Immersion à Gorée, une île chargée d’histoire « symbole » de la traite négrière…

GORÉE- Gorée est une île chargée d’histoire. Elle est située à quelques encablures de Dakar, la capitale sénégalaise. Seulement trois kilomètres la séparent de la terre ferme. C’est l’une des 19 communes de la capitale du pays de la Téranga. Découverte dans les années 1444 par le navigateur portugais Dinis Diaz, cette île située dans l’océan atlantique a été le plus grand centre de commerce et d’embarcation d’esclaves de l’Afrique vers les Amériques entre le 15ème et le 19ème siècle, pendant la traite négrière.

A cause de sa position géostratégique, elle a été un enjeu sur fond de rivalités entre les français, les portugais, les anglais pour le contrôle de la traite négrière. Les vestiges de ce commerce odieux sont jalousement gardés et protégés.

L’île est devenue un lieu de pèlerinage pour des milliers de touristes qui s’y rendent chaque année. Africaguinee.com a eu le privilège d’effectuer une visite guidée avec des guides et des historiens en majorité des natifs de Gorée. Dans ce grand voyage, ils partagent le vécu sur cette terre par laquelle entre 15 et 20 millions d’âmes ont transité pour gagner les côtes américaines. Gorée est peuplée d’environ 1500 habitants. Son paysage paradisiaque contraste avec son histoire chargée. Reportage.

« Si on regarde l’histoire de l’esclavage à Gorée et son peuplement, c’est des africains devenus prisonniers sur place qui se sont retrouvés pour se marier entre eux et former des familles ici à Gorée » lance Fatou Diouf, habitante de l’Ile aux passants, en guise d’introduction.

Aladji Adama Diop vend des objets d’art. Cet insulaire maîtrise bien l’histoire de Gorée. Moyennant quelques pièces de CFA, ils expliquent la riche histoire de Gorée, en remontant dans les temps. Il est posté au point culminant de l’île près des canons.

« Les portugais sont les premiers à occuper Gorée à leur tête Dinis Diaz. Il est venu en 1444, ensuite les hollandais, après les français sont venus. Ce petit bâtiment à escalier que vous voyez sur la mer est fait par le portugais. Maintenant c’est un artiste sénégalais Goréen Gabriel qui y habite avec sa femme », explique ce guide touriste. Quelques pas après, un souvenir douloureux lui revient. Nous sommes en 1840. Un bateau négrier a coulé avec 300 esclaves. On l’appelle le ‘’MEMORIAL CASTEL’’. La reconstruction du Bateau sur le point de chavirer est fait de trous. Chaque trou représente un esclave. Ce monument mémoriel a été inauguré en 1999 par le président Abdou DIOUF.

« Vous voyez bien ce bateau représenté ici en forme de monument. C’est l’histoire d’un bateau d’esclaves qui a coulé dans l’océan Atlantique en 1840 avec à son bord 300 esclaves. Comme vous le voyez ici il y a des trous au nombre de 300. Chaque trou représente un esclave mort dans les eaux.  Le bateau est orienté vers le continent américain parce que c’est là-bas il partait. C’est la représentation qui est là » rajoute Adama Diop.

Au même endroit, se dresse encore le char de protection français avec ses célèbres canons. Il a été monté sur place en 1907 pour protéger l’Ile de Gorée. Selon l’histoire il aurait servi une seule fois en 1940 contre un bateau de ravitaillement anglais. Thierno, un autre guide s’emploie à partager l’histoire du Char.

« Ce char porte des canons de 240, parce qu’il a 240 mm de diamètre sur 14km de portée. Il vient d’Angoulême en France. C’est dans les années 1907 qu’il a été monté ici à Gorée. Le char a servi une seule fois en 1940. Il a fait couler un bateau de ravitaillement anglais qui s’appelle Takama. C’est en 1960 que le char a été mis hors service, les deux canons ont été coupés pour qu’ils ne servent plus, ils l’ont saboté avec même du chalumeau. A l’intérieur, il y avait 3 chambres de munitions, les obus passent avec un système d’essence avec une salle de refroidissement. Aujourd’hui beaucoup de pièces sont détachées du char pour les envoyer au Musée de la Guerre en France à fort Saint Michel. Le navigateur portugais Dinis Diaz est le premier à découvrir l’Ile de Gorée. Les hollandais sont venus par la suite. Ils ont dit GU-RAAID ; ça veut dire c’est bien d’accoster ici leur bateau, le nom est resté.  Ainsi à l’arrivée des français ils ne pouvaient pas bien prononcer « Good Rade ». Ils ont dit Gorée. Mais en réalité, Gorée S’appelle L’ile de palme pour d’autres Palma parce qu’il y avait beaucoup de palmiers ici », confie Mama Thierno.

