Guerre entre l’Israël et le Hamas : « La paix ne peut pas être conçue en déniant à l’autre sa dignité… », selon Bah Oury

Bah Oury, leader de l'UDRG

La guerre entre le Hamas et l’Israël est sur le point de prendre une nouvelle dimension.  L’armée israélienne s’apprête à mener un assaut sur la bande de Gaza, en représailles à l’attaque du Hamas. Sur le plan humanitaire, la situation est critique. Le conflit a déjà fait des milliers de morts dans les deux camps. Comment expliquer la résurgence des tensions dans cette région fragile du monde ? Quelles conséquences le retrait des troupes françaises au sahel aura-t-il sur la sécurité dans cette autre région instable ? Africaguinee.com a interrogé Bah Oury. Le leader de l’Udrg livre son analyse et propose des pistes de solutions pour un retour à la paix.

AFRICAGUINEE.COM : Alors que la communauté internationale peine à éteindre le feu en Ukraine, au Soudan, un autre front vient de s’ouvrir au Moyen-Orient avec la guerre entre le Hamas et l’Israël. Comment analysez-vous cette situation ?

BAH OURY : D’abord la situation sur le continent africain. Il faut dire que ces dix dernières années, la situation sécuritaire n’a fait que se détériorer. Et surtout les plans (sécuritaire, économique, politique…). La stabilité est devenue une denrée rare dans l’espace continental. Et la situation ne fait qu’aller en s’approfondissant. Le cas de Soudan est un exemple patent. Des populations qui se sont révoltées pour chasser une dictature et des forces de défense qui ont d’une manière ou d’une autre, le processus de transition démocratique qui était engagé. Ils l’ont dévoyé de son chemin et maintenant ils sont responsables d’une situation de guerre civile avec des milliers et des milliers de morts, avec des personnes qui sont déplacées tout au long des routes au niveau de ce pays. C’est un exemple.

Mais au-delà de cela, le leadership africain est relativement faible. Nous ne réfléchissons pas à la situation de ces crises récurrentes qui affectent nos Etats. La République Centrafricaine (RCA), avait montré le chemin. Et la situation ne s’est pas consolidée jusqu’à présent. Nous assistons à cette propagation d’instabilité. L’Etat africain est en faillite. L’Etat africain doit être repensé, remodeler. Il est issu des périodes coloniales. Six décennies plus tard, cet État est en déconfiture. S’il n’y a pas des réactions ou des mesures les plus idoines pour remodeler le processus, pour repenser le processus de manière globale, pour recentrer les préoccupations publiques sur des attentes et des besoins fondamentaux des populations, nous assisterons à des États faillis.

Et bien entendu, la question de la corruption, la question de la gouvernance, la question de la cohésion nationale avec les dynamiques ethno-stratégiques qui sont développées par ci par là, tout cela constitue des défaillances extrêmement graves qui plombent l’effort de construire de véritables États africains fiables, durables et efficaces. Pour restaurer la paix, pour restaurer l’entente, il faut bien entendu prendre en compte toutes ces dimensions et apporter des réponses concrètes, déterminées et efficaces.

Comment analysez-vous la résurgence des tensions au Moyen-Orient où le Hamas et l’Israël sont en guerre ?

La question de la Palestine, est une question qui est antérieure et qui est à cheval entre la première et la seconde guerre mondiale. La question n’a pas été résolue. Les principes que les Nations-Unies avaient mises en avant, l’existence des deux États, qui puissent vivre de manière pacifique, l’un à côté de l’autre, avec une internationalisation de Jérusalem, a été battue en brèche. La possibilité de la création de l’Etat palestinien, est dans une situation désespérée. Donc, il ne faut pas s’étonner que dans ce contexte de profondes injustices, où c’est la violence qui prime, qu’à partir d’un certain moment, qu’il y ait de la surenchère dans la violence, dans la barbarie.

On voit ce qui est arrivé, malheureusement avec des massacres que nous avons constatés aujourd’hui en Israël même. C’est déplorable, parce que dans ce monde d’aujourd’hui, en arriver-là, c’est le comble de l’horreur. Ceci dit, cela ne doit pas nous empêcher de voir l’histoire dans sa profondeur. En 1982, Monsieur Ariel Sharon qui était l’un des responsables militaires du gouvernement Israélien, lorsqu’il était intervenu au Liban, il y avait eu des massacres qu’on ne pouvait pas penser que ça aurait pu être fait. Donc d’horreur en horreur, suscite fort d’autres plus graves que celles qui ont précédé. Et malheureusement, à cette allure, c’est les deux peuples Judéo-palestinien qui sont les plus perdants. Et la coexistence entre ces deux États est une nécessité absolue. Et l’un ne peut pas vivre sans l’autre, parce que les deux doivent co-exister et de manière pacifique pour pouvoir vivre en paix. La paix ne peut pas être conçue en déniant à l’autre, ses droits, sa dignité et sa liberté. C’est valable pour Israël, c’est valable également pour la Palestine.

