Agression rebelle, attaque contre le Palais de Conté : Les révélations de Moussa Solano…

CONAKRY-Elhadj Moussa Solano vient de lever le voile sur une des pages douloureuses de l’histoire de la Guinée. L’agression rebelle en l’an 2000. A l’époque, en tant ministre de l’Administration du territoire, de la Décentralisation et de la Sécurité, le Président Lansana Conté l’avait désigné comme président du comité de crise.

Quelles stratégies le Gouvernement d’alors avait-il mis en place pour annihiler cette agression ? Comment l’effort de guerre avait-il été mobilisé ? Quel rôle Elhadj Mamadou Sylla avait-il joué? Elhadj Moussa Solano a accepté de revenir cette page de l’histoire de la Guinée, quasiment mise aux oubliettes de nos jours. Dans cet entretien qu’il a accordé à Africaguinee.com, il évoque également les événements des 02 et 03 février 1996.

AFRICAGUINEE.COM : Le 1er septembre dernier marquait le 23ème anniversaire de l’agression rebelle dont la Guinée a été victime. A l’époque, vous étiez ministre de l’Administration du territoire, de la Décentralisation et de la Sécurité. Quelles stratégies le Gouvernement d’alors avait-il mis en place pour barrer la route aux rebelles ?

ELHADJ MOUSSA SOLANO : En tant que ministre de l’Administration du territoire, de la Décentralisation et de la Sécurité à l’époque, le Président m’avait désigné comme président du comité de crise. Je devais coordonner toutes les actions qui devraient faites pour annihiler l’action nocive des rebelles dans notre pays. Nous étions tout à fait au début, on a subi l’action des rebelles à Pamelap et à Massadou. C’était le 1er septembre 2000. C’est dommage qu’aujourd’hui cette page ait été mise dans les oubliettes, aucune presse n’en parle presque. Personne ne parle du 22 novembre, personne ne parle du 1er septembre. Pourtant c’est notre histoire. Parce que là où 3000 ou 2000 guinéens ont perdu la vie, ce n’est pas comme ça que l’on efface ça. C’est important pour notre pays. Le 22 novembre, c’est le peuple qui s’est levé pour défendre notre pays. Le patriotisme était au summum, les gens n’ont pas accepté cette reconquête que les envahisseurs avaient en objectif. Les guinéens se sont levés pour défendre leur pays. Et ça été un succès. Le monde entier a apprécié la riposte du peuple de Guinée face à cette tentative de recolonisation le 22 novembre. Le 1er septembre, c’était à peu près la même chose. Cette attaque était une façon de mettre le pays a genou, le déstabiliser pour amener un Gouvernement fantoche. Mais nous avons résisté. Les jeunes ont fait preuve de patriotisme à nouveau.

Le long de nos frontières, ils ont aidé, ils ont défendu la Nation avec les militaires. De passage il faut dire comment ils l’ont fait parce qu’ils n’étaient pas formés militairement. Donc, on ne pouvait pas leur donner des armes de guerre. Ce sont des armes blanches (des fusils de chasse, ndlr) qu’on leur avait données pour défendre notre pays. C’est Elhadj Mamadou Sylla qui avait aidé à faire la livraison. Il a préfinancé l’acquisition des armes qu’il a mis à la disposition du Gouvernement qui devrait les racheter. Ensuite, on a essayé de distiller ces armes le long de nos frontières. L’armée et ces jeunes étaient tous là. Ça été une cohésion entre l’armée et les populations dans la défense de notre pays contre l’attaque des rebelles. Ça été un succès.

Je dis toujours il faut que le pays remercie Mamadou Sylla pour son patriotisme. Parce qu’accepter de préfinancer des armes à cette hauteur-là, ce n’était pas facile à l’époque. Beaucoup d’opérateurs ne vont pas l’accepter. Pour le cas d’Elhadj Sylla, même la restitution de son argent a été un problème. On le sait. C’était difficile et tel que ça s’était passé, ce n’était une bonne chose parce qu’il fallait reconnaître l’acte positif posé par l’homme (Mamadou Sylla) en faveur du pays et agir conséquemment. Ce qui n’a pas été, hélas, le cas. Il faut reconnaître le mérite des gens de leur vivant et non à titre posthume.

