Visite du chef de l’Etat à Labé, élections législatives : Entretien avec le gouverneur Sadou Keita

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CONAKRY- Que s’est-il réellement passé le 20 août dernier lors du premier voyage du président Alpha Condé dans la préfecture Labé ? Comment se prépare le rendez-vous électoral du 24 septembre dans cette région administrative ? Voici autant de questions que nous avons abordées avec le premier responsable de la région de Labé, le gouverneur Sadou Keita qui a bien voulu se confier à notre rédaction. Exclusif !

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Monsieur le Gouverneur !

SADOU KEITA : Oui bonjour M. Diallo !

AFRICAGUINEE.COM : le 24 septembre les guinéens se rendront aux urnes pour élire leurs députés devant siéger au futur parlement. Dites-nous comment se prépare ce rendez-vous dans votre région ?

SADOU KEITA : Ecoutez les préparatifs ont commencé depuis qu’on a annoncé la date de la tenue de ces élections. Nous avions commencé immédiatement la sensibilisation et expliquer aux citoyens de notre région que c’est une compétition très simple et qu’il faudrait que tout le monde aille à cette élection la main dans la main, faire un choix libre dans la paix avant, pendant et après les élections. Au jour d’aujourd’hui, nous pensons que les citoyens ont bien compris ce message, parce que jusque maintenant nous n’avons enregistré aucun incident sauf celui qui s’est passé à Matakaawu. Et que nous avons géré avec beaucoup de douceur parce qu’il n’y a pas eu des dérapages qui ont affecté la cohésion.

Nous avons reçu des leaders qui sont venus faire de la campagne dans la région. Je crois que ce qui va déranger un peu notre élan, ce sont les massages lancés par ces leaders. Parce qu’ils ont demandé à leurs militants de s’attaquer  aux préfets, aux sous-préfets et même au gouverneur. C'est-à-dire qu’il faut contester même à l’autorité de l’Etat qui se trouve en place. Mais nous, nous savons le degré de sensibilisation que nous avons mené en place. Je crois savoir que les citoyens ne vont pas suivre des slogans de guerre. Nous ne sommes pas  en guerre, c’est une compétition qu’il faudrait gérer dans la douceur. Mais ce qu’il faut condamner, c’est que des leaders politiques aient cet esprit de guerre dans un pays souverain. Nous lançons un appel de faire très attention, nous partageons ce pays, il faudrait que nous soyons tous d’accord pour répondre aux aspirations de nos populations. Ces populations ont besoin de paix, de cohésion et aller à l’unité de tous les fils de ce pays pour arriver au développement. Donc n’eut été cette campagne anti-paix, nous étions rassurer que dans cette région, on allait arriver à cet objectif tout droit, mais nous sommes tenus d’aller contre ces slogans pour amener les populations à la raison.

AFRICAGUINEE.COM : parlant des incidents survenus à Matakaawou, vous-a-t-on remonté les informations sur leur origine ?

SADOU KEITA : Nous sommes prêts à aller sur le terrain pour interroger les personnes concernées. Au départ nous avons tous été informés qu’il y a des incidents et que le RPG-arc-ciel qui était en campagne a été encerclé par des responsables et militants de l’UFDG (union des forces démocratiques de Guinée), ensuite assaillis par des jets de pierre. Donc notre problème, ce n’était pas de savoir l’origine, mais de sauver les vies humaines, et ce que nous avons réussi en extrayant les responsables du RPG de ce gouffre pour les ramener à Koubia sans qu’il y ait de grave situation.

AFRICAGUINEE.COM : quel est le bilan de ces incidents ?

SADOU KEITA : Le bilan est de trois blessés. Il y a un agent qui a été cogné à la tête, un responsable du parti qui a eu une fracture sur le bras et le maire de la commune rurale qui a eu une dent cassée. Ensuite le sous préfet de Matakaawou m’a dit que les assaillants ont pratiquement causé beaucoup de dégât dans sa maison d’habitation.

AFRICAGUINEE.COM : Qu’entendez-vous faire pour prévenir ces genres d’incidents ?

