Jeanne Lagarde de RSF précise : « La position de la Guinée est trompeuse…la situation est loin d’être parfaite »

PARIS-Le 3 mai dernier, Reporters Sans Frontières (RSF) a rendu public son rapport sur la Liberté de la Presse pour l’année 2024. Dans ce classement, la Guinée occupe le 78ème rang sur 180 pays évalués. Ce classement a surpris plus d’un surtout chez les hommes de médias guinéens qui ont été victimes durant l’année écoulée de musèlement de plusieurs natures.

Cette censure s’est traduite par la restriction de l’accès à des sites d’information, le brouillage des ondes de certaines radios et télévisions, de suspensions de journalistes par la HAC (Haute Autorité de la Communication). Malgré ce tableau sombre, la Guinée a quand même marqué des points dans le classement de l’organisation de défense de la Liberté de la Presse et des journalistes. Un contraste saisissant. Sur quelle base ce classement a-t-il été fait ? Africaguinee.com a interrogé madame Jeanne Lagarde, chargée de plaidoyer Afrique pour RSF. Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Le classement 2024 fait par le RSF, place la Guinée au 78e rang sur 180 pays évalués en matière de la liberté de la Presse. Qu’est-ce qui a permis à la Guinée de se hisser à ce rang ?

JEANNE LAGARDE : Il faut tout d’abord savoir que pour établir le classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF chaque année, nous calculons un score propre à chaque pays. Ce score dépend de cinq indicateurs contextuels, qui permettent de comprendre la liberté de la presse sur un territoire dans sa complexité. Les cinq indicateurs sont :

* le contexte politique (degré de respect de l’autonomie des médias face aux pressions politiques exercées par l’État ou d’autres acteurs politiques de la société, indépendance des médias, etc)

* le cadre légal (environnement légal et réglementaire des journalistes, potentielles sanctions, lois, protection des sources)

* le contexte économique (contraintes économiques, favoritisme dans l’accord de subventions, etc)

* le contexte socioculturel (peut-on parler de genre, de classe, d’origine ethnique ou de religion, par exemple)

* la sécurité (dommages corporels subis par les journalistes et médias, donc homicides volontaires, violences, arrestations, détentions, enlèvements, intimidations…)

Pour le cas de la Guinée, son score est de 59,9 (sachant que plus un score est proche de 100, plus la situation est bonne en termes de liberté de la presse). Elle se situe au 78e rang donc a gagné 7 places, mais attention, sa position est trompeuse : elle est principalement due aux variations des autres pays puisque son score n’augmente quasiment pas d’une année à l’autre (0.46 points seulement) ! Il s’agit d’une hausse en trompe-l’œil.

Sa très petite hausse du score est principalement due à une hausse du score social. En revanche, le pays a perdu presque 11 points sur cent sur son score politique d’une année à l’autre, et 16 places dans le classement (83e, contre 67e l’année dernière. Son score sécuritaire a également diminué. En Guinée, la situation est loin d’être parfaite et les journalistes ne sont pas en sécurité (103e rang sécurité).

Malgré les restrictions dont sont victimes les médias privés, la Guinée a quand même obtenu 7 places au classement. Comment comprendre cette dichotomie ?

Ce qu’il est important de noter, c’est que la Guinée gagne certes 7 places, mais son score d’une année à l’autre est quasiment identique. Son augmentation est donc liée à l’évolution des autres pays. Ensuite, le score que l’on calcule est basé sur deux éléments :

* un relevé quantitatif des exactions commises à l’encontre des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions, ainsi que des médias : pour ça, les bureaux géographiques de RSF effectuent une veille

* une analyse qualitative de la situation de chaque pays, mesurée aux travers des réponses de spécialistes de la liberté de la presse à un questionnaire établi par RSF, qu’on envoie chaque année.

Une grande partie du score est calculée grâce au questionnaire et analyses des répondants. Ce qui explique le fait que le score de la Guinée n’a pas drastiquement baissé, c’est que le questionnaire a été envoyé en fin d’année, et la plupart des répondants y ont répondu à ce moment-là, or à ce moment-là, les trois chaînes de télévision privées actuellement retirées des bouquets Canal+ et Startimes ne l’avaient pas encore été, la décision n’avait pas encore été prise par la HAC. A ce moment-là également, les radios venaient à peine de connaître les brouillages qu’elles subissent encore actuellement. Et enfin, le secrétaire général du SPPG, Sékou Jamal Pendessa, n’avait pas encore connu sa détention d’un mois qui a eu lieu en janvier.

La hausse de la Guinée dans le classement peut donc sembler étonnante à première vue, mais il est important d’analyser le score du pays avant toute chose, et de garder à l’esprit que ce sont les données de 2023 qui sont prises en compte.

Il faudra attendre le prochain classement pour que certaines données, notamment les restrictions de médias et la détention de Sékou Jamal Pendessa, soient prises en compte.

Reporters sans frontières note que le régime de transition, n’a pas tenu ses promesses de garantir la liberté de la presse en Guinée. Quelles sont les insuffisances relevées ?

Lors de l’arrivée au pouvoir des autorités, ces dernières s’étaient engagées à respecter la liberté de la presse auprès de RSF, lors d’un déplacement d’une délégation à Conakry et d’un échange avec le premier ministre de l’époque. Pourtant, la situation des médias et des journalistes se dégrade de plus en plus en Guinée, jusqu’à connaître une situation jamais connue auparavant : les radios Evasion, Espace, Djoma et FIM font l’objet d’un brouillage constant depuis fin novembre 2023, sans explication.

En décembre, l’organe de régulation des médias (HAC), a demandé le retrait des chaînes de télévision privées Djoma TV, Evasion TV et Espace TV des bouquets Canal+ et Startime pour des raisons de “sécurité nationale” et “jusqu’à nouvel ordre”, privant les citoyens de leur droit d’accéder à une information plurielle.

Entretien réalisé par Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 mai 2024 08:42

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