Saison des pluies et inondations à Conakry : Les « conseils utiles » du chef de l’Agence Nationale de la Météorologie…

CONAKRY-A Conakry, chaque saison des pluies arrive très souvent avec des calamités entrainant des dégâts matériels et des pertes en vies humaines.  Comment minimiser les risques ? Pour aborder ce sujet, un journaliste d’Africaguinee.com est allé à la rencontre du Directeur général de l’Agence Nationale de la Météorologie. Dans cet entretien, Dr. Réné Tato Loua  donne des conseils aux citoyens se trouvant dans les zones à risques.

AFRICAGUINEE.COM : La saison des pluies est souvent accompagnée par des risques d’inondations à Conakry. Quels conseils avez-vous à prodiguer aux citoyens ?

DR. RÉNÉ TATO LOUA: D’entrée, il faut dire que nous sommes en train de subir les conséquences du changement climatique. Dans le monde entier chaque pays préoccupe du renforcement de son service météorologique pour mettre en place un système d’alertes précoce, permettant de mettre à la disposition de la population les alertes météorologiques.

Il faudrait que chaque personne soit consciente d’abord de l’existence des informations météorologiques, qu’elle cherche à s’informer à travers les médias (RTG), les réseaux sociaux via nos plateformes, et quand il y a de grandes pluies, d’éviter les zones inondables ou d’être isolé sous les arbres parce que le début de la saison pluvieuse est souvent accompagné d’orages qui peuvent faire beaucoup de dégâts chez nous. Parce qu’il y a une corrélation entre les orages et les ressources minières. Il faut cesser de jeter les ordures dans les caniveaux, c’est extrêmement important.

En plus, il faut accélérer le processus de curage des caniveaux. A tous les niveaux, le changement climatique n’est pas un problème de femmes, d’hommes. Il concerne tout le monde. Il faudrait donc que chaque service se sente intéressé par le phénomène et pense à mettre dans ses priorités le renforcement des capacités des services météorologiques. Ce n’est pas seulement au gouvernement, tous les secteurs de développement socioéconomique de notre pays dépendent des informations météorologiques, du coup, il faut en tenir compte.

Nous sommes au début de la saison des pluies, est-ce que votre agence a déjà une idée de la pluviométrie de cette année ?

Nos équipes travaillent là-dessus. On a participé à des rencontres sous-régionales qui ont permis de savoir un peu ce qui va se passer cette année. Mais permettez de ne pas vous dire cela maintenant car il est prévu de communiquer là-dessus dans les prochains jours à travers une rencontre que nous sommes en train de préparer. Donc, au moment venu on pourra partager cette information à la population.

Pour la saison 2023, nous avons assisté à une pluviométrie excédentaire. Malgré cela les barrages hydrauliques sont asséchés. Pouvez-vous nous expliquer ce qui n’a pas marché ?

C’est en cela que vous allez comprendre que la météorologie est un service important pour tous les secteurs socio-économiques de développement de notre pays. S’il y a pénurie d’eau au niveau des barrages hydroélectriques, mais la raison est simple, c’est parce que les cours d’eaux sont exposés, ils sont décoiffés. Par conséquent, les cours d’eaux qui alimentent le fleuve principal étant décoiffé, l’eau exposée, l’évaporation va être intense par rapport à la quantité qui va tomber. C’est ce qui va agir sur le cours d’eau. C’est pourquoi il faut une stratégie qui va permettre de préserver l’environnement dans la zone. Pour ce faire, il faut impliquer les services de la météo dans des initiatives de ce genre pour qu’ils donnent leur avis. Mais si on refuse d’accompagner la météorologie pour donner son avis à tel endroit ou autre, on va dépenser le double voire le triple pour réparer les dégâts, et tous les dégâts ne sont pas réparables.

Notre souhait est que cette saison des pluies qui commence ne cause pas de pertes en vie humaine. A cet effet, nous conseillons à toute la population que quand les grandes pluies s’annoncent d’éviter les zones inondables, tous ceux qui sont dans des constructions situées à de tels endroits, c’est le moment de prendre la décision de quitter. D’être aussi très vigilant quand il pleut parce que ce n’est pas seulement l’inondation, il y a les orages, les vents violents qui peuvent faire chuter des câbles électriques et les câbles électriques en contact avec de l’eau de pluie qui est aussi une conductrice, cela peut occasionner des dégâts. Il faudrait que chacun tienne compte de ces risques afin de prendre des dispositions et diminuer le risque.

Du coup, nos conseils vont non seulement à l’endroit de la population mais aussi des services qui sont impliqués dans la gestion des catastrophes. Que ce soit la population et les autres services, il faudrait que tout le monde reste en contact avec la météo et pense à renforcer les capacités de la météorologie pour que les alertes que nous émettons soient accessibles.

Vous avez parlé des zones inondables, est-ce que vous pouvez nous les énumérer ?

