Mali Yembéreng : Le calvaire insoutenable des populations de Balaki, assises sur une mine d’or…

BALAKI- Balaki est l’une des communes rurales de la préfecture de Mali, en moyenne Guinée. Seulement 44 km séparent cette contrée enclavée de la République de Guinée de la frontière avec le Sénégal. Elle se trouve à 150 de son chef-lieu préfectoral Mali centre. Pour rallier Balaki, tout un calvaire ! Bienvenu dans l’enfer de Kara-Kara, une colline qui s’étend sur une dizaine de kilomètres. Pour parcourir cette distance, il faut du temps et un véhicule tout terrain.

A cause de l’état impraticable de la route, ce n’est pas à tout moment qu’on trouve un véhicule à destination directe de Balaki centre. Il faut le guetter parmi ceux qui relient Labé à Kedougou à l’aller comme au retour et le déplacer.  Sinon c’est la moto, même pour évacuer un malade ou une femme enceinte. A Balaki, les habitants vivent comme au moyen-âge en dépit de plusieurs postes frontaliers qui ouvrent la bourgade au Sénégal et à la République du Mali. Elle partage aussi la frontière dite « carrefour des 3 pays (Guinée-Mali-Sénégal)» .

Assise sur une mine d’or, Balaki croupit dans une pauvreté extrême. Un contraste inexplicable. L’accès aux soins de santé et à l’eau potable n’est pas à portée de main. L’agriculture, l’élevage et le petit commerce sont exercés pour un faible rendement.

A l’instar des autres femmes de Balaki, Sounkari Dabo, quinquagénaire et mère de plusieurs enfants vit les peines dues à l’enclavement de la localité. L’accès à l’eau, aux soins de santé et à un marché constitue un véritable calvaire quotidien.

« Les problèmes que les femmes vivent à Balaki, c’est d’abord le manque d’eau. L’accès à l’eau potable est un calvaire. Nous femmes vivons en association, en groupement et nous avons l’intention de travailler mais les moyens font défaut. Nous exposons toujours nos problèmes aux autorités locales, mais la solution tarde à venir. Nous brûlons d’envie de faire le maraîchage, mais comme je vous l’ai dit le manque d’eau constitue un obstacle, l’eau est la base de tout.

Ensuite c’est l’enclavement qui constitue un autre frein ici, vous voyez l’état des routes ? Pour faire face aux condiments, nous sommes obligés de faire appel à la ville (Labé et Mali centre surtout). Si nous n’avons personne ; nous prenons le chemin du Sénégal. La frontière est à 45 km de là où nous sommes. Mais même ce déplacement ne se fait pas quand on le veut. Nous les effectuons les jeudis, jour du marché hebdomadaire.

Aujourd’hui sans activité rentable comme le maraîchage, nous ne pouvons pas supporter nos familles pour la scolarité des enfants par exemple. C’est ce qui nous permet de soutenir nos maris aussi pour la survie de la famille en ce qui concerne certains besoins vitaux », explique Sunkari Dabo.

Certains véhicules font deux jours entre Labé et Balaki, un tronçon distant seulement de 200 km. Inimaginable.  Souleymane Keita, diplômé de l’université guinéenne, en 2021, a décidé de retourner à Balaki, son village natal afin d’aider à l’encadrement du collège où il a été formé. Aujourd’hui, professeur en situation de classe, c’est avec le maximum de courage qu’il supporte l’enclavement et le manque de tout à Balaki. Il faut des jours pour voir un véhicule. Ils sont loin de toutes les commodités de la vie moderne.

« Depuis toujours Balaki a été difficile d’accès. Se déplacer est toujours un calvaire. Le déplacement de la population ce n’est pas facile. Il faut attendre les véhicules qui quittent Labé pour Fongolimbi(Kédougou) au Sénégal. Le dernier village de la Guinée qui marque la limite, c’est Foulaya à Hore-Fello précisément. Si tu veux partir à Labé, ce sont ces véhicules que tu vas attendre. Pratiquement il n’y a pas de véhicules qui vont directement à Balaki. Quand ces véhicules passent pour le Sénégal, ils ont deux à 3 jours pour revenir en direction de Labé ; c’est en ce moment qu’il faut profiter pour partir. C’est une attente sans fin. Mais si le déplacement est urgent, on se débrouille avec d’autres moyens. Les motos tombent souvent en panne à cause du mauvais état de la route.  Ou bien Il faut attendre mercredi ou jeudi quelle que soit l’urgence.  C’est une réalité que nous subissons depuis notre enfance. Inutile de dire que nos parents ont subi la même chose. Toutefois, il y a eu de légères améliorations. Avant, les véhicules n’étaient pas nombreux les jours indiqués mais maintenant une dizaine passe par semaine. Peut-être qu’à la longue il y en aura tous les jours. Labé-Balaki ce n’est pas si distant car c’est moins de 200 km. C’est juste la route qui fait défaut. Avec les camions, vous pouvez faire environ deux jours avec beaucoup d’arrêts. Si c’est les land-cruisers, une journée, ou une journée et demie suffit pour rallier Labé » explique le jeune enseignant Souleymane Keita

« Quand vous avez un malade, il peut mourir dans l’attente d’un véhicule »

Bah Yaya, exerce le petit commerce à Balaki et y vit avec toute sa famille. Depuis des décennies, il est témoin de la vie chère et vit au quotidien le calvaire de l’enclavement de cette commune rurale frontalière du Sénégal.

« C’est difficile de répertorier tout ce que nous vivons comme difficultés à Balaki. De la gare routière de Labé jusqu’ici ; impossible de voir un véhicule si ce n’est le jour du marché de Matakaou dans la préfecture de Koubia. Ce sont les véhicules qui quittent Matakaou pour le Sénégal ou Diaaka qui passent par là. Si vous quittez Labé pour Diaaka (petit village aurifère de Balaki, NDLR), vous faites entre 2 et 3 jours sur la route. Là aussi tenez-vous bien, c’est une fois par semaine parfois 2. Les jeudis également des véhicules en provenance de Matakaou pour Kédougou au Sénégal passent par   Balaki. Quand vous avez un malade, il peut mourir dans l’attente d’un véhicule. Quand il s’agit d’une femme en état de famille, seul Dieu peut la sauver avec l’enfant. Tout cela faute de véhicule.  Le dernier recours c’est de la mettre sur une moto pour au moins 150 km. Cela suffit pour traduire tous nos malheurs ici.

 Présentement nous considérons que c’est le goudron qui est là parce que c’est la saison sèche. Pendant la saison de pluie, si on vous dit de venir même sous escorte militaire vous n’allez pas venir. Les rivières débordent et bloquent tous les passages. Les ponts ont cédé presque partout. A certains endroits, les véhicules peuvent être coincés 2 à 3 jours avant de continuer. Vous pouvez y perdre votre marchandise. En ce moment même récupérer ce qui est en bon état pose problème avec un coût de transport assez élevé. Et il nous est impossible de prendre la marchandise au Sénégal pour ici. Pourtant, c’est plus proche mais avoir une quantité importante c’est impossible avec les frais de douane. Tu peux acheter un sac ou deux sacs pour ta consommation mais si c’est une quantité importante, tu es obligé de prendre du côté de Labé pour être conforme. Sinon, ce qui est bon pour nous c’est de prendre au Sénégal, prendre la marchandise à Kédougou mais ce n’est pas propice pour le grand commerce. Tout est fait de sorte que tu es obligé de tout acheter en Guinée.

Notre plus grand avantage avec le Sénégal, ce sont les soins de santé, jusqu’à Kédougou centre c’est 70km. C’est mieux d’aller par là-bas que de penser à une évacuation vers Labé ou Mali centre.  Prendre un véhicule en direction ou inversement, ce n’est pas aisé du tout. Tout le monde est éprouvé, passagers, chauffeurs et même le véhicule lui-même. Si c’est un malade ou une femme en grossesse, vous vivrez une autre histoire » décrit Bah Yaya.

« Lorsqu’une femme en travail est admise au centre de santé, le personnel est compétent, les infirmiers et les sage-femmes usent de leur compétence jusqu’au bout. Le véritable souci c’est quand la femme en état présente des complications qui dépassent les compétences du personnel de la structure de santé locale. Là, il faut absolument une évacuation et c’est en ce moment que les services de l’ambulancier sont sollicités à partir de Mali centre situé à 150 km et sur quelle route ? Bon Dieu ! Et pour qu’il (l’ambulancier) vienne il faut au préalable s’entendre avec lui sur les frais de déplacement, très coûteux. Beaucoup de familles ne peuvent supporter ces frais. Imaginez notre faible revenu dans la débrouillardise pour faire vivre une famille. Cela ne peut suffire pour une évacuation. Ici l’activité principale c’est l’agriculture avec un rendement maigre parce que le sol est très pauvre.  L’élevage aussi est pratiqué, mais ce que nous y tirons est très peu avec la pauvreté du sol et la sécheresse.

 Nous profitons de votre micro et de votre caméra pour demander aux autorités de faire plus d’efforts pour nous donner le sourire. Les femmes de Balaki sont éprouvées dans tous les domaines. Vous avez grimpé la colline de Kara-Kara pour nous rejoindre, l’accès est difficile. Beaucoup de femmes en cours d’évacuation y perdent leur bébé. Quand l’ambulance qui évacue à Labé ou à Mali tombe en panne à Kara-Kara, le plus souvent la femme fait une fausse couche à cause de l’impraticabilité de la route à ce niveau. Nous avons besoin d’un centre de santé amélioré ici. Quelle que soit la volonté et la détermination des agents de santé, s’ils sont sous équipés, ils ne peuvent rien. La distance et le mauvais état des routes font plus mal que la maladie. Ces besoins sont des rappels que nous adressons à tout moment au gouvernement. Nos problèmes sont latents, eau, route, soins de santé » regrette Sounkari Dabo.

Le litre d’essence coûte entre 15000 et 18000 GNF en temps normal

« En temps normal, et non en temps de pénurie, nous avons toujours acheté le litre d’essence à 18000 gnf. C’est après la vague de crise qu’un citoyen a pris le courage de nous vendre le litre à 15000 gnf. Depuis un moment ce prix est stable, sinon il varie entre 17000 ; 17500 et 18000 gnf. Nous n’avons pas le choix que de subir ces difficultés et de la vie chère. Je souhaite qu’on passe 3 jours ensemble ici. Je suis certain que vous n’attendrez pas qu’on vous dise de partir » explique le marchand Yaya Bah.

A Balaki, l’éducation est toujours communautaire, il faut payer pour maintenir les enseignants. « Si ton enfant ne paye pas, il est privé des cours. C’est une sorte de cotisation pour la survie de l’enseignant. Pour ce qui est de l’eau ; tout nous revient, si les rares points d’eau tombent en panne, c’est sur la base de cotisation que nous réparons. Les pères de familles cotisent ; les femmes, si vous vous mariez aujourd’hui vous allez donner votre part en cas de panne. Sinon, à Balaki centre il n’y a pas de marché ici. Il faut toujours partir ailleurs. Il y a quelques boutiques qui sont souvent en rupture de marchandises. Sur le prix du sac de 50 kg de riz vendu en ville, il faut rajouter le transport entre 35000 et 40000 gnf. Imaginez le coût du sac sur place » se lamente Bah Yaya

Nos activités de survie, c’est vers le Sénégal

«Nous ne jetons pas de fleurs au Sénégal, mais nous sommes obligés de collaborer avec les sénégalais. Notre chef-lieu Mali centre est loin de nous avec la route que vous venez de pratiquer. Pour minimiser les difficultés il faut aller au Sénégal (…). Que le Gouvernement pense à nous », lance Sounkari Dabo.

« Beaucoup d’enfants guinéens de la frontière étudient au Sénégal »

Interrogé, l’ancien Maire de Balaki, Elhadj Simbara Keita explique « pourquoi » cette commune rurale ne dispose pas de marché.

« Nous avons tout fait mais pour avoir un marché sur place, il faut notre propre production qui attire. Si nous ne faisons qu’importer, nous n’exportons pas, le marché ne vivra pas. Nos prédécesseurs ont initié en vain. A notre tour la même chose. Un véhicule c’est une fois par semaine ici » regrette l’ancien édile de Balaki.

Un reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah

A Balaki

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 mai 2024 13:37

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