SADOU KEITA : Bon déjà cela n’est pas à minimiser, c’est un indicateur qui voudrait dire que les slogans des leaders qui viennent de passer commencent à prendre corps. Nous, c’est comme ça qu’on peut interpréter, parce que les gens ont dit qu’il faut attaquer. Et s’il y a une attaque, on va dire que ça découle de ça. C’est pourquoi on ne minimise pas. Déjà avec mon cabinet nous avons rencontré les services de sécurité pour qu’on échange autour de ce qui s’est passé à Matakaawu, bien que ce ne soit pas un incident pas très lourd, mais c’est un indicateur sérieux pour qu’on voit comment avec les effectifs dont on dispose, qu’est-ce qu’il faut faire pour prévenir ces genres d’incidents. Parce que les gens sont quand même en campagne, on ne peut arrêter la campagne d’un parti politique parce que ça ne plait pas à un autre. Tous les partis politiques sont libres de faire leur campagne et nous allons assurer la mobilité des partis, nous allons les couvrir. Nous allons expliquer aux gens que c’est une nécessité objective, et c’est même obligatoire, il faut que les gens se sentent libres dans leur pays. Donc nous allons échanger avec les services pour envisager ces dispositions pour d’abord aller vers les gens, leur expliquer. Maintenant les cas extrêmes, nous allons faire intervenir rapidement les services de sécurité.

AFRICAGUINEE.COM : le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation appui la CENI dans l’organisation des ces élections. Dites nous comment cela se passe dans votre région ici ?

SADOU KEITA :[/B]Bon écoutez, Préfets, Sous-préfets, Gouverneur, nous sommes très attentifs de ce que les CEPI (commission électorale préfectorale indépendante) sont en train de faire sur le terrain. Quelques fois nous recevons des plaintes des citoyens, nous les réglons ou nous les transmettons aux CEPI pour que les corrections soient apportées rapidement. Mais nous laissons la CEPI faire son travail en toute indépendance. C’est pour cela, nous avons des cadres de l’administration qui nous représentent à ces niveaux qui font régulièrement des comptes rendus. Et partout où il y a des obstacles, nous envoyons des conseils, nous appelons les responsables de la CEPI pour leur faire des observations pour que  la situation change. Donc, nous ne rencontrons pas des problèmes sérieux, et nous avons plein espoir que les CEPI travaillent correctement même si certains  leaders clament haut les mains déjà, je ne sais pas pourquoi, mais de toutes les façons nous avons pensé que l’affichage des listes électorales doivent permettre à chacun de venir voir son nom, s’il ya des insuffisances, qu’elles soient corriger. Nous sommes rassurer qu’avant termes tout ce qui contribuerait  à croire que les listes ne répondent pas aux aspirations vont être corrigé pour répondre correctement aux aspirations de tous.

AFRICAGUINEE.COM : A combien peut-estimer la population électorale de votre région ?

SADOU KEITA : Bon, je n’en sais rien d’abord parce que ce sont des listes à corriger. On ne peut pas se hasarder maintenant à dire qu’il y a tel nombre alors qu’il y a des gens qui ont été oubliés et doivent être repris ! Donc il faut pour l’instant prendre un recule pour ça, il faut être très prudent de dire qu’il y a tel nombre et que demain  la liste définitive ne donne pas ce nombre. C’est ce qui risque de créer la confusion dans la tête des gens. Je me méfie de toutes les données présentement tant que je n’ai pas les données définitives.

AFRICAGUINEE.COM : recémment Monsieur le gouverneur, en marge de la visite éclaire du chef de l’Etat dans votre région, il y aurait eu des incidents qui ont été signalés, dites nous réellement qu’est-ce qui s’est passé ce jour là à Labé ici ?

