Dadis Camara, Crise politique et corruption en Guinée : Papa Koly Kourouma parle… (Interview)

El hadj Papa Koly Kourouma

CONAKRY- Malgré son statut de Ministre d’Etat Conseiller spécial du Président de la République, El hadj Papa Koly Kourouma réitère son son appartenance à l’opposition. Dans cet entretien exclusif accordé à notre rédaction, le leader du parti « GRUP » se prononce sur plusieurs sujets dont le retour manqué de Dadis Camara, les nombreux scandales financiers qui éclaboussent le Président Alpha Condé, mais aussi la reprise des manifestations de l’opposition. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : El hadj Papa Koly Kourouma bonjour !

PAPA KOLY KOUROUMA : Oui bonjour !

Porter la casquette de ministre d’Etat Conseiller spécial du Président de la République et être en même temps opposant, n’est-ce pas une drôle de situation ?

Pourquoi c’est dôle ?  Je ne le pense pas. Quand mon employeur estime que le combat que je suis en train de mener va dans le sens de son entendement, il n’y pas de raison de remettre en cause le décret.

Cela est-il possible ?

Franchement, c’est lui qui peut répondre à cette question.

Qu’est-ce qui a concrètement occasionné la rupture entre vous et le Chef de l’Etat ?

La cause est simple. Nous avons promis au peuple de Guinée de combattre l’impunité, la corruption, la gabegie. Mais aujourd’hui, il est constat de voir que la corruption s’installe comme règle de fonctionnement de la Gouvernance. Ce qui est tout à fait contraire à l’esprit du changement. On s’est aperçu que le changement a échoué. Et quand le changement a échoué, notre rôle fondamental, était d’apporter notre petite expertise pour qu’on puisse corriger le tir. Mais on s’est rendu compte que nos remarques n’étaient pas prises en compte et que cela se faisait de façon délibérée. Quand vous regardez aujourd’hui les scandales financiers que la Guinée connait, personne n’a été inquiété, personne n’a été puni, alors je me suis dit qu’il n’y a pas de raison de rester là. Il fallait prendre du recul. C’est pourquoi j’ai pris du recul.

Certains estiment pourtant que le cas de Dadis est l’une des raisons de cette rupture. Qu’en est-il ?

Absolument pas ! Le retour manqué de Dadis est un retour manqué. C’était un retour politique. En son temps, on a donné les réponses nécessaires à cette situation-là. On s’est expliqué. On a compris que Dadis était victime d’un complot international. Nous l’avions dit. Mais cela n’a rien à voir avec la gabegie à laquelle nous assistons aujourd’hui. Cela n’a absolument rien à voir avec la récession économique qu’on connait aujourd’hui. Il y a un certain nombre de faits qui ont attiré notre attention et nous avons tiré sur la sonnette d’alarme en dénonçant le système. Les gens ont pensé que c’était un slogan de campagne, mais je crois qu’au jour le jour, on se rend à l’évidence que le pays est malade, que l’économie est moribonde.

Est-ce que vous-mêmes n’êtes pas comptable de cette situation d’autant plus que vous étiez aux affaires durant ces cinq dernières années avec le Chef de l’Etat ?

Vous savez, vous les journalistes, j’ai un problème avec vous. Parce que j’ai l’impression que vous ne connaissez pas le fonctionnement même de l’Etat. Quand on parle de gabegie, vous dites dès qu’on a été aux commandes, on est mêlé à cette gabegie, je vous dis non. La bonne gouvernance a ses règles. On a été là en tant que ministre de l’Energie et de l’Environnement. Ce n’est pas mon premier poste. J’ai fait le gouvernement de Lansana Conté, j’ai fait celui du CNDD et celui d’Alpha Condé première version. Dites-moi dans quel scandale, mon nom a été mêlé. Dites-moi ce qui m’a été reproché une seule fois même pour un centime. Non. Je me suis fixé pour règle de bonne conduite, la bonne gouvernance. Je me suis fixé pour règle de bonne conduite, la lutte contre la corruption, l’impunité. C’est ça mon crédo. Depuis que je suis ministre, je fonctionne dans ce sens-là. Vous pouvez aller enquêter dans les départements où j’ai été ministre, je pense que vous saurez ce que les gens pensent de moi, ce qu’ils ont retenu de mon passage.

L’ONG britannique Global Witness incrimine le fils du Chef de l’Etat dans un rapport. Mais vous, vous dites que Mohamed Alpha Condé n’est qu’un bouc émissaire. Expliquez-nous pourquoi.

