Dialogue politique et emploi en Guinée : Entretien avec le Ministre Damantang Albert Camara… (Exclusif)

Damantang Albert Camara, Ministre Porte-Parole du Gouvernement guinéen

CONAKRY- Alors que le dialogue politique inter guinéens a démarré ce Jeudi 22 septembre 2016 à Conakry, le Gouvernement affiche un optimisme. Par la voix de son porte-parole le Gouvernement guinéen a livré un message d’espoir et de garantie à l’endroit des plus sceptiques sur l’issue du dialogue politique. Avec le Ministre Damantang Albert Camara nous avons également abordé dans cette interview des sujets liés à la création d’emploi, du conflit entre le géant minier Rio Tinto et ses travailleurs, mais aussi la formation professionnelle. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Damantang Albert Camara bonjour ! Vous avez annoncé la création de 7 mille emplois dans la région de Boké. Sur quelle base avez-vous fait cette annonce ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA : Bonjour Monsieur Souaré ! C’est pourtant très simple et à la limite très technique. Il y a un certain nombre de projets qui se développent dans la région, certains ont d’ailleurs commencé. Quand vous prenez la SMB (Société Minière de Boké), le projet ALUFER, le projet qui se développe comme COBAD, le projet Dian-Dian, ont déjà impulsés une dynamique de création d’emplois. Vous avez surtout le projet d’extension de la CBG et le nouveau projet Guinéa Alumina Corporation (GAC) qui, à eux deux, vont injecter deux milliards cinq cent millions de dollars dans notre économie et qui vont procéder à un certain nombre d’opérations notamment des opérations de construction qui vont créer ces 7000 emplois (…), c’est purement mécanique. Ce sont des chiffres qui ont été annoncés par les miniers eux-mêmes. L’information est peut-être passée inaperçue mais il y a deux ou trois mois le ministère des mines avait annoncé ces chiffres-là. Si on ajoute à cela les autres projets en attente comme le projet AMR (Alliance Minière Responsable, Ndlr) et Dian-Dian on serait au delà de ces chiffres.

Quel était le message fort de votre délégation a eu à livrer à l'endroit des  sociétés minières que vous avez rencontrées ?

Ce qu’on souhaite au département c’est que les services travaillent en synergie. L’administration du travail est un tout et l’échange d’informations d’une part entre les services ; ensuite entre l’ensemble du département et les administrés que sont les employeurs et les employés . Ceci est d’une importance capitale pour pouvoir faire respecter la législation du travail et aller jusqu’au bout des potentiels que présentent ces différents projets. Nous savons pertinemment qu’on ne peut pas déplacer à la fois le directeur d’une entreprise, celui des Ressources Humaines, le DAF, le syndicat, le représentant du comité d’entreprise pour venir à Conakry visiter chacune des directions (…), de la Caisse de la Sécurité Sociale, de ONFPP (Office national de formation et de perfectionnement professionnel, Ndlr), de l’AGUIPE (Agence Guinéenne de promotion de l’emploi, Ndlr), de l’inspection du travail et du cabinet du ministère. Nous avons donc décidé de transporter cette administration vers les administrés, vers ces sociétés pour discuter avec eux, pour échanger sur tous les aspects concernant leurs activités. Ça été un échange fructueux, les différents services ont exposé leurs activités et les éventuels problèmes qu’ils avaient avec les entreprises à chaque fois qu’on les rencontrait. Mais également et surtout remonter les informations, les questionnements, les préoccupations de ces chefs d’entreprises des travailleurs des syndicats. Ceci a permis un échange fructueux qui va permettre de mettre dans le futur une base de collaboration pour obtenir des résultats probants en termes d’emplois, de respect des conditions de travail, en termes de conditions de travail décent et en termes de respect des  libertés syndicales.

Des cas de grève sont souvent enregistrés dans cette région. Est-ce que vous aviez eu à constater des manquements au respect de la législation du travail ?

Sur place non. Mais nous avions déjà été saisis par certains conflits sociaux.  D’ailleurs j’ai oublié de dire qu’on était aussi accompagné dans cette mission par le représentant du ministre des mines pour que la boucle soit bouclée et que l’aspect technique soit également pris en compte. Nous avions eu à évoquer un certain nombre de conflits sociaux qui s’étaient manifestés dans cette région, remettre les choses en place et d’expliquer le principe de la liberté syndicale, leur donner des conseils sans en avoir bien entendu l’air d’interférer dans les activités syndicales. C’était une occasion de sensibiliser les travailleurs pour leur dire que le Gouvernement ferait tout pour préserver leurs droits, qu’ils fassent tout pour préserver leurs outils de travail. Nous sommes dans une période certes où beaucoup d’entreprises sont encore en difficulté après les deux ans de déficit qu’ils ont passées. Donc cela présage parfois des conflits sociaux. Il faut que la sérénité et le respect des textes l’emportent sur la passion. C’était également un des messages que nous avons tenu à faire passer.

