Dialogue politique en Guinée : Qu’en pense l’opposant Bah Oury ? (Interview)

Bah Oury, vice-président de l'UFDG

PARIS- Depuis la France où il vit depuis quelques temps, le vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, Bah Oury, vient de donner son avis sur le dialogue politique inter guinéen. Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, cet ancien Ministre estime que la démarche de ses paires de l’opposition est « incohérente ». Sans langue de bois, Bah Oury donne aussi son avis sur les prochaines consultations électorales.

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour !

BAH OURY : Bonjour Monsieur Souaré !

Après plusieurs moments d’hésitation l’opposition guinéenne a finalement accepté d’aller au dialogue avec le camp présidentiel. Que pensez-vous de cette décision ?

Premièrement l’opposition avait clamé qu’elle n’irait jamais au dialogue, sans au préalable que nos revendications soient satisfaites. C’était en l’occurrence l’inversion du calendrier électoral, précisément. Mais aujourd’hui, ils se fondent sur une invitation ou du moins sur la convocation formulée par Alpha Condé, qui a été adressée au Premier ministre pour veiller à son application. Cette convocation  de M. Alpha Condé était explicite, réunir  les deux courants politiques  (Opposition et Mouvance) sur la base d’un ordre du jour qui est explicite. A savoir ne pas remettre en cause le calendrier électoral, ne pas remettre aussi en cause les activités dites constitutionnelles  de la CENI, c'est-à-dire ne pas donner des instructions à cette institution. Donc  lui laisser  faire ce que bon lui semble.  La seule recommandation qui est faite à la CENI, c’est de communiquer désormais avec tous les acteurs politiques pour les informer  du processus en cours. En troisième lieu, en ce qui concerne les délégations spéciales, elles seront maintenues. Il a été souligné qu’il faut voir les modalités pour savoir  limiter les capacités de nuisances de ces délégations  spéciales dans le cadre du processus électoral.  Voilà les trois points principaux qui figurent dans l’agenda exprimé par le chef de l’Etat pour inviter ces deux courants à se réunir sous l’égide du gouvernement.

L’opposition est quand même partie à ce dialogue politique avec une question préjudicielle à savoir l’annulation du calendrier électoral proposé par la CENI…

C’est une manière de dire que je vais au ‘’dialogue ‘’, parce que pour moi ce n’est pas un dialogue, mais je prends la forme pour dire que je formule une  revendication préjudicielle. A savoir si l’inversion du calendrier électoral n’est pas possible, en ce moment-là je claque la porte. Je pense  que tout cela est un manque de clarté et de cohérence. Parce qu’ils savent pertinemment sur quelles bases  le Gouvernement  a initié cet entretien mouvance –opposition. Donc c’est un baroud d’honneur, à mon avis pour justifier  le fait d’accepter  de répondre à l’invitation d’Alpha Condé pour ne pas désespérer davantage la grande majorité des militants qui sont complètements déboussolés aujourd’hui.  

Vous auriez donc souhaité que l’opposition ne prenne pas part à ce dialogue politique ?

Lorsque vous me parlez de l’opposition, parfois j’ai mon corps qui se hérisse. Les responsables de l’opposition et l’opposition sont deux  choses qui sont totalement différentes. La grande majorité de l’opposition, c’est-à-dire en terme réel des hommes et des femmes, qui estiment que  cette situation ne peut pas être améliorée par la direction d’Alpha Condé, la grande majorité de nos compatriotes se sentent aujourd’hui orphelins. Maintenant il y a des dirigeants de l’opposition qui cherchent tant  bien que mal à préserver  des intérêts politiques qui leurs sont propres, à savoir, participer à un processus électoral, dont tout le monde sait que ce processus est déjà biaisé depuis très longtemps. Maintenant pour en revenir à la question de fond, il faut revoir les choses en face. De quel dialogue parlons-nous ? Si c’est un dialogue pour aller aux consultations électorales, je pense que le terrain est bien balisé par le pouvoir en place et certains responsables de l’opposition, pour participer à la mascarade qu’Alpha Condé entend organiser le 11 octobre prochain. Libre à eux d’y aller, avec le risque et péril qui en découleront. Maintenant si on me parle d’un vrai  dialogue qui prend en compte les problèmes de la Guinée, je pense que ce dialogue n’existe pas. Quel est  le problème de la Guinée aujourd’hui ? Est-ce que c’est un problème tout simplement électoral, NON. La crise de ce pays a pris une grande envergure  qui fait que  c’est  l’existence même de la communauté nationale qui est en jeu. Ce n’est pas pour rien on a classé la Guinée parmi les dix pays qui sont dans une situation d’extrême risque, comme la plupart des pays qui sont  dans des conflits fratricides aujourd’hui.

Prévoyez-vous un échec de l’opposition lors des prochaines consultations électorales ?

Les élections du 11 octobre ont perdu de l’intérêt, cela n’a pas de sens d’autant que le processus électoral est complètement corrompu. Les enfants  mineurs qui ont été recensés en Haute-Guinée feront  partie du fichier qui sera pris en compte par la CENI. Tout a été modifié depuis le début et donc il ne faut pas se voiler la face et de ne parler que d’élections.  La  Guinée est dans une situation d’extrême dangerosité. La question d’élection n’est qu’un épiphénomène  par rapport à la situation que le pays traverse en ce moment. Il faut que l’on ouvre les yeux. La semaine dernière, une ancienne conseillère  à la sécurité nationale du président Clinton  a alerté sur la situation très grave dans laquelle se trouve la Guinée. Si des personnalités de ce genre qui n’ont aucune accointance avec quelques bords politiques qu’ils soient  tirent cette sonnette d’alarme sur notre situation, il faut que nous guinéens alors que nous soyons un peu plus responsables par rapport à nos compatriotes  et de l’avenir de notre pays, et de nous rendre compte que nous sommes en danger. Ce n’est pas avec des élections  que la Guinée va sortir de la crise actuelle, au contraire des élections, encore une  mascarade supplémentaire, nous enfoncerait davantage dans cette situation de crise. C’est la raison pour laquelle, le monde entier  s’interroge sur la viabilité de l’Etat et de la Nation guinéenne.

Etes-vous de ceux-là qui estiment aujourd’hui que l’opposition est affaiblie à cause de ses crises internes ?

Tout cela est dérisoire par rapport au vrai problème de la Guinée. C’est comme si l’on voit le feu gagner du terrain et de s’interroger sur des détails. Le pays est en danger et c’est cela qui vaut la peine d’expliciter pour que les guinéens puissent se rendre compte, que nous ne sommes pas dans un contexte tout à fait normal et que c’est le moment ou jamais de se serrer davantage la ceinture  et d’oser faire avancer les vraies revendications qui concernent l’ensemble des populations guinéennes et non pas à s’intéresser que par la question d’opposition entre des individus. Tout cela est périphérique pour moi  dans ce contexte où le danger  se profile à l’horizon.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

 

Créé le 23 juin 2015 08:07

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