Dites-moi, bien avant l’arrivée d’Alpha Condé au Pouvoir, qui connaissait son fils ? Personne ne le connaissait. Si son nom est aujourd’hui mêlé à un certain nombre de scandale, c’est parce que son père est président. Donc, il faut faire une liaison de cause à effet. C’est comme ça je fonctionne. C’est pourquoi je me dis qu’il n’est qu’un prête-nom. Je ne vois pas le fils du Président s’ériger en président. Ce n’est pas lui qui donne les permis, il n’est pas ministre des Mines. C’est là qu’il faut comprendre, il joue juste le rôle d’interface, mais ce n’est pas lui. Si le cas est avéré, c’est son père qui doit répondre.

Pensez-vous que la Justice guinéenne puisse oser enquêter dans ce sens ?

Le fait même de poser la question si elle ose mener les enquêtes est un problème. Parce que c’est le rôle de la Justice. Dès lors qu’on pense que la Justice ne joue pas son rôle, c’est qu’on est en contradiction avec la loi elle-même. Donc elle ne doit pas avoir peur de mener les enquêtes dans la mesure où il y a des accusations qui sont portées sur la personne du fils du Président dans un document bien clair. Il faut aller en profondeur chercher. Je pense qu’un ONG comme Global Witness ne va pas s’amuser à porter des accusations aussi gratuites, sans fondement. C’est ce fondement-là qu’on doit pouvoir examiner.

L’ONG britannique soutient que Sable-Mining avait participé au financement de la campagne du Président Alpha Condé. Vous nous disiez qu’à l’époque vous aviez conduit un avion. Expliquez-nous davantage.

Oui j’ai dit qu’on a eu un avion venant de la Sierra Léone. Mais je ne peux pas dire que c’est l’avion de Sable Mining parce qu’il n’était pas immatriculé Sable-Mining. Je ne peux pas non plus dire que l’avion a été loué par Sable-mining dans la mesure où je n’ai pas vu le contrat de location dans l’avion.

Par contre, j’ai dit qu’on a eu un avion qu’on a piloté, qui nous a amené à Yomou, à Diécké, à Beyla, et qui est parti Kankan. A partir de Kankan, il a fui. C’est ce que je sais. Maintenant les gens avec lesquels les négociations ont été menées, s’ils sont de sable-mining, c’est à la justice d’aller en profondeur.

L’Opposition entend descendre dans la rue dans les prochains jours dans la capitale. Quelles sont les raisons de ces manifestations ?

Aujourd’hui l’opposition n’est pas respectée. Le Gouvernement fonctionne comme s’il était dans un Etat sans règles de fonctionnement. Or le rôle principal de l’Opposition c’est d’apporter la contradiction. On ne peut pas accepter qu’on viole de façon répétée la Constitution de la République, et qu’on ne respecte pas les Institutions. Ce sont des manquements graves que l’Opposition doit être en mesure de réprimer par les dénonciations, les saisines des autorités compétentes en la matière et par les marches éventuellement. Donc, si l’opposition décide de marcher, c’est pour ces raisons fondamentales.

Vous accusez le Président de violer la Constitution. Soyez un peu plus explicite…

Quand le Président de la République se prend pour un président de parti, qui est toujours au siège du RPG en train de présider son assemblée générale, c’est en contradiction avec la constitution. Quand on ne respecte pas les calendriers électoraux, c’est une violation de la constitution, quand la CENI fonctionne comme une agence satellite du Gouvernement, c’est une violation de la Constitution. Face à tout cela, l’opposition est bien en droit de manifester et de réclamer son droit. 

Le Président Alpha Condé vous a mis en garde en déclarant je cite : « l’autorité de l’Etat va s’affirmer ». Que lui répondez-vous ?

C’est un cri de cœur ça. Quand vous entendez un Président de la République dire que l’autorité de l’Etat va s’affirmer, ça veut dire qu’il n’y a pas d’autorité de l’Etat. Ce n’est pas par une baguette magique qu’il va installer l’autorité de l’Etat. Aujourd’hui il y a une crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Cela est causé par l’injustice, la mauvaise gouvernance. Donc, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même et au Gouvernement. Il a eu tout le temps, tous les moyens d’instaurer l’autorité de l’Etat. Le premier instrument d’instauration de l’autorité de l’Etat, c’est la lutte contre l’impunité, celui qui a fauté, il faut le corriger. Aujourd’hui, on a des cas de détournement, de viols, d’assassinats, on n’en parle pas. Vous voulez qu’avec ça, on instaure l’autorité de l’Etat ? Non, il ne peut y avoir d’autorité de l’Etat. Or, c’est un élément fondamental. Mais aujourd’hui, on a l’impression que chacun fait ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut et où il veut. Et ça se passe devant tout le monde comme si c’était ça qui était normal. C’est bizarre ! L’autorité de l’Etat devait pouvoir s’imposer. Il y a la manière. Mais une fois que le système a disposé de vous, vous n’êtes plus maître. Et quand vous n’êtes plus maîtres, les gouvernés n’ont plus confiance en vous. Et à partir de ce moment, on ne peut pas parler d’autorité de l’Etat.