SADOU KEITA : Ceux qui disent qu’il y a eu des incidents sont les seuls responsables de ces incidents. Nous n’avons pas senti qu’il y a des incidents jusqu’au départ du président de la République qui est parti très satisfait de Labé. C’est après qu’on a appris qu’il y a eu des incidents, il y a eu des jets de pierre, on a hué sur lui (le chef de l’Etat, ndlr). Je crois que c’est des montages qui ont été planifiés juste pour salir l’image du Chef de l’Etat. C’est aussi simple que ça ! parce qu’il a été accueillis à l’aéroport sous les ovations des citoyens qui sont venus très nombreux et la notabilité qui était fortement représentée depuis l’aéroport. Il a salué tout le monde, il a refusé de s’embarquer dans sa voiture de commandement, il a marché à pied avec nous jusqu’à ma résidence  où il y avait une foule nombreuse qui l’attendait. Imaginez, on avait installé cinq tentes sous lesquelles il y avait huit cent chaises, toutes occupées par la véritable notabilité du Foutah tout entier (les érudits, les cheiks, les saints..) plus la foule qui était là. Il a conféré avec la population et nous sommes allés chez le patriarche lui rendre visite. Le chef de l’Etat a serré la main du patriarche qui a fait des bénédictions pour lui. Puis, nous nous sommes rendus dans la case de Thierno Aliou Bhoubha ndi an où les saints l’attendaient il a conféré avec eux, nous avons quitté, nous sommes venus à l’aéroport sans risque. Il n’y a eu absolument rien et il est resté à l’aéroport pendant au moins vingt minutes pour attendre que les ministres qui l’accompagnaient prennent la voiture pour Pita avant qu’il ne les rejoigne là-bas ! Trente minutes, on est resté, il n’y a pas eu jet de pierre, c’est après qu’il  s’est envolé, nous avons appris par les ondes qu’à sa sortie de la grande mosquée où il a fait sa prière de 14heures, il a reçu des jets de pierres. Mais 14h déjà, il était à Pita. Donc moi je me dis qu’il faut que certains journalistes soient un peu sérieux, sinon, ils risquent de perdre leur crédibilité quand ils  décrivent un évènement qui ne répond pas du fait.

AFRICAGUINEE.COM : tout de même monsieur le gouverneur, il y a eu des journalistes qui ont été molestés par la garde du président !

SADOU KEITA : Vous savez quelque soit ton mécontentement, ne fait pas un sacrifice pour te maudire !

AFRICAGUINEE.COM : c'est-à-dire ?

SADOU KEITA : C'est-à-dire que tu sais que ce n’est pas ça, tu dis que c’est ça, alors que c’est faux, cela est contre soi-même. On aurait dit longuement sur les ondes, ‘’nous avons été bousculés’’, c’est normal que tu sois bousculé, ce n’est pas grave. Mais j’ai  été bousculé, donc la réception du président a été cognée, il n’ya aucune logique !

AFRICAGUINEE.COM : cependant, il y a des témoignages concordants qui s’accordent sur ces incidents !

SADOU KEITA : Oui, je vous explique : ces témoignages, certains étaient arrêtés avec d’autres qui n’ont rien eu, mais ils disent que ‘’ah, on m’a cassé la côte’’. Ils étaient là, ils n’étaient pas du tout agressés. Je dis que c’est un  montage, mais je ne discute de ça tellement parce qu’il n’y a pas eu jet de pierre  à la résidence du gouverneur, ni à l’aéroport, non plus le long de la route où les populations bondaient pour applaudir le président. Nous avons appris aussi qu’il y a eu ville morte ce jour à Labé, rien ne correspond à la réalité. Donc pour le chef de l’Etat et pour nous, il a fait un séjour exceptionnellement bon à Labé.

AFRICAGUINEE.COM : lors cette visite, le président a instruit aux administrateurs territoriaux de rester neutre dans le processus électoral et de laisser les citoyens faire librement leur choix, à quoi cela vous inspire ?

SADOU KEITA : Cela nous inspire que nous sommes dans un régime démocratique, c’est le libre choix, la libre expression. On n’a aucun problème sur ce plan là. Vous ne pouvez proclamer la démocratie et aller au parti unique. Dès lors qu’on a accepté le multipartisme, cela implique immédiatement le libre choix. Chaque citoyen est libre d’aller là où il veut. Maintenant, là nous sommes rigoureux, c’est sur le respect de la loi. Vous êtes libres à la limite de votre liberté, dès que votre liberté ennuie votre prochain, vous arrêtez, vous le laissez jouir aussi de ses libertés. Nous sommes très rigoureux dans ce respect de la loi, en dehors de ça, chacun est en train de s’exprimer. Le cas de Labé est d’ailleurs très expressif ! Il y a eu des manifestations de l’opposition ici dans notre région, mais jamais vous n’avez entendu qu’un citoyen militant d’un parti a été molesté parce qu’il est en train de s’exprimer dans la rue. Donc à Labé on n’a aucun problème en cette matière.

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Keita cela fait plus de deux ans depuis que vous êtes à la tête de cette région, quel bilan pouvez-vous faire de votre gestion ?

