérieur de Formation à Distance (ISFAD) les cours sont à l’arrêt faute connexion avec les apprenants. Les autorités de cet institut ont décidé de repousser le démarrage des cours jusqu’au 11 décembre, espérant que la situation va se normaliser d’ici là. Des étudiants que nous avons interrogés se lamentent face à cette situation.

« L’ISFAD où nous sommes orientés, tout le travail se fait sur le réseau. Quand il n’y a pas la connexion internet on ne peut pas travailler.  Alors la coupure actuelle du réseau a fait qu’ils ont reporté les cours au 11 de ce mois.  Jusque-là, nous n’avons pas commencé à étudier. On demande au gouvernement de rétablir le réseau d’ici le 11 pour que les cours puissent bien reprendre à notre niveau », confie Julien Monemou, étudiant à l’ISFAD de Nzérékoré.

Aliace Téliano, une autre étudiante en licence 1 Économie renchérit : « Nous qui avons été orientées à L’ISFAD, nous rencontrons d’énormes difficultés parce nous travaillons avec la connexion et le réseau. Normalement, on devait commencer les cours le 1er décembre2023. Mais compte tenu de cette coupure de réseau nous n’arrivons pas à suivre les cours et la direction a jugé nécessaire de reporter les cours, jusqu’au 11 décembre. Les autres ont déjà commencé les cours dans les autres Universités et nous jusqu’à présent on chôme. Je lance un appel à l’Etat et tous ceux qui travaillent dans ce secteur pour rétablir le réseau, parce que nous qui avons été orientés à l’ISFAD nous sommes en retard d’un mois. Les autres sont déjà en avance’’.

Interrogé par notre reporter basé dans la région, Docteur Lucien Solié, le Directeur Général de l’ISFAD de Nzérékoré avoue avec un pincement au cœur les difficultés.  « Si cette situation perdure, ça va nous fatiguer parce que nous travaillons avec l’internet. Les étudiants ont du mal à se connecter pour apprendre. A cela s’ajoutent des problèmes techniques », explique l’encadreur.

« Nous avons repoussé le démarrage des cours espérant que l’internet va être suffisamment amélioré. Mais ce qui reste claire, les perturbations actuelles nous affectent tous. Parce que nous travaillons exclusivement avec l’internet. La formation en ligne c’est ça. Si ça continue à être perturbé, il y’aura beaucoup d’impact sur nous », avertit M. Solié.

Les restrictions d’accès aux réseaux sociaux ont aussi eu des impacts considérables sur d’autres secteurs d’activités. C’est le cas des prestataires et des détenteurs de centre de formation. Les candidats au recrutement à la fonction publique ont aussi été affectés. Plusieurs candidats n’ont pas pu postuler à cause des perturbations.

« La coupure de l’internet vient s’ajouter au poids de la pauvreté que nous vivons. On dirait que l’Etat se sert de cette coupure comme une arme politique. Parce que dès qu’il y a eu des petits évènements, on trouble l’internet. Et nous les prestataires, nous ne pouvons plus bénéficier. D’autre part, quand vous voulez acheter les pass, c’est très vite fait mais quand vous voulez vous connecter ça ne fait du yoyo. Par exemple, là où nous gagnons un peu, c‘est l’enrôlement à la fonction publique. Beaucoup de diplômés viennent, nous les enrôlons, mais depuis le 1er décembre j’ai reçu plus de 10 dossiers, je n’ai pu enrôler que 3. Donc je ne fais que rembourser l’argent que j’avais perçu auprès des candidats (…). Nous voulons une nette amélioration de l’accès à l’internet et aux réseaux sociaux », se lamente Fassou Alexandre Monemou propriétaire d’un centre de prestation.

Certaines agences financières ont également vu leur fonctionnement perturbé à cause de l’instabilité de la connexion internet et l’accès aux réseaux sociaux. Comme l’explique ce responsable d’une agence bancaire.

’Nous savons à quel point l’internet est utile pour l’ensemble des citoyens du pays. Si nous trouvons des disfonctionnements, ça nous bloque systématiquement la communication. On a toutes les difficultés du monde pour faire la transcription des communications entre nous et notre siège à Conakry.

Cette situation a systématiquement impacté la clientèle dans le traitement de leur opération. Parlant de l’aspect personnel ou privé, autant nous n’avons plus accès à nos plateformes WhatsApp, Facebook, pour des communications, c’est vraiment un coup très dur. Nous savons que ces outils de communication restent des éléments essentiels dans le cadre du développement d’un pays. Donc, il est fondamental de travailler systématiquement sur ces canaux de communication afin qu’ils restent fiables pour la crédibilité de nos institutions et de notre pays.

Le message que j’ai à l’endroit des autorités, c’est de leur dire de prendre plus de responsabilité à ce que ces outils soient pérennes pour l’image du pays, pour l’image des autorités qui nous incarnent et pour l’image du peuple. C’est un canal de communication qui facilite la crédibilité auprès des institutions et des bailleurs. Ça facilite aussi les travaux en interne.

On dit l’internet a fait qu’on est devenu un village planétaire. Mais sans internet, on devient encore un gros village abandonné à soi-même. Les autorités doivent veiller à ce que cet outil de travail soit performant et disponible pour l’ensemble de la population que nous sommes’’, lance ce responsable d’une agence bancaire à Nzérékoré.

Interpelé sur ces restrictions d’accès aux réseaux sociaux, le porte-parole du Gouvernement a déclaré que l’utilisation de l’internet ainsi des outils digitaux doivent s’arrimer avec la responsabilité. « Cette liberté-là concerne aussi la responsabilité. L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut pas revendiquer la liberté d’expression sans assumer la responsabilité qui va avec », a déclaré Ousmane Gaoual Diallo.

Un reportage de SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 6 décembre 2023 11:34

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