Zogota : 14 ans après le massacre, les victimes toujours en attente d’indemnisation

NZEREKORE- Quatorze ans après les événements tragiques survenus dans la nuit du 3 au 4 août 2012 à Zogota, dans la préfecture de Nzérékoré, le souvenir reste encore douloureux pour les habitants de cette localité. Six personnes avaient été tuées lors de l’intervention des forces de défense et de sécurité, selon les éléments retenus ultérieurement par la Cour de justice de la CEDEAO.

L’indemnisation toujours attendue

Sur le plan judiciaire, l’affaire de Zogota a connu une importante évolution ces dernières années. Saisie par les victimes et leurs représentants, la Cour de justice de la CEDEAO avait, dans son arrêt du 10 novembre 2020, retenu la responsabilité de l’État guinéen pour plusieurs violations des droits humains, notamment le droit à la vie, l’interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants. La juridiction communautaire avait également ordonné la réparation des préjudices subis par les victimes.

Mais, selon Thomas Kolié, les familles attendent toujours de voir cette décision produire ses effets en termes d’indemnisation. « Jusqu’au jour d’aujourd’hui, les victimes attendent toujours cette indemnisation qui a été annoncée par la Cour de justice de la CEDEAO. Les avocats continuent de rappeler l’État. Nous sommes toujours derrière eux afin qu’ils puissent avoir gain de cause pour l’obtention de cette indemnisation », affirme-t-il.

Le dossier a toutefois franchi une nouvelle étape en France en 2026. Le tribunal judiciaire de Paris a reconnu la force exécutoire de la décision rendue par la Cour de justice de la CEDEAO, ouvrant ainsi la voie à son exécution sur le territoire français.

« Penser aux veuves et aux orphelins »

Pour les ressortissants de Zogota, l’enjeu dépasse désormais le seul cadre judiciaire. Thomas Kolié appelle les autorités guinéennes à prendre en compte la situation sociale des familles affectées par le drame. « Je demande à l’État guinéen, au gouvernement actuel, de penser à ces victimes, à ces femmes veuves, à ces enfants orphelins », lance-t-il. Car, dit-il, quatorze ans après les événements, la plaie reste ouverte dans plusieurs familles.

Selon ce ressortissant, certaines veuves sont aujourd’hui confrontées à des problèmes de santé et de moyens financiers. « Il y a de ces veuves-là qui sont aujourd’hui malades et qui ont besoin d’être prises en charge. Mais vous savez, c’est le village, il n’y a pas les moyens. Ce n’est pas facile pour ces personnes de vivre », souligne-t-il.

Le 4 août 2026, citoyens, familles des victimes et ressortissants de Zogota venus de plusieurs villes se sont retrouvés dans le village pour commémorer la mémoire des disparus.

Pour Thomas Kolié, ressortissant de Zogota, cette date reste « historique » pour la communauté. « Le 4 août 2012 fut une date historique pour le village. C’est la date à laquelle des individus sont venus attaquer le village en pleine nuit. À leur retour, on a trouvé cinq corps sur place. Il y a eu des blessés et, plus tard, une autre personne a succombé à ses blessures », témoigne-t-il.

Depuis cette tragédie, les habitants de Zogota se retrouvent chaque année pour rendre hommage aux victimes. Mais cette année, la commémoration a connu une particularité.

Selon Thomas Kolié, les habitants ont organisé une marche pacifique jusqu’au lieu où reposent les victimes. Une marche effectuée dans le calme et le silence, avant des prières et des cérémonies en mémoire des disparus.

« On a l’habitude d’aller simplement se placer sur la tombe des personnes disparues, de prier et d’organiser une veillée. Mais cette année, la particularité est qu’il y a eu une marche pcifique du petit village jusqu’au niveau de la tombe. On a calmement marché, sans bruit, jusqu’à notre arrivée. Nous avons ensuite poursuivi avec des prières », explique le ressortissant de Zogota.

Au-delà de la commémoration, les conséquences du drame continuent de peser sur les familles des victimes. Thomas Kolié évoque notamment les veuves et les enfants qui, selon lui, vivent encore les conséquences de la disparition de leurs proches.

« Ça fait très mal quand une famille n’est pas au complet. Dès que le père de famille qui avait en charge la famille n’est plus là, ça devient un problème pour la maman. Il y a des enfants qui étaient à l’école et qui n’ont pas pu continuer leurs études à cause de l’absence de l’un de leurs parents », déplore-t-il.

La commémoration du 4 août n’est donc pas réservée aux seules familles des victimes. Notables, responsables du district, habitants et ressortissants vivant à Nzérékoré, Conakry ou encore à l’étranger prennent part à cette journée.

« Cela ne concerne pas seulement les familles des victimes, ça concerne tout le village. C’est pour cela que même les ressortissants qui résident ailleurs viennent pour la commémoration de cette journée », explique Thomas Kolié.

Pour lui, le drame a profondément marqué l’ensemble de la communauté. « Dans le village, nous vivons en harmonie. Si aujourd’hui c’est ton ami, demain ça peut être toi. Donc, tout le monde est concerné », estime-t-il.

L’espoir d’une reprise des activités minières

Zogota reste par ailleurs associé à un important potentiel minier. Avant l’arrêt des activités, le projet minier constituait une source d’espoir pour une partie de la jeunesse locale. Thomas Kolié souhaite aujourd’hui une éventuelle reprise des activités dans de meilleures conditions, notamment pour favoriser l’emploi des jeunes.

« C’était une bonne opportunité pour cette jeunesse de Zogota. Certains étaient employés, tandis que d’autres étaient encore dans les études ou apprenaient un métier. Aujourd’hui, beaucoup ont terminé leurs études ou leurs formations. Nous espérons que cette société reviendra dans les meilleures conditions afin de donner de l’emploi à cette jeunesse », plaide-t-il.

En attendant une issue définitive du dossier judiciaire et l’éventuelle indemnisation des victimes, Zogota continue de porter le souvenir de cette nuit du 3 au 4 août 2012.

Chaque 4 août, la communauté se rassemble pour honorer ses morts. Et derrière les cérémonies de mémoire demeure une revendication : que justice soit pleinement rendue aux victimes et que les familles qui portent encore les conséquences du drame puissent enfin bénéficier des réparations qui leur ont été accordées par la justice.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél: (00224) 628 80 17 43

Créé le 12 août 2026 10:02

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