Megane de nationalité française travaille à Dakar. Certains de ses week-ends, elle vient à Gorée avec son amie prendre de l’air loin des bruits de moteurs et des aires pollués de la capitale. Elle éprouve du plaisir à visiter cette île.

« C’est toujours un plaisir de venir à Gorée, l’air est très pur ici. C’est l’occasion de faire une randonnée marcher longtemps tranquillement partout d’est en ouest. C’est un moyen de se faire une ressource historique sur Gorée et l’Afrique. Donc, nous venons tous certains week-ends passer du temps. Ici comme vous le voyez c’est un peu loin de la terre ferme. Aucun engin à moteur ne se trouve à Gorée pour polluer l’environnement, nous respirons de l’air pur ici. Vous voyez le monde qui arrive ici. Tout ça montre que nous allons tous vers le bien-être » s’exclame Megane.

Bamba, un autre guide touriste se met à notre disposition pour une longue tournée sur Gorée. Il est né sur l’île. Il vit toujours du tourisme et de l’artisanat. Nous avons cheminé ensemble sur les 27 hectares de superficie de Gorée, 900 mètres long sur 300 de large. « Bienvenue à Gorée », s’exclame-t-il, avant d’ajouter : « Petite par sa dimension mais grande par son histoire avec cette tragédie humaine qu’on appelle l’esclavage pendant 3 siècle et demi. Presque tous les esclaves de l’Afrique de l’ouest ont tous transité par Gorée à cause de la position géographique. La côte la plus avancée vers l’Amérique c’est Gorée, c’est pourquoi les côtes sénégalaises étaient plus sollicitées. Entre 15 et 20 millions d’habitants ont quitté l’Afrique par Gorée pour les Amériques, Nord, Sud, centrale, Brésil Cuba. Aux moins 6 millions sont morts en cours de route, sur place ou à destination.

Nous avons 28 maisons d’esclaves à Gorée, chacune pouvait contenir entre 150 et 200 esclaves avec des portes qui ont une ouverture sur la mer. Comme il est enseigné partout, une fois que l’esclave franchit cette porte, c’est adieu l’Afrique, à Jamais l’Afrique. ‘’ LA PORTE SANS RETOUR’’. 20 millions sont passés par là et 6 millions sont morts de privations et de mauvais traitement. Dans la sous-région il y avait d’autres point d’embarcation d’esclaves, mais Gorée a fini par rafler tout. Actuellement nous sommes 1500 habitants à vivre sur Gorée, près 1000 musulmans et 500 chrétiens avec des activités comme le tourisme, l’artisanat et la pêche.

Tous ces bâtiments que vous voyez-là datent de la période coloniale d’autres bien avant. Depuis 1978, tout est placé comme patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce qui fait que nous n’avons pas le droit de casser mais juste réfectionner, ces maisons sont vendues ici très cher à cause de sa position. Une maison peut couter ici jusqu’à 325 millions de FCFA (500 MILLES EUROS). Nous avons trois couleurs des européens qu’on garde ici. Jaune c’est portugais, Rouge, c’est hollandais et Blanc (blanc)c’est français.

À Gorée, l’on visite pratiquement 3 choses, la maison des esclaves, les canons et le Musée. A Gorée il n’y a pas de cimetières parce qu’il n’y a pas d’espace pour en faire un. Pendant l’esclavage, si un meurt on le jette en mer pour les requins ; maintenant si quelqu’un meurt on l’enterre à Dakar. Nous vivons en parfaite harmonie entre chrétien et musulman, ils se marient entre eux. La tolérance est là. Pendant la fête des musulmans on dit que tout le monde est musulman, lors des fêtes chrétiennes, on dit tout le monde est chrétien, nous partageons même la nourriture entre nous.

Gorée est une commune d’arrondissement, il y a un maire. A l’indépendance du Sénégal, les blancs sont partis laissant les maisons à leurs plantons, ils se succèdent de parents en fils. En dernier ressort je vous parle du canon qui était là pour défendre l’Ile contre l’ennemi. DE-Gaulle avait dit la libération de la France va commencer à partir de l’Afrique. Le 23 Septembre 1940 ils ont voulu éliminer De-gaulle alors que ça coïncide à la présence d’un bateau anglais. C’est les armées de Pétin et Vichy qui se faisaient la guerre, donc le navire anglais a été bombardé alors que De-Gaulle n’était pas à bord, il s’est limité au Congo BRAZZA » explique Bamba.