Ne craignez-vous pas des violences ?

C’est ça justement la problématique. Une manifestation doit être civilisée. C’est pourquoi d’ailleurs on l’appelle manifestation pacifique. Il revient aux organisateurs de la marche d’encadrer leur marche, d’empêcher les brebis galeuses d’infiltrer leur rang, d’éviter qu’on s’attaque aux biens des citoyens. Et les forces de l’ordre doivent venir en appui aux organisateurs. Mais ici, les forces de l’ordre sont prises comme des ennemis. La première confrontation déjà, c’est quand on voit les forces de l’ordre, on est allergique. Or les forces de l’ordre sont là pour encadrer les manifestations. Mais quand on va à une manifestation avec l’idée d’aller casser, ce n’est plus une manifestation pacifique. Quand le citoyen craint une manifestation parce qu’on va casser ses biens, ce n’est pas une manifestation pacifique. Il faut qu’on commence à instaurer la manifestation civilisée parce que c’est à travers elle qu’on se fait entendre, non seulement par l’opinion nationale, mais aussi l’opinion internationale.

 

L’ambassadeur de l’UE en Guinée, Gerdius Gielen appelle les acteurs politiques à privilégier le dialogue. Qu’en dites-vous ?

Moi je n’écoute pas ces gens-là. Il y a un langage diplomatique consacré à de pareilles situations. Mais qu’est-ce qu’eux, ils font pour qu’on respecte nos lois ? Qu’est-ce qu’ils font pour que la Constitution soit respectée ? Qu’est-ce qu’ils font pour que les résultats des urnes soient le reflet de la volonté du peuple ? Rien ! Donc, pardon ils n’ont qu’à nous laisser tranquille. Ce qu’on doit dire par contre, que l’opposition prenne conscience et organise des manifestations pacifiques et civilisées. Cela relève de l’Opposition. On va y contribuer. Et on va faire en sorte que quand on dit que l’Opposition sort, que ça soit toute la population qui sorte. Parce que les questions qu’on aborde seront d’intérêt commun.

L’ancien ministre Ibrahima Keira demande une modification de la Constitution. Cela est-il envisageable à vos yeux ?

Je ne sais pas interpréter l’idée des uns et des autres. Ce qu’on dit et ce qu’on doit faire, ce sont deux choses différentes. Pourquoi alors allons-nous accorder de l’importance à ce qu’un individu va dire qui n’a absolument rien de contradictoire avec la pratique ? Il a dit que l’actuelle constitution n’est pas l’émanation du peuple, mais il oublie que la constitution que nous avons aujourd’hui a été élaborée dans un cadre d’exception. Et c’est de cette constitution que l’actuel Président de la République tire sa légitimité. Quand on met ça en cause, ça veut dire qu’on peut destituer le Président de la République, puis qu’il n’aura plus sa raison d’être. Il faudra qu’on aille jusqu’en profondeur.

Quiconque met aujourd’hui cette Constitution en cause, doit remettre en cause la légitimité du Président de la République. Donc, je suis malade quand les gens mettent en cause cette constitution. Et si le Président lui-même accepte ça, qu’il comprenne que c’est de lui qu’il s’agit. Il n’aura qu’à prendre bagage et partir. C’est comme ça qu’il doit comprendre. Et celui qui le dit n’est pas son ami.

C’est pourquoi je dis qu’ici, on s’attaque aux faits en oubliant les causes. Cette constitution a été faite par le CNT (Conseil National de la Transition, Ndlr) qui était une institution d’exception mais sur laquelle on s’était accordé. Elle a fait un travail qu’on a adopté, puis promulgué par un Président de la République dans un Etat d’exception à l’époque et qui a servi de fondement pour organiser les élections présidentielles à l’époque. Alors, si on met ça en cause, il faut aller chercher les raisons ailleurs.

Vous connaissez le Président Alpha Condé pour l’avoir côtoyé. Pensez-vous qu’il puisse être tenté par l’idée de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat ?