En tant que service météorologique ce n’est pas forcément notre rôle. Mais en prenant le système d’information géographique, à Conakry, vous avez les bas-quartiers, c’est-à-dire les zones qui sont inondables, ils ne sont pas cachés. Nous avons les bordures de mer là où on a fait les remblais, de part et d’autre les constructions ne sont pas adaptées. Les zones de Bonfi par exemple, les bordures de caniveaux qui seront bouchées à cause des ordures. Il y a aussi les zones qui sont situées au niveau des collines alors que les constructions ne sont pas adaptées, sous l’effet des grandes pluies il peut y avoir de l’éboulement. Et chacun dans sa zone peut déjà se faire une idée.

Parlant des alertes que vos services émettent, de quels moyens disposez-vous pour qu’elles puissent servir la population ?

C’est justement l’une des raisons pour lesquelles nous parlons de renforcement de capacités des services parce qu’à l’interne nous travaillons d’arrache-pied, en mettant en place une veille météo. Donc, on surveille le temps H24 et on élabore des alertes que nous mettons à la disposition des populations à travers des communications via notre page Facebook, sur des plateformes WhatsApp, déjà nous prévoyons d’intégrer les médias pour partager largement ces informations. L’objectif visé, c’est que si dans 15 ou 30 minutes il y a un risque qui doit y avoir, que l’alerte soit partagée le maximum, c’est ce qu’on appelle système d’alerte précoce, qui est un programme qui a été initié par les Nations-Unies dont l’élaboration a été confiée à l’organisation météorologique mondiale dont notre pays est membre. Seuls les météorologues nationaux sont habilités à faire ce travail, à produire des informations météorologiques pour la population. Nous travaillons donc sur le système d’alerte précoce.

Le dimanche 5 mai, Conakry et certaines villes du pays ont enregistré les premières pluies de la saison. Est-ce que vos services l’avaient déjà prévu ?

Nous savions que ça allait pleuvoir. Mais parfois l’alerte arrive en retard et ce week-end, il y avait des difficultés liées à la connexion internet, aux réseaux sociaux, ça fonctionnait difficilement. On était confronté à ces difficultés, mais on a quand même émis des alertes disant qu’il allait pleuvoir. Le problème c’est l’accessibilité à ces alertes parce que cela demande beaucoup de moyens.

En 2023, lorsque vous nous avez reçus pour une interview, vous étiez encore dans un bâtiment vétuste, où les conditions de travail n’étaient vraiment pas encourageantes. Cette année, vous avez un nouveau siège avec un bâtiment flambant neuf, apparemment équipé, est-ce un changement qui pourrait vous rapprocher davantage à la population ?

La population doit avoir confiance à son service météorologique. Et il faut savoir que la météorologie guinéenne est l’un des vieux services de l’administration guinéenne qui existe depuis la période coloniale. Depuis cette période jusqu’à nos jours, imaginez dans quelles conditions la météorologie guinéenne a évolué. Ce n’est que grâce à l’avènement du CNRD au pouvoir et dans le cadre des réformes que le gouvernement a entreprises que la météorologie a pu avoir des personnes éclairées et qui ont la volonté de faire bouger les choses. Vous l’avez vous-même constaté. Grâce à l’appui du ministère des transports, la tutelle du service météorologique qui a beaucoup appuyé et continue d’ailleurs de le faire, aujourd’hui il y a beaucoup de changements.

Avant c’était la direction nationale de la météorologie mais aujourd’hui on parle de l’agence nationale de la météorologie, ce sont des réformes. Et pour ces réformes, c’est d’abord le cadre de travail, il faut mettre les travailleurs dans des meilleures conditions environnementales et autres. C’est ce qui leur permet de produire. Là, on a les équipements, le cadre, et cela prouve qu’on est en train d’avancer, d’évoluer très bien.

C’est l’occasion pour nous de remercier le chef de l’Etat, général Mamadi Doumbouya pour cet acte qu’il a posé au niveau de l’agence de la météorologie. Tout le service le lui reconnaîtra car rendre service à la météo c’est rendre service à la population. Aujourd’hui, chaque soir nos bulletins passent à la RTG (Radiodiffusion télévision guinéenne).

D’autre part, les partenaires au développement commencent à avoir confiance en nous et se sont positionnés pour que l’ensemble des projets qui sont au niveau des autres départements ministériels soient soutenus parce que les informations météorologiques ne sont pas que simplement pour la prévision.

Les informations météorologiques sont essentielles comme vous le dites mais le hic, c’est que l’Agence que vous dirigez a du mal à encore gagner la confiance des populations guinéennes, comment comptez-vous changer la donne ?

Quand j’ai parlé de système d’alerte précoce pour tous, ça veut dire que c’est tout le monde qui est pris dans ce programme. Nous avons un studio en marche, dans les prochains jours le bulletin qui passera à la télévision sera également interprété en langues locales parce qu’actuellement il faut savoir lire et écrire pour comprendre mais nous allons ajouter l’interprétation en langues. Des dispositions sont en train d’être prises dans ce sens. Ça ne fera pas en un jour parce que c’est un travail qui demande beaucoup d’accompagnement. Les risques peuvent survenir à tout moment, nous avons un travail de veille à faire H24, et pour ça, il faut beaucoup d’accompagnement. Il faut encourager les travailleurs.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664 72 76 28

Créé le 13 mai 2024 12:08

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