Brexit : Quelles conséquences pour la Guinée ? (Entretien avec l’ancien Premier Ministre Lansana Kouyaté)

Lansana Kouyaté, ancien Premier Ministre

PARIS- La sortie du Royaume-Uni au sein de la grande famille de l’Union Européenne aura t-elle un impact majeur sur l’économie des pays en voie de développement comme la Guinée ? L’ancien Premier Ministre Lansana Kouyaté, a fait une analyse sur ce sujet qui défraye la chronique. M. Kouyaté qui est un ancien diplomate du système des Nations-Unies, s’est confié en exclusivité à notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Lansana Kouyaté bonjour !

LANSANA KOUYATE : Oui bonjour !

Quelle analyse faites-vous de la sortie du Royaume-Uni au sein de la grande famille de l’Union Européenne ?

Je voudrais dire d’abord est-ce que l’Union Européenne était solide au point de n’enregistrer aucune sortie ? Je ne dirai pas que j’en étais convaincu vraiment. Quelques soient les raisons, les circonstances immédiates de la sortie de la Grande Bretagne au sein de l’Union Européenne, elles sont bien connues. C’est une histoire même de marchandage de boutiquiers parce qu’il s’agit de peser sur la contribution britannique à l’union européenne qui est assez élevée, mais ce n’est pas le plus élevé de l’UE. Encore que la Grande Bretagne sous Margareth Thatcher a tout fait pour recevoir l’aide qu’il faut aux produits agricoles.

A titre de comparaison je peux dire que ce que la Grande Bretagne paie à l’Union Européenne c’est 17 milliards d’euros. Un rabais a été appliqué jusqu’à 6 milliards sous la demande de Margareth Thatcher à l’époque. Et Aujourd’hui, l’UE donne à l’agriculture anglaise 6 milliards et 2 milliards de plus pour la recherche.

Donc je crois que le Premier Ministre David Cameron a pris un gros risque. Et Tout le pays qui demande aujourd’hui, qui pose la question à son peuple faut-il rester ou pas prendrait un gros risque. Pourquoi ? Parce que l’Europe est mal expliquée aux européens. Parce que l’Europe s’assoit entre deux chaises. Parce que l’Europe veut avancer les yeux bandés ou masqués. Il y a deux voies possibles pour cette Europe-là quand on sait d’où elle est partie.

D’abord, les raisons de sa création qui est liée à la guerre. C’est le continent qui a connu plus de guerre que n’importe quel continent au monde. Elle est allée jusqu’à imposer deux guerres mondiales à l’humanité. C’est beaucoup. Tous les pères fondateurs ont dit trop c’est trop, il faut arrêter de faire la guerre en Europe ou entre l’Europe et les autres. C’est l’une des bases fondamentales de la création de l’UE. Mais ça se joue aussi sur la religion parce que ce sont des civilisations judéo-chrétiennes. C’est pourquoi la Turquie a du mal à y pénétrer.

Tout cela pour quel objectif ? Il y a deux possibles : l’Europe des Nations, c’est-à-dire laisser la souveraineté aux Etats, aux nations telles qu’elles sont constituées. Et se concentrer aux grandes entreprises telles qu’Airbus etc.

C’est cette Europe que le Général De gaulle appelait l’Europe des Nations. Autrement dit, chaque pays a son autonomie, il n’y a pas de régulation, il n’y a pas d’affectation bien que le premier traité signé en 1957, douze ans après la guerre disait qu’ils vont affecter une partie de leur souveraineté à cette union. Ce n’était pas ça la pensée réelle. La pensée réelle était de garder chaque pays avec sa souveraineté, mais ils sont allés au-delà de ça. Il y a trop de législation qui s’impose aux pays, il y a trop de diktat à partir de Bruxelles etc. Donc, une communauté qui se constitue, où vous adoptez ce principe basé  sur la souveraineté des Etats (…), si ce n’est pas ça, affichez que vous voulez constituer une fédération. L’Europe n’est ni une confédération, ni une fédération. L’Europe des Nations non plus n’est nulle part. Elle a besoin de clarté.

Quand les pays africains ont voulu prendre le schéma européen, une direction de commissaires avec un Président de commission, j’ai dit que c’était une erreur parce qu’ils ne savent pas les diktats de cette Europe.

La Grande Bretagne avait une participation financière non-négligeable au sein de l’Union, vous-même l’avez rappelé. Cette sortie ne risque-t-elle pas d’impacter négativement sur l’appui que l’UE apporte aux pays africains en général, la Guinée en particulier ?

Il faut reconnaître qu’avant la rentrée de la Grande Bretagne à l’Union Européenne (en 1973) l’aide était donnée. Ce qui aurait pu diminuer cette aide, c’est moins la sortie de l’Europe que l’entrée d’autres pays tels que les pays de l’Est. Où l’Europe a eu à faire des investissements colossaux. Ce n’est même pas seulement les anciens pays de l’Est. L’Espagne et le Portugal qui sont venus après la Grande Bretagne dans les années 80, c’était des pays totalement exsangues.  Aujourd’hui, allez en Roumanie, dans les Républiques du bloc soviétique, qui sont aujourd’hui membres de l’UE, vous constaterez que les investissements sont colossaux. Cela aurait pu diminuer beaucoup plus que la sortie.

Encore que, je dis, les 17 milliards que la Grande Bretagne versait à l’UE, elle recevait aussi une contribution de 8 milliards. Ce n’est qu’une différence de 9 milliards. Je crois que là n’est pas le problème. Le problème, c’est d’abord, pour l’Europe de rester fidèle à ce que les pères fondateurs ont voulu dans les relations entre l’Europe et l’Afrique.  Ce n’était pas basé sur le commerce. Il était explicitement dit que l’Europe doit travailler au développement industriel, au développement économique de l’Afrique.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 31 11 12

Créé le 28 juin 2016 13:46

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