Simandou 2040 : Mory Condé dévoile un portefeuille de 12 projets de plus de 300 millions de dollars et 36 réformes

CONAKRY – Le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale a présenté ce lundi 12 aout 2026 son portefeuille de programmes, projets et réformes inscrit dans le cadre du Programme de développement socio-économique durable et responsable Simandou 2040. Au total, 12 projets structurants, mobilisant plus de 300 millions de dollars, et 36 réformes sont annoncés autour d’un objectif central : transformer la croissance économique en emplois décents, renforcer la compétitivité des entreprises et élargir la protection sociale en Guinée.

La présentation s’est déroulée en présence du Premier ministre, chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, de plusieurs membres du Gouvernement, des partenaires techniques et financiers, des organisations d’employeurs et de travailleurs ainsi que de hauts cadres de l’administration publique. À travers ce portefeuille, le département dirigé par Mory Condé entend faire de l’emploi et de la protection sociale des piliers de la transformation économique portée par la vision Simandou 2040.

12 projets structurants pour placer l’emploi au cœur de la croissance

Dans son discours, le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale a défendu une nouvelle approche de la croissance économique. Pour Mory Condé, les grands investissements engagés dans le pays doivent désormais être évalués aussi à l’aune de leur capacité à créer des emplois, développer les compétences et favoriser l’émergence d’entreprises guinéennes. « Nous devons transformer les investissements en emplois, les emplois en revenus, les compétences en opportunités et la croissance économique en progrès social », a-t-il déclaré.

Le ministre veut ainsi instaurer progressivement un véritable « réflexe emploi » dans l’action publique. Chaque grand projet devrait, selon lui, pouvoir répondre à plusieurs questions : combien d’emplois sera-t-il capable de créer ? Quelles compétences permettra-t-il de développer ? Combien de jeunes pourra-t-il insérer ? Et combien d’entreprises guinéennes pourra-t-il contribuer à faire grandir ?

L’ambition affichée est de faire de l’emploi non plus une conséquence espérée de la croissance, mais un objectif central de la politique économique.

Formation, insertion et entrepreneuriat au cœur du dispositif

Une partie importante du portefeuille est consacrée à l’adéquation entre les compétences disponibles et les besoins du marché du travail. Le gouvernement entend notamment renforcer le système d’information sur le marché du travail afin de disposer d’une meilleure cartographie des métiers, des compétences recherchées et des secteurs en tension.

Les secteurs des mines, de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie, du numérique et de la logistique sont particulièrement concernés.

« Notre doctrine sera claire : former pour les besoins de l’économie, former pour l’entreprise et, surtout, former pour l’emploi », a insisté Mory Condé. Le ministre a également appelé la jeunesse guinéenne à se préparer à tirer profit des opportunités liées à Simandou à travers la qualification, l’innovation, l’entrepreneuriat et l’insertion professionnelle.

Formaliser l’économie informelle

Autre axe majeur du portefeuille, la formalisation progressive des activités économiques. À travers notamment le projet relatif au statut de l’entreprenant, le département veut faciliter la transition des acteurs de l’économie informelle vers le secteur formel.

L’objectif est de permettre aux artisans, commerçants, entrepreneurs individuels et autres travailleurs indépendants d’accéder progressivement au financement, aux marchés, à l’accompagnement et à la protection sociale. Pour le ministère, la formalisation ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte administrative, mais comme une opportunité économique et sociale.

36 réformes pour assurer la durabilité des projets

Au-delà des 12 projets structurants, le portefeuille présenté comporte 36 réformes destinées à créer le cadre institutionnel nécessaire à leur pérennisation. Ces réformes sont réparties autour de plusieurs axes : l’emploi et la formalisation, le travail et la modernisation de l’administration du travail, la protection sociale, ainsi que la gouvernance et le pilotage du portefeuille.

L’idée défendue par les responsables du ministère est simple : les projets permettent de produire des infrastructures, des services et des livrables ; les réformes, elles, doivent garantir que ces acquis puissent durer dans le temps.

Parmi