Le Directeur Général de l’Agence Nationale de la météorologie alerte : « Les pluies seront intenses… »

CONAKRY-Depuis près d’une semaine, il pleut presque sans cesse à Conakry et ses environs. Ces averses intenses ont été tragiques par endroits. Qu’est-ce qui explique ce phénomène météorologique ?  Que faut-il pour minimiser les risques de catastrophes ? Africaguinee.com a été reçu par le Dr René Tato Loua, directeur général de l’agence nationale de la météorologie de Guinée. Entretien.

AFRCAGUINEE.COM : Depuis près de 48 heures il pleut abondamment dans le Grand Conakry. Par endroits on a enregistré des cas de morts et des inondations. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

DR RÉNÉ TATO LOUA : Nous enregistrons ces derniers temps de fortes pluies dans le Grand Conakry, mais nous avions déjà donné des alertes sur l’année. Chaque jour nous élaborons des bulletins météorologiques que nous mettons à la disposition de la population. Ces pluies que nous avons actuellement, non seulement elles étaient prévues, il y a une tendance qui a été donnée en début d’année, ça été mutualisé. Et, chaque jour, il y a un bulletin météorologique qui est élaboré qui détermine s’il va y pleuvoir ou pas. Le cas de vendredi par exemple, depuis mercredi, nous avons fait une prévision qui décrit tout ça. C’est prévu que la journée du samedi la pluie va continuer, nous le savions, nous avons alerté, il y en a même qui nous félicitent.

Bien qu’il y a un problème d’accessibilité des informations météorologiques mais nous sommes en train de chercher les voies et moyens pour corriger. Malheureusement il y a eu des pertes en vies humaines, chose que nous regrettons amèrement. C’est des choses qui arrivent et c’est souvent lié aussi au changement climatique. Sinon ce qui arrive c’est une réponse de la variabilité climatique. Sinon dès au départ nous avions informé que les pluies seront intenses, il faut donc s’attendre à ces phénomènes de ce genre.

Qu’est-ce que vous appelez variation climatique ? 

Il faut savoir qu’il y a des variations d’ordre naturel que nous les scientifiques que nous avons déjà décortiquées et diagnostiquées. Nous sommes dans une zone tropicale. Chaque année nous avons deux saisons : la saison de pluie et saison sèche. La saison de pluie est générée par l’oscillation de la zone de convergence intertropicale qui bouge du sud de l’équateur, c’est-à-dire de l’hémisphère sud vers l’hémisphère nord, et après ça redescend. Nous sommes dans la saison des pluies. Ça c’est la variation d’ordre naturel. Et dans cette variation il y a plusieurs comportements ; au début de la saison vous allez voir il y a des pluies fracassantes, très catastrophiques accompagnées de beaucoup de vent.

Quand nous sommes au beau milieu de la saison, comme au mois d’août actuellement, c’est la période des averses des pluies, qui vont donner moyen de vent, un peu moins d’orage, mais avec beaucoup de quantité de pluies et souvent des pluies parfois intermittentes et des averses de pluies faibles et modérées et fortes.

Mais quand nous parlons de la variabilité d’ordre anthropique, à cause de la dégradation de l’environnement, il y a le climat qui change, donc changer le comportement de la pluviométrie. Cela fait que les zones qui en ont besoin vont par surprise, être plongée dans un déficit. Les zones qui n’en ressortent pas habituellement de ces pluies, vont être surpris de recevoir ces pluies ou alors, la quantité qui se rapporte en telle période donnée va être doublée, et ce qui va donner des conséquences sur l’économie du pays, non seulement sur l’agriculture, la santé, les vies humaines, le matériel etc.

Pour protéger les personnes et leurs biens, il est important de donner les alertes météorologiques à temps. Ça ne sert à rien d’attendre qu’il y ait des dégâts et dire d’investir beaucoup. L’essentiel, c’est de mettre les moyens qu’il faut à la disposition de la météorologique pour pouvoir émettre les informations

Que disent vos prévisions pour cette journée ?

Il y a la prévision générale et les alertes. Nous, nous surveillons le temps h24, pour protéger les avions, qui viennent chez nous, les navires, et donc il y a une partie de ces prévisions qui est destinée au public. Ce sont donc des bulletins quotidiens que nous faisons.

Dans l’optique de la protection des personnes et de leurs biens, cette surveillance se fait de manière continue. Mon et équipe et moi, nous ne dormons pas parce que nous surveillons nuit et jour. C’est ce qui fait que nous émettons des alertes. Depuis 6h déjà nous avons déjà tout prévu à travers des alertes même en cours de nuit il y a des pluies.

Pour la journée de samedi il y aura pluie, sauf que par moment on aura des pluies intermittentes, parfois faibles, modérées etc. mais tout cela dépendra de la configuration topographique des zones. Si la quantité de pluies qui tombe est très importante et que la topographie module la vitesse de circulation des eaux de ruissellement qui vont se retrouver dans un ravin où se trouve des habitations non adaptées, c’est-à-dire dans des zones exposées au risque d’inondations, ces zones-là vont être victimes d’inondations ou les gens qui vont passer par là vont prendre un coup d’inondation.

