Télécoms : Pourquoi MTN Guinée « Areeba » est au bord de la faillite ?

La Nouvelle Agence de MTN Guinée à Kaloum

CONAKRY- Rien ne semble aller à la société de téléphonie mobile MTN Guinée. Depuis le 26 avril 2024, ses abonnés observent un black-out total. Pratiquement, aucun service n’est opérationnel. Une panne technique qui commence de plus en plus à inquiéter les consommateurs.

Ce lundi 29 avril 2024, l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) a exprimé ses regrets de constater l’indisponibilité des services voix, SMS, Internet et MoMo de l’opérateur Areeba-MTN Guinée.

Alors que les dirigeants de la société MTN Guinée entretiennent le flou sur la gestion des actifs, les représentants des travailleurs de la société ont décidé d’alerter les autorités sur les risques qu’encourent les employés. Comment en est-on arrivé là? Qu’est-ce qui est à l’origine de cette grave crise?  Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, Cécé Jérôme Haba, troisième titulaire de la délégation syndicale de MTN Guinée, fait des révélations.

AFRICAGUINEE.COM : cette semaine encore, la société MTN Guinée était dans un problème technique qui a affecté tous ses services. Qu’est-ce qui ne va pas réellement ?

CÉCÉ JÉRÔME HABA : A MTN Guinée, ça ne va pas et on ne peut pas le cacher aux consommateurs parce qu’au final, c’est à eux qu’on doit rendre compte. Vous avez remarqué qu’il y a 48 heures que le réseau MTN sur le GSM n’émet pas. Il n’y a pas d’appels, ni de connexion. A peine les SMS fonctionnent. Ceci n’est qu’une conséquence de plusieurs années de mauvaise gestion et de délaissement.

MTN Guinée en grande partie appartient à MTN groupe qui est propriétaire dedans à 75%. Il décide donc du mode de fonctionnement et de la politique de gestion et d’investissement, bref le tout. Le groupe a pratiquement cessé d’investir depuis 2018. Bien avant ça d’ailleurs, il ne voulait pas investir, il le faisait à compte-goutte mais les derniers investissements remontent à 2018. Cet investissement aussi ce n’était pas pour l’ensemble du réseau, c’était de façon proportionnelle.

Les équipements sont vieillissants et au-delà il n’y a pas de renforcement de capacités des techniciens parce que dit télécoms aujourd’hui, dit disposer d’un support en maintenance permanent. Même si nous avons un support permanent mais est-ce qu’il est payé ? S’il n’est pas payé, ça ne veut pas dire qu’il y a support. Pourtant, le contrat est bien scellé, mais s’il n’est pas respecté, il ne va pas travailler. Et en backup, il n’y a pas de techniciens qui puissent faire le relai au moment où on a sorti tous les techniciens du service manager pour les envoyer à Huawei. Ces décisions que je viens de citer ont eu pour conséquences, ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. On ne peut pas fournir le service aux consommateurs.

Des membres de la délégation syndicale de MTN Guinée

Vu le risque qu’il y a avec le nombre d’employés directs, indirects, on est en train d’interpeller les autorités. Nous leur demandons de nous aider à faciliter la sortie de MTN groupe, parce que tu ne peux prendre quelque chose et que tu ne fais rien avec et tu crées des conditions pour qu’un autre ne vienne pas. C’est notre interpellation auprès des autorités.

Il faut tout de même reconnaître qu’au-delà de la surtaxation que nous dénoncions, toutes les entreprises ne sont pas sous le même régime de taxes, mais il y a beaucoup de facilitation que l’Etat a accordé à MTN. C’est quelque chose qu’il faut reconnaître. Je pense que c’est dans le souci d’aider le guinéen qu’ils l’ont fait. Et dans ce même souci, nous continuons à les interpeller pour aider les Guinéens à faire partir MTN groupe de la Guinée.  Aujourd’hui il y a trois parties prenantes dans l’actionnariat : GBM, l’Etat guinéen et MTN groupe qui a 75% et les deux autres qui se partagent à égale les autres 25%.

Le 27 mars 2024, des dirigeants du groupe Telecel et le directeur général de MTN Guinée ont rencontré Rose Pola Pricemou, ministre des postes et télécommunications au sujet de la vente de MTN Guinée. Que savez-vous de cette rencontre ?