Je connais son mode de fonctionnement. A la date d’aujourd’hui, ça ne m’étonnerait pas. Pourquoi ? Le Président vient avec de très bonnes intentions. Il commence, à la fin, le système dispose de lui, il est mêlé dans des scandales financiers etc, et par finir, il a peur de comment partir. Aujourd’hui le problème du Président Alpha Condé, ce n’est pas qu’il veuille faire un 3ème mandat, mais quand il arrive au niveau où il est aujourd’hui, il a peur de partir. Il se dit si je pars, qu’est-ce qui va se passer après moi. Il n’est pas mis en confiance. Mais je crois que l’Opposition doit le mettre en confiance et faire en sorte qu’il ne lui passe pas par la tête de modifier la Constitution.

Les présidents qui veulent changer la Constitution, c’est parce qu’ils sont mouillés. Aujourd’hui franchement, quand on me demande, Alpha Condé n’a plus les mains propres. Avec tout ce qu’il y a comme scandale financier par-ci par-là, il n’a plus ses mains propres même s’il était venu avec des mains propres. Ses mains sont souillées par ces accusations. C’est à lui d’éclairer la lanterne des gens. Mais il ne se prononce pas sur ces questions. Or, il doit donner des explications et montrer que ce qu’on dit est faux. Mais qui ne dit rien consent.

Vous entendez lancer le concept des « trois D » pour combattre ce que vous qualifiez de dérives du régime actuel. Comment comptez-vous faire ?

Il veut dire détection, dénonciation, destruction. Aujourd’hui il y a des dérives que nous détectons qu’il faille remettre à la disposition du peuple de Guinée. Le Peuple ne sait pas comment fonctionne un Etat. Le paysan qui est au village, à Koyama, ne sait pas comment la République fonctionne. Il faudrait que par l’information et la formation, on montre à ce paysan, l’argent de la République est pour tous les guinéens. Parce que la conception amère qu’on a ici est que l’argent de la République appartient au Président de la République. Alors que ce n’est pas pour lui. C’est pour les guinéens. Il ne doit pas disposer de cet argent comme il veut. Ici, il est constant de voir un directeur de voir un directeur sortir 100 millions, 200 millions pour donner à un mouvement de soutien d’un parti. Il prend cet argent-là où ? Et c’est normal aux yeux de tout le monde qui le regarde, l’applaudit. Avec ça on ne peut pas dire qu’on est dans la République. Voilà des questions qu’on doit pouvoir soulever. On n’est pas là pour faire la chasse à la sorcière, mais on veut que ça s’arrête ! Le système trois « D » va avoir pour conclusion « A Khadan ». Quand on aurait fait la détection, la dénonciation la destruction, il faudra que ça s’arrête. On va appeler ça « A Khadan ».

Aujourd’hui la corruption s’est installée comme règle de fonctionnement et la bonne gouvernance l’exception. Donc, on est dans un pays d’exception. Il faut qu’on lutte contre ça. Il faut qu’on arrive à inverser la tendance et à faire en sorte que la bonne gouvernance soit la règle et la corruption l’exception.

Comment votre parti se prépare pour les élections communales et communautaires ?

Comme toute autre formation politique. On est très organisé. Après chaque consultation électorale, on tire les leçons, on voit les zones d’ombre, on essaie de les rectifier. A la date d’aujourd’hui, on est en train de continuer notre implantation sur toute l’étendue du territoire. Cette implantation porte en attendant le jour J. Et, nous sommes fins prêts pour aborder ces élections locales.

Pensez-vous qu’au niveau de la CENI, le chemin soit suffisamment balisé pour aller au rendez-vous d’octobre ?

Je n’ai jamais cru à la CENI un seul instant. Mais comme il faut faire avec, on fait avec. Mais elle n’est pas indépendante. Elle est inféodée au Gouvernement. C’est pourquoi je dis à défaut d’avoir une CENI technique, il faut confier l’organisation des élections au Gouvernement, à travers le ministère de l’administration du territoire qui est mieux outillé. La CENI a été mise en place à l’époque pour satisfaire l’appétit de l’opposition de l’époque. Maintenant la donne a changé. Cette CENI n’a plus sa raison d’être. On a vu tous ces cas de magouille que la CENI a opérée. Moi je pense que si on doit maintenir cette CENI, elle doit être technique et non politique. Dès lors que si elle est politique, tout est faussé. Mais s’il y a une CENI technique sous tutelle de l’administration du territoire, c’est le meilleur schéma pour pouvoir aspirer à des élections crédibles et transparentes reflétant réellement la volonté du Peuple dans les urnes.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

 

Créé le 7 juillet 2016 15:54

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