Vieux Souley Ly, guide historien réside à L’ile de Gorée depuis les années 1980. C’est une bibliothèque vivante, il vend des livres d’histoire aux passants et sollicite que cette matière soit très bien enseignée. Souley Ly tient un projet qu’il appelle « Gorée va à l’école ». Il tient à ce que ce programme soit enseignée sur tout le continent.

« Ce qui me fait mal, c’est le manque de respect à notre patrimoine, si on le respectait on pouvait nous mettre dans les dispositions à pouvoir bénéficier des recherches qui se font à l’université de Dakar. Au Sénégal, nous avons beaucoup de cadres, d’histoiriens. Ils font des recherches et beaucoup de travaux, mais nos hommes politiques ne sont pas à la hauteur de la chose, ils ne nous permettent d’accéder à ces connaissances et les utiliser. C’est pourquoi à Gorée, nous avons plus de récits qui sont mémoriels. C’est bien de présenter le passé de son pays ou de son continent comme on veut mais l’histoire il faut des sources. Ces sources là il faut les chercher. Pour les avoir, il faut aller là où des gens se sont investis toute leur vie à trouver des données historiques et certifier. Le problème de Gorée, c’est ça.

Il n’y a pas de dialogue de fond, la forme se limite à dire il y a une ile ; elle est très belle. Les gens prennent un bateau pour venir, on vous présente une maison d’esclaves ; c’est tout rien d’autres. L’histoire de Gorée on en l’enseigne pas ni à Gorée ni ailleurs. Il y a un besoin réel d’accéder à l’histoire de Gorée, c’est pareil pour toute l’Afrique. A l’arrivée du blanc, il a formé nos parents comme instituteurs, interprètes, des gestionnaires, des commis. Ils ne nous ont pas appris l’histoire, la science, la philosophie. Pourtant ces matières sont fondamentales pour un développement, l’homme réfléchit, pense et rêve à travers ces disciplines pour son avenir. En Afrique nous ne l’avons pas, malheureusement nous sommes là dans la pauvreté, une pauvreté d’ignorance, ça nous handicape dans tous les domaines » regrette Souley Ly.

Remède

« Il faut que les africains comprennent dans l’ensemble qu’il y a un dialogue de fond qu’il faut sortir. Chaque fois nous partons ailleurs chercher des solutions ; il n’y a pas de solutions miracles pour nous. Nos solutions c’est dans nos problèmes, dès que nous les étudions. Moi, en tant que mortel, il ne me reste pas beaucoup de jours à vivre à Gorée je me suis consacré à offrir des données historiques. Ensuite ceux qui viennent à Gorée, c’est des touristes, des toubabs et des personnes nanties qui ont les moyens qui sont là pour visiter. La jeunesse réelle ne vient pas, les jeunes sont dans les écoles, ils n’ont pas les moyens de venir ; par exemple des jeunes guinéens qui prennent l’avion ou la voiture pour venir ici passer 2 jours à Gorée pour comprendre les choses et ce n’est pas dans le programme scolaire.

De là j’ai pensé aux problèmes, ‘’Gorée va à l’école’’ qui mettra les données à la disposition des écoles et des enfants à travers une exposition, projection de film, tout le monde viendra voir et moi je fais les commentaires, les élèves vont comprendre beaucoup de choses sur nos parents qui sont morts en voulant sauver l’Afrique ; on va parler de l’Afrique avant l’arrivée des blancs, le développement qui était là, le système culturel. Une composition était là qui allait aboutir à un grand peuple. La traite des noirs et la colonisation sont venues faire une rupture, ce qui continue jusqu’à présent avec la domination des européens. Ils pillent de nos richesses et nous empêchent de nous connaitre nous-mêmes avec un programme scolaire qui n’est dans nos intérêts qui ne pas avec nos réalités. La seule chose que je trouve normal, c’est de parler à la jeunesse, leur donner les bonnes informations, j’invite la presse et tout le monde à s’y mettre pour que l’Afrique comprenne le dialogue de fond et la réalité historique de ce continent » conclut Souley Ly.

Dans l’acte 2 de la visite guidée, nous irons à la rencontre des artiste-peintres, sculpteurs et d’autres artistes qui vivent bien de la création à travers leur génie créateur.

Alpha Ousmane Bah

De retour de Gorée

Pour Africaginee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le 21 février 2024 17:00

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