On est vraiment dans une situation d’escalade ! Quelle solution envisager à votre avis ?

Bon, cette situation d’escalade est encouragée aussi par le fait que le multilatéralisme qui est condensé à travers la charte la charte des Nations-Unies.  Le Conseil de sécurité des Nations-Unies, a la charge de veiller sur la sécurité internationale. Cela n’est plus opérationnel du fait, disons, des opérations systématiques entre pays disposant des droits de veto. Cela a contribué à faire émerger des crises et des massacres un peu partout. C’est cela qui continue avec maintenant une rare barbarie où il n’y plus de gendarme international, il n’y a plus de voie sur le plan international qui puisse incarner de manière neutre et efficace un droit inaliénable des peuples à pouvoir disposer d’eux-mêmes. Donc c’est une situation d’une extrême gravité.

Les nationalismes ont refait surface et avec plus de vigueur et sans retenu. Et c’est cela qui a été l’état d’esprit avant de déclenchement de la seconde guerre mondiale. C’est la montée des fascismes. Aujourd’hui, c’est la montée des extrémismes de toute nature, qui d’une manière ou d’une autre, s’inter-croisent et se donnent puissance au détriment de l’intérêt de l’humanité.

La France a entamé le retrait de ses troupes au Niger. Selon vous, à quel scenario pourrait-on s’attendre désormais dans cette région fragilisée par le terrorisme ?

C’est toute la gouvernance qui doit être remise en cause. Croire qu’il suffit simplement de prédisposer des forces armées pour croire qu’on peut restaurer la sécurité dans un espace aussi vaste que le Sahel, alors qu’il y a des décennies et des décennies, de situations d’injustice, de discrimination et aussi d’abandon par l’Etat de certaines communautés nationales, il va de soi que ce n’est pas simplement par l’aspect sécuritaire que le problème va être réglé. Et donc, l’erreur a été de croire qu’il suffit des forces militaires et que tout rentrerait dans l’ordre. C’est faire une fausse lecture et une fausse analyse des raisons pour lesquelles le Sahel est devenu d’instabilité de vaste envergure.

Les autorités des différents pays, que ce soit le Mali, le Burkina et maintenant le Niger, font également de célébrer point de vue, une lecture purement de la question de la région. La gouvernance des États, la nature des Etats, les relations entre les pouvoirs et les communautés, les changements climatiques qui ont bouleversé la vie de beaucoup de populations qui vivaient à la lisière de Sahara… Tout cela, c’est des éléments qu’il faudrait intégrer dans une approche globale qui permettrait d’envisager des pistes de solutions.

Malheureusement, les forces militaires qui sont mises en avant, avec des violences, avec des attitudes qui ne contribuent pas du tout à restaurer et la confiance des populations. Et donc, la situation n’a fait que se dégrader au détriment des intérêts des populations elles-mêmes.

Le deuxième aspect, je pense que dans un contexte où des pays ont de la peine à assurer la souveraineté de leurs États après 60 années d’indépendance, de faire respecter l’intégrité du territoire national, et qui ont obtenu des apports et des aides, pour les accompagner dans ce processus, il fallait qu’ils soient les plus réactifs pour être en avant et ne pas croire que ceux qui viennent de l’étranger vont faire tout le boulot à leur place. Il faudrait que les États sahéliens revoient leurs propres responsabilités dans ce qui arrive à leurs pays et à la détérioration tant politique que sécuritaire de leurs États.

Au Niger depuis la chute de monsieur Bazoum et le désengagement de l’armée française dans les opérations contre les djihadistes, le nombre d’attaques a quasiment quadruplé. Est-ce qu’à cette allure on ne risque pas d’assister à une situation incontrôlable ?

Par rapport au Niger, je suis de ceux qui, très tôt, ont condamné cette prise d’otage et cette interruption d’un processus démocratique qui était en train de marquer quelques résultats. La crainte que nous avions, c’est qu’avec ce coup d’État, que la situation sécuritaire du Niger se détériore, que les politiques d’entente, d’apaisement et de sécurisation que le président Bazoum avait engagées, risqueraient d’être anéanties. Et malheureusement, nous constatons à peine deux mois, après ce coup d’État, que la situation sécuritaire au Niger se dégrade d’une manière accélérée. Et au lieu de contribuer à restaurer la sécurité et la paix dans le pays, les forces de défense et de sécurité du Niger, ont contribué d’une manière ou d’une autre, à plonger le pays dans l’œil du cyclone. Et on risque d’avoir une situation qui pourrait être analogue à celle qui prévaut au Mali et au Burkina. C’est ce qui est déplorable, dommageable pour les populations qui sont victimes de ces situations et encore victimes de la manière dont certains de ces élites, notamment militaires, se comportent avec une certaine banalisation du pouvoir.

 

Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 16 octobre 2023 08:47

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