On imagine que vous avez côtoyé le Président Conté à l’époque. Comment vous le sentiez face à cette agression ?

Je n’ai jamais rencontré un homme aussi courageux que le Général Lansana Conté. Je le dis très honnêtement. Je commence par les évènements de 02 et 03 février 1996. J’étais encore Secrétaire Général du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. J’étais au bureau quand l’obus est tombé sur le palais du peuple. Il était 21h et quelques ce jour. Pendant toute la journée presque j’étais en communication avec le Président. Même le bâtiment qui était complètement vitré a eu les secousses de l’obus qui est tombé au Palais des Nations. On a senti les secousses. L’onde de choc nous est parvenue. Quand ça s’est passé, je me suis dit que ce qui venait de se passer est gravissime. J’ai appelé le président, il a décroché. Ce qui m’a surpris, le timbre de sa voix n’a pas changé. Or, quand on est frappé par une situation de ce genre, on a l’impression d’avoir beaucoup soif. Le timbre vocal change par la peur. Chez lui, ce n’était pas le cas. Lorsque je lui ai demandé : « Président vous êtes là ? ». Il m’a dit « oui ». J’ai insisté en disant : « Est-ce que c’est vous ? ». Il a encore répondu par l’affirmative. Jamais je n’ai vu un homme aussi courageux.

Lorsqu’il y a eu les attaques rebelles, c’est le Président lui-même qui est allé au camp pour embarquer les militaires qui doivent aller au front. Ça veut beaucoup dire. Parce qu’en allant au front, on ne sait pas si on allait revenir ou pas. Mais quand le Président s’arrête, les militaires embarquaient automatiquement. C’était un acte de courage et d’héroïsme. J’ai été témoin de ça. Il suivait le champ de guerre à la radio et il donnait les ordres. J’étais à côté de lui en tant que président du comité de crise. Quand quelqu’un donne des instructions déplacées, il demandait à l’intéressé de répéter. Et si ce n’était pas conforme, la personne ne pouvait pas répéter ce qu’il a dit. C’était un militaire dans le sang. Le courage qui l’habite est rarissime. J’ai vu le Président aussi malade. Rare sont ceux qui peuvent supporter la douleur comme lui. C’était un vrai homme d’Etat. Je l’ai vu agir.

Sa présence a beaucoup plus donné de courage aux soldats qui partaient sur le front. S’il n’était pas là pendant les évènements des 02 et 03 février, pendant les attaques rebelles, n’importe quel autre chef civil aurait pris la tangente automatiquement.

Ah bon ? Comment ?

Le matin (du 02 et 03 février) quand les militaires sont venus au Palais, quel est le chef de l’Etat (civil) qui allait avoir le courage de s’arrêter pour leur adresser la parole ? Il disait même à certains militaires : tu as peur comme ça. C’était un grand soldat. Il a dit aux militaires faites une délégation et venez me voir. Il est sorti, il s’est arrêté sur le balcon, il leur a parlé. Je ne dis que tous les soldats sont comme ça, mais lui c’était un homme vraiment courageux. Ce n’est pas un fugitif, il affronte les problèmes de face.

Qu’est-ce qui s’était passé après qu’il ait parlé aux militaires au Palais ?

Il avait agi en démocrate. Il avait dit : si les militaires veulent tuer les guinéens à cause de moi, alors je m’en vais au camp, ils vont faire de moi ce qu’ils veulent. Parce que les militaires avaient ouvert les 40 bouches (armes de fabrication russe) au niveau de la banque centrale. Il a entendu et il savait que c’est une arme à destruction massive. C’est en ce moment qu’il a dit qu’on ne tuera pas les guinéens à cause de moi, j’irai moi-même. Lorsque sa garde rapprochée est venue, il a dit non, les guinéens ne s’entretueront pas à cause de moi. Quoiqu’on dise, le Général Lansana Conté a quand même respecté le peuple de Guinée. Aurait été d’autres, ils auraient ordonné la riposte. Ce serait le pire. C’est là où le sens de la responsabilité d’Etat intervient. Le Général Lansana Conté a été un grand Président

A suivre…

Entretien réalisé par Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le 11 septembre 2023 19:17

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