La grogne de plusieurs centaines de travailleurs de Rio Tinto continue. Vos services ont-ils été saisis pour ce cas ?

Cela s’est passé de manière très procédurière avec une saisine de l’inspection générale du travail. Rio-Tinto nous semble-t-il jusqu’à preuve du contraire, a respecté l’ensemble de la procédure pour proposer un plan départ volontaire à ses travailleurs qui l’on accepté pour la plupart. Il s’avère qu’à la fin plusieurs d’entre eux n’étaient plus d’accord avec ce plan de départ à la retraite et ont émis un certain nombre de revendications qui sont entrains d’être analysées. Le département du travail étant un intermédiaire dans ce cas de figure assiste les parties à trouver un terrain d’entente pour éviter des conflits ou de la saisine du tribunal. Je crois que nous sommes sur cette voie, après avoir pris connaissance des nouvelles revendications des travailleurs, Rio Tinto est en train de les analyser pour voir la mesure dans laquelle elle peut y répondre.

Le secteur de la formation professionnelle peine encore à prendre une certaine croissance d’autant plus que les jeunes guinéens hésitent encore à opter pour ce type de formation. Est-ce qu’il y a de l’espoir que cette tendance change ?

La tendance change mais c’est n’est pas suffisamment. Ce n’est pas forcement la faute des jeunes guinéens qui, il faut le reconnaitre ont pour la majorité pris conscience (…), se rapprochent de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Il y a de plus en plus de vocations dans ce secteur-là. Notre voyage sur la zone de Kakandé était également destiné à évaluer les besoins de formation. Nous avons dit aux sociétés minières, maintenant que les projets commencent à se développer il fallait absolument qu’ils commencent à s’investir eux aussi dans la formation professionnelle, dans l’appui au département pour former la main d’œuvre dont ils ont besoin. Nous avons appris qu’une société s’apprêterait à faire venir 1000 expatriés. Ce n’est pas acceptable et ça ne sera pas accepté. Il n’est pas possible qu’on dise en Guinée il y a 1000 postes disponibles et qui ne peuvent être occupés que par des étrangers. Le sens de notre message était de faire comprendre que ces postes doivent être occupés par des guinéens et qu’il fallait les former. L’Etat a certes des défaillances, mais l’objectif du partenariat public-privé c’est de palier à ces déficiences là pour qu’ensemble nous formions la main d’œuvre guinéenne qui est nécessaire. Pour cela il y a des procédures qui existent (…), lorsqu’on envisage de recruter des travailleurs étrangers on doit soumettre en même temps cette demande de recrutement un plan de ‘’Guinéeisation’’ du poste concerné. Donc dans tous les cas de figure l’obligation de former les jeunes guinéens aux compétences demandées est présente et elle doit être respectée. C’était également un des objectifs de notre sortie vers cette zone de Boké. Nous avons surtout attiré l’attention de ces opérateurs miniers sur ce qui se passe dans le secteur hôtelier. Vous savez constaté après PALM-Camayenne nous avons le NOOM Hôtel et nous en avons d’autres en construction. Vous remarquerez que les travailleurs de ces différents hôtels se déplacent d’un hôtel à l’autre à chaque fois qu’il y en a un qui ouvre. Ils débauchent des travailleurs de l’hôtel qui a ouvert précédemment. Au lieu de passer leur temps à faire un jeu de mercato professionnel, je crois que l’avantage pour toutes ces entreprises c’est de s’associer résolument à nos services pour former la main d’œuvre dont elles ont besoin puisque de toute manière ce sont des guinéens qui doivent être les premiers à bénéficier de ces offres-là.

Est-ce que l’ONFPP est aujourd’hui en mesure de satisfaire ce besoin de formation à travers un mode de « partenariat » avec les entreprises ?

Ah Oui vous verrez les statistiques (…). L’ONFPP a totalement explosé les statistiques de la formation continue en termes d’appui aux entreprises. Mais ce que les entreprises oublient très souvent de dire c’est que l’intervention de l’ONFPP répond à des principes bien stricts. Pour bénéficier de la formation de l’ONFPP, vous devez avoir déposé au début d’exercice, un plan de formation validé par l’ONFPP. Ce que la plupart des entreprises ne font pas. Peut-être par manque de connaissance de la préparation d’un plan de formation ou par méconnaissance. Toujours est-il que cette direction a une démarche qui va vers les entreprises pour proposer ses services non seulement pour la formation mais également pour la conception des plans de formation. En l’état actuel, il n’y a aucune raison pour qu’une entreprise qui cotise ne bénéficie pas des formations proposées par l’ONFPP qui a un panel très vaste de formations disponibles et qui fait aujourd’hui la satisfaction de beaucoup d’entreprises. Il n’est pas question de se cacher derrière un prétendu dysfonctionnement pour dire qu’on n’a pas pu bénéficier de la formation. Le principe est que vous devez de toutes les manières contribuer. Le terme utilisé pour qualifier la taxe professionnelle c’est bien la contribution. Partant du principe qu’avant même de recruter un travailleur, toute entreprise bénéficie de la formation que ce travailleur-là a reçue avant. Ne serait-ce que la formation primaire secondaire (…), et formation à laquelle elle n’a pas contribué puisque par définition cette personne n’était pas en situation de travailler. C’est cette contribution qui est réclamée et non pas forcément un jeu d’équilibre entre ce que vous cotisez et ce que vous récupérez comme formation. C’est une contribution à l’ensemble de ce qui a été fait pour former les travailleurs guinéens que les entreprises payent à travers ses taxes là. Je précise et je répète ce que j’ai dit plus haut, l’ONFPP est suffisamment bien organisé pour être capable de proposer des formations dans tous les domaines aux entreprises qui le demandent.