C’est vrai que depuis janvier nous avons eu l’écho qu’entre eux groupes (MTN et Telecel), il y a eu un accord de vente. Sur les conditions de leur vente, nous ne savons rien. Vu que celui qui veut céder a plus de 20% de part, et les textes sont clairs là-dessus, au-delà de 20% de part il faut que l’Etat donne son approbation pour la transaction. Il faut premièrement que l’Etat se dote de toutes les garanties nécessaires de la situation réelle de MTN d’abord.

Deuxièmement, de toutes les garanties du preneur, est-ce-que celui qui vient ne va pas maintenir MTN dans le même état léthargique qu’il est ? Est-ce qu’il est capable d’apporter une nouvelle énergie ? C’est à dire de redresser le marché des télécoms en Guinée, parce que là où nous sommes aujourd’hui il n’y a qu’un seul opérateur (Télécommunication mobile ndlr), ceci ne favorise même pas l’existence d’un régulateur. Dans ces conditions, l’Etat et le régulateur (ARPT) sont obligés de trouver un repreneur. Et jusque-là on ne connaît pas les engagements entre Telecel et l’Etat.

Tout ce que nous savons, ce qu’il y a un accord de vente et que les procédures sont en cours. A ce niveau également il faut souligner qu’il y a un manque de volonté car on a écrit au moins trois fois aux responsables (de MTN Guinée) pour être informés de la situation de vente. Parce que dans la vente, les employés ne peuvent pas être pris et déposés comme des meubles. Les hommes doivent avoir leur mot à dire, et ces hommes, c’est nous les travailleurs, le syndicat qui porte la voix des travailleurs. Nous avons demandé à plusieurs reprises mais jusque-là ils font la sourde oreille. Alors que c’est pour leur permettre de sortir tranquillement que nous ne n’avons pas voulu faire d’autres mouvements. Mais quand le système même donne l’alerte, on est obligé aussi de faire autant. Alors, jusque-là leur gestion de l’accord de vente est opaque, mais nous les suivrons jusqu’au bout.

Malgré cette crise, est-ce que la société parvient tout de même à payer les salaires de ses employés que vous êtes ?

Oui ! Chez nous, dans notre jargon quand on dit travailleurs, le oui concerne les travailleurs ayant des emplois directs dont les salaires sont réguliers. Quelque fois nous faisons face à certains retards de paiement au niveau des intérimaires, des vigiles, chauffeurs mais c’est des choses que nous arrivons à gérer en interne entre syndicalistes et direction.

Certes vous n’êtes pas au niveau de la direction générale de MTN Guinée, mais aujourd’hui, l’autre crainte, c’est surtout au niveau des consommateurs, des gens qui ont des comptes Mobile Money, certains ont leur argent, d’autres aussi font des achats de forfait internet, tous ceux-ci ont une certaine inquiétude. Que pensez-vous de leur cas ?

Je vais parler avec ma légère connaissance de la situation mais pas en tant que décideur ou au nom du groupe MTN Guinée. Au fait, quel que soit l’entreprise, il y a forcément une garantie derrière pour protéger les consommateurs. Il y a d’abord les travailleurs puis les consommateurs et ensuite les fournisseurs. Ce que je puis dire à ce niveau, c’est qu’aucun droit d’un consommateur ne devra être brimer dans cette transaction.

Quel est aujourd’hui le message essentiel que vous voudriez lancer à l’endroit de l’Etat guinéen mais aussi de deux actionnaires de MTN Guinée ?

Au niveau de autorités, comme je l’ai tantôt dit à l’entame de votre question, nous les appelons à faciliter la sortie de MTN groupe dans l’opération MTN Guinée, dans la structure qu’on appelle légalement areeba. Nous les interpellons une fois, je ne sais pas quelle carte ils vont mettre sur table pour que la société puisse stabiliser et qu’on puisse facilement dans un bref délai, trouver un bon repreneur.

Par rapport aux actionnaires, vue que l’Etat en fait partie, bien que MTN groupe a la plus grande part, mais en terme de voix, ils sont deux guinéens (GBM et l’Etat), dans le groupe. Donc il ne faut pas qu’il reste dans cet actionnariat, et qu’un seul, au profit de son pouvoir économique continue à torpiller une richesse guinéenne.

Affaire à suivre…

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel: (00224) 664 72 76 28

Créé le 29 avril 2024 17:35

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