Bah Oury : « Lorsqu’on voit ce qui se passe au Sénégal… »

Bah Oury, leader de l'UDRG

DAKAR-Bah Oury suit de près la crise politique qui secoue le Sénégal suite au report de l’élection présidentielle au 15 décembre 2024. Ce leader politique est consterné par la tournure des évènements dans ce pays, jadis, connu pour sa stabilité démocratique, dans une région instable. Comment analyse-t-il cette crise ? Comment en ressortir ? Le leader du parti UDRG a répondu aux questions d’Africaguinee.com.


 

AFRICAGUINEE.COM : Les députés sénégalais ont acté le report de l’élection présidentielle qui  est prévue finalement le 15 décembre prochain. Quelle analyse en faites-vous? 

BAH OURY : La situation dans un pays limitrophe et frère nous appelle à faire preuve de beaucoup plus de prudence, pour ne pas avoir l’air de s’immiscer dans les affaires intérieures du Sénégal. Néanmoins, nous ne pouvons pas rester indifférents par rapport à ce qui prévaut pour de multiples raisons. Nous sommes liés par l’histoire, nous sommes liés par la proximité et nous sommes dans une large mesure, concernés par rapport à ce qui peut prévoir surtout dans un contexte où nous redoutons une forme de déstabilisation de ce pays. Ce qui est dommage, c’est lorsque le pouvoir parlementaire propose ou vote des lois qui ne sont pas en conformité avec la constitution. Et, de ce point de vue, c’est quelque chose qui est très inquiétant et qui peut déboucher sur des situations imprévisibles. Toutefois, nous espérons que la cour constitutionnelle dira le droit pour remettre sur les rails le processus politique du Sénégal.

Est-ce qu’on ne reviendrait pas à la case départ parce que le fond du conflit c’est entre les deux institutions ?

Tout ça malheureusement concerne des considérations d’intérêts individuels. Le parti démocratique du Sénégal de monsieur Karim Wade, n’a pas apprécié son éviction de la liste des candidats pour les prochaines élections. Et, comme vous le savez, lorsqu’on considère qu’un juge est corrompu, il faut donner des éléments de preuve. Si tel n’est pas le cas, ça devient un outrage à un magistrat. Et cela est quelque chose qui pénalement, a une lourde conséquence. Donc, ce qui est le plus important dans cette affaire, c’est l’intérêt du Sénégal, sa stabilité et son avenir. Et là, la classe politique sénégalaise est devant une situation où elle doit être capable de faire preuve de responsabilité.

Et malheureusement, le parlement, la manière dont il procède, ne préfigure pas cela. Mais les ressorts traditionnels de médiation et des implications des forces spirituelles y compris également la maturité des magistrats du Sénégal, nous souhaitons que les choses reviennent dans les normes dans les meilleurs délais.

La situation est extrêmement tendue. Pensez-vous que l’implication des autorités morales pourrait suffire pour régler cette crise ?

C’est ce que nous souhaitons et c’est ce que nous appelons, de notre vœu. Que les forces traditionnelles et toutes les personnes éprises de paix et de progrès puissent avoir le dessus pour faire en sorte que le Sénégal ne dérive pas de son chemin traditionnel de pays caractérisé par sa modération, par un sens élevé du respect du droit. Nous souhaitons qu’il en soit ainsi, parce qu’il y va de notre avenir et de la stabilité régionale dans sa globalité. C’est à ce niveau-là que nos inquiétudes sont beaucoup plus aiguisées lorsqu’on observe sur l’ensemble de la région ouest-africaine. C’est donc ce qui arrive au Sénégal alors que ce n’était pas attendu. C’est quelque chose qui est extrêmement périlleuse pour la sous-région dans son ensemble.

On a vu le second communiqué de la commission de la Cédéao qui appelle au respect du calendrier conformément aux dispositions de la constitution. Cela pourra-t-il changer le cours des évènements selon vous ?

La Cédéao fait ce qu’elle peut faire. Mais c’est le sommet des Chefs d’Etats qui a la force et qui a la possibilité d’imposer et d’agir plus efficacement. Mais lorsqu’on voit ce qui se passe au Sénégal, on comprend pourquoi la Cédéao était en panne. Parce que tout dépend du collège des chefs d’Etats ouest-africains. Si le collège n’est pas animé par une volonté intrinsèque pour permettre la primauté du droit, la primauté du processus politique sain en conformité avec les constitutions des pays individuellement pris, il va de soi que nous assisterons à un désordre.

Et ces dix dernières années, nous avons assisté à un désordre. Dans ce cas-là, c’est le leadership du collège des Chefs d’Etats qui est en question. Ce n’est pas l’institution elle-même qui est fautive, c’est le collège des chefs d’Etats. Un collège peut être remplacé par autre collège. La question essentielle de l’ouest-africain, c’est le leadership qui n’est pas en conformité avec les aspirations et des attentes des populations elles-mêmes, d’où le problème que nous sommes en train de rencontrer par-ci par-là.

Il y a une sorte de divergences de vue entre Macky Sall et son premier ministre, qui est en même temps candidat de son parti. Certains craignent qu’on en arrive à un scénario similaire à celui de la Côte d’Ivoire. Avez-vous les mêmes pressentiments ?

Je pense que pour ne pas aller trop loin dans des situations internes du Sénégal, ce que je dois dire, dans le contexte actuel, attendons la décision de la cour constitutionnelle. A partir de là, on verra les évolutions qui interviendront, soit dans le champ politique lui-même, soit dans champ institutionnel. Mais nous espérons et nous souhaitons que ce qui va dans le sens de l’intérêt du Sénégal, de l’intérêt du peuple sénégalais lui-même, c’est-à-dire la stabilité, la démocratie, la liberté et au processus institutionnel normal. Je pense que si tel est le cas, nous souhaitons que la cour constitutionnelle aille dans ces directions, et le reste, on verra.

 

Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 février 2024 16:02

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