Depuis quelques jours une nouvelle portant sur une prétendue interdiction aux Ministres de sortir du territoire national défraye la chronique. Est-ce qu’une telle décision a été prise par le Chef de l’Etat ?

Je ne sais pas d’où vient cette information et pourquoi elle a été diffusée de cette manière-là. Mais ce que je puis dire, c’est que depuis très longtemps déjà, le chef de l’Etat a demandé à ce que les déplacements des chefs de départements soient rationalisés pour tenir compte des impératifs de notre présence sur le terrain, des rencontres que nous devons avoir avec un certain nombre de partenaires techniques et financiers, et surtout de la nécessité de se concentrer au travail. Si c’est cela qui a été interprété comme une interdiction de quitter le territoire cela n’engage que ceux qui le voient comme ça. En tout cas nous on n’a pas reçu d’instructions telles quelles de la part du président de la République.

Avec la crise économique que traverse le pays, est-ce qu’à un moment donné au niveau du gouvernement il y a eu quelques restrictions pour essayer de limiter les dépenses publiques ?

Ce qu’il faut savoir, le Gouvernement n’a pas attendu qu’il y ait la crise pour être dans un système de restriction. Je crois que les guinéens connaissent parfaitement le salaire du ministre tel qu’il est, c’est un salaire très modeste. Contrairement à l’ensemble de l’administration qui a bénéficié de 140% d’augmentation sur l’ensemble de la première partie du mandat du président Alpha Condé. Aucun ministre n’a eu une augmentation de son salaire. Je crois que nous gérons les ressources publiques avec parcimonie. Le chef de l’Etat fait très attention à la dépense publique, nous avons aujourd’hui une comptabilité matière qui empêche la dilapidation des biens de l’Etat. Les mesures d’austérité existent depuis 2011 et se poursuivent jusqu’à maintenant. En tous cas pour les membres du gouvernement.

Le dialogue politique s’est finalement ouvert ce Jeudi 22 septembre 2016. Quelle va être la particularité de cette autre rencontre des acteurs politiques à votre avis ?

Je crois que ce qu’on peut déjà dire en attendant que les parties elles-mêmes définissent les contours de ce dialogue lors de la première session, c’est que ce dialogue a bénéficié de l’encouragement très fort du chef de l’Etat et du chef de file de l’opposition qui se sont rencontrés. Rencontre qui a été suivie par d’autres entre le président et d’autres acteurs majeurs de la vie politique. Ces différentes rencontres peuvent semer les jalons d’un dialogue sans doute beaucoup plus apaisé, tenant en compte réellement les préoccupations des uns et des autres avec un objectif précis, celui d’aller aux communales de manière apaisée et inclusive.

Pour certains observateurs ce dialogue sera à l’image des précédents dont les conclusions n’ont pas été appliquées. Que répondez-vous ?

Ce sont ces mêmes sceptiques qui n’auraient jamais cru un seul instant que le Président rencontrerait Monsieur Cellou Dalein Diallo et ensuite qu’il allait lui présenter ses condoléances à son domicile. Une fois que ça c’est posé comme acte, je pense qu’il faut raisonnablement être optimiste pour tout le reste de l’évolution des rapports entre les personnalités politiques de notre pays.

Depuis quelques jours il y a un apaisement sur le plan politique, est-ce vous avez un message à lancer aux investisseurs étrangers ? Est-ce la Guinée rassure aujourd’hui beaucoup plus qu’hier ?

C’est un signal positif. Il montre la maturité de notre monde politique et le fait que lorsqu’on finit de débattre de tous les sujets ou de s’affronter, que ce soit l’hémicycle ou dans la rue, les guinéens savent se retrouver autour de l’essentiel et préserver l’intérêt supérieur du pays. Si on continue sur cette voie, il n’y a pas de raisons que les mois et dans les années suivants nous n’ayons pas de nouvelles perspectives pour ce pays et ça c’est encourageant pour notre pays.

Monsieur le ministre merci!

C’est à moi de vous dire merci !

 

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tel. : 00224 655 31 11 12

 

 

 

 

Créé le 22 septembre 2016 17:51

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