SADOU KEITA : Le bilan, nous pensons qu’il est positif. D’abord la restauration de la paix, le retour de la cohésion parce que quand nous prenions fonction ici, les populations étaient dans un traumatisme politique  très sérieux. Personne ne se reconnaissait, la division était là, mais Dieu merci avec les multiples sorties que nous avons effectuées dans les collectivités rurales et urbaines, nous avons été compris, et petit à petit cette paix se renforce et la cohésion aussi renait. Il y a les solidarités naturelles qui sont en train de se refaire. Je crois donc que les premiers acquis, c’est le renforcement de la cohésion sociale. Et il y a des actions de développement qui sont en cours. Mais quand vous prenez cette région elle est la plus enclavée, donc il faut la désenclaver. Or les moyens sont limités, sinon dans ce sens là aussi, il y a beaucoup de pistes qui ont été réalisées. On avait jamais cru qu’on allait désenclaver Lélouma-Sagalé par exemple, on avait jamais cru qu’on aurait eu le téléphone à Sagalé, mais aujourd’hui les ¾ du territoire de la région sont désenclaver en téléphonie mobile. Les pistes aussi, beaucoup sont exécutées, mais il reste encore beaucoup, beaucoup de travaux à faire. Surtout dans la préfecture de Tougué et dans la préfecture de Mali. A Mali, le centre urbain même est un calvaire, il n’y a pas de route à mali centre. Maintenant quand vous devez aller dans les contrées de Balaki, Niafou, Lébékéré, Touba, Bagadaye ; c’est des problèmes !   C’est entièrement enclavé, si vous voulez, c’est même coupé de la Guinée ! Mais tout cela est un héritage, ce n’est pas le régime là qui a amené cela, donc il faut trouver les moyens pour réhabiliter tout ça. Et ça demande des moyens et du temps.

AFRICAGUINEE.COM : quelles sont vos perspectives ?

SADOU KEITA : Je suis conscient, les documents de stratégie de développement que je tiens avec moi indiquent que tous les indicateurs de développement dans cette région sont au rouge. C’est une région d’extrême pauvreté, on relève plus de 65% qui vivent au dessous du seuil de pauvreté absolue. Donc il faut se battre. Les perspectives donc, c’est le désenclavement des collectivités, parce que l’élément fondamental de lutte contre pauvreté c’est le désenclavement. Quand les zones de production sont désenclavées, vous rendez fluide les échanges et cela conduit nécessairement à l’augmentation de la production et à l’augmentation de la richesse. Il faut également construire beaucoup d’écoles, de centres de santés et surtout avoir beaucoup de personnels de santé et beaucoup de personnels d’éducation. Ce sont les perspectives et je crois que nous sommes sur l’axe, nous attendons simplement que cette assemblée soit mise en place pour qu’on reprenne les contacts non seulement pour avoir la poursuite du bitumage de la ville de Labé et le bitumage des principales villes de notre région, mais aussi réaliser tous les contrats que nous avons signés en matière de désenclavement des collectivités, solliciter auprès du gouvernement aussi l’extension de l’électrification. C'est-à-dire la mise en œuvre de la seconde phase du projet d’électrification de la ville de Labé, la mise en place aussi des services de l’électricité de Guinée (EDG) de Lélouma et de Tougé, puisque tout est en projet. Il s’agira de reprendre le rappel et inciter à ce que ça soit réalisé après les élections. Donc nous avons des perspectives qui vont dans le sens de l’amélioration des conditions d’existence des populations de la région.

AFRICAGUINEE.COM : votre mot de la fin ?

SADOU KEITA : Mon dernier mot, c’est un appel que je lance à l’ensemble des citoyens de la région pour que le slogan de guerre que nous avons enregistré dernièrement lors de la campagne d’un certain nombre de leaders ne soit pas suivi. Nous n’avons rien à gagner dans la guerre, mais nous avons tout à gagner dans la paix. Que les citoyens de la région se rendent compte que pendant deux ans et quelques, il n’y a pas eu de sang versé dans cette région, tout le monde s’exprime librement dans le respect mutuel. Je crois que cet acquis là n’est pas à perdre. Donc c’est un appel de paix, un appel d’unité, un appel de cohésion que nous lançons pour aller au développement.

AFRICAGUINEE.COM : merci monsieur le gouverneur !

SADOU KEITA : C’est moi qui vous remercie

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1
   Pour Africaguinee.com
   Tel : (00224) 664 93 51 32

 

Créé le 13 septembre 2013 11:09

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