Est-ce-que les alertes que vous produisez sont suivies selon vous par les autorités et les citoyens ?

Avec les réformes du CNRD, il y a une modernisation de la Météorologique qui est engagée. En attendant que nous ayons les moyens nécessaires pour nous permettre de faire ce que nous voulons, nous avons constaté que chaque jour que Dieu fait, les gens s’intéressent aux informations météorologiques. Les gens ne savaient avant c’était quoi la météorologie. Mais de nos jours, les demandes ne font qu’augmenter. Cela veut dire que les gens prennent au sérieux les informations météorologiques. Que ça soit l’Etat ou la population, tous s’intéressent. Les demandes ne font que s’accroître, notre souci actuellement c’est comment satisfaire la grande partie de la population guinéenne. Comment faire pour que la population ait accès aux informations météorologiques dans le délai, pour pouvoir se mettre à l’abri en cas de phénomène météorologiques effréné qui pourrait causer des dégâts et des pertes en vies humaines.

S’il y a des citoyens qui se réfèrent à vos alertes météorologiques, d’autres par contre ce n’est pas le cas. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que par le passé, les informations météorologiques donnaient souvent le contraire de ce qui allait se produire. Est-ce-que la donne a changé ?

Les alertes que nous émettons sont appréciées. La fiabilité c’est à peu près 70 à 80%. Parce qu’en l’espace d’un an nous avons installé 26 stations automatiques à travers le pays. Nous avons des détecteurs de foudre. Nous avons aussi une station météorologique automatique installée sur la mer grâce à l’appui de nos partenaires. C’est donc des équipes chères, modernes et efficaces.

Ce qu’il faut retenir, le premier moyen important, c’est le personnel. Dans mon équipe il y a des compétences, des personnes dynamiques et avec qui on travaille h24. Notre engagement c’est de couvrir tout le territoire national en station météorologique. Nous pourrons en ce moment collecter les données partout, ça va pouvoir augmenter la fiabilité des informations.

Je précise d’ailleurs que ce n’est pas que la pluie seulement qui intéresse la météo. Sans la météo il ne peut pas y avoir de vol. A l’aéroport nous fonctionnons h24. C’est grâce aux informations que nous donnons que les avions atterrissent et décollent.

Comparativement à l’année passée, peut-on s’attendre à plus de pluviométrie ou moins en cette saison 2023 ?

Au début de la saison, nous les scientifiques on s’est retrouvés autour de la table, on a fait des analyses globales au niveau régional. Les résultats de ces analyses ont conclu que cette année est une année excédentaire, c’est-à-dire qu’on va avoir plus de pluie que l’année dernière. Mais le temps varie très rapidement. Nous quand on fait les prévisions, le fait qu’on fait le suivi continue on peut mettre à jour les informations le plus rapidement possible.

A l’échelle nationale nous avons fait des analyses, nous avons compris effectivement que cette année va être excédentaire. On va avoir plus de pluie. A cela s’ajoutent, les conséquences liées à la variabilité pluviométrique, l’inter saisonnalité et la variabilité d’ordre anthropique. Il y a aussi la topographie quand on prend le cas spécifique de Conakry.

Quels sont conseils à l’endroit des populations ?

C’est ce que je peux donner comme conseils, c’est à l’endroit de tout le monde. En commençant par les populations, les conséquences sont d’abord liées aux constructions anarchiques. Aucun pays ne peut se développer sans la science, les ingénieurs, entreprises, chacun doit se munir des informations météorologiques, géologiques fiables avant de réaliser telle ou telle infrastructure. Si on ne le fait pas, on va dépenser des milliards et un jour c’est un phénomène atmosphérique qui va venir tout ravager en clin d’œil.

Il faut que désormais qu’on tourne vers la science pour garantir nos infrastructures. Il faudrait aussi que chaque citoyen s’intéresse aux informations météorologiques. Que chacun cherche à s’informer, dans d’autres, certains citoyens, avant de se coucher, cherchent d’abord à avoir les informations météorologiques. Tout ce qu’on fait est lié aux informations météorologiques. Elle est obligatoire.

Il faudrait que, ça soit les entreprises ou l’Etat, qu’on sache qu’il est temps d’investir dans la météorologie. Ça ne sert rien qu’après les dégâts qu’on distribue des sacs de riz.

Cependant quand on émet une alerte météorologique à temps, ça permet aux citoyens de se mettre à l’abri, ça diminue les risques. C’est pour dire que, tout ce qu’on fait aujourd’hui, si on n’investit pas ou ne met pas les moyens nécessaires à la disposition de la météorologie, on va mettre le double de ces moyens dans la réparation des dégâts. Or, tous les dégâts ne peuvent pas être réparés, c’est le cas des pertes en vies humaines.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel: (00224) 664 72 76 28 

Créé le 12 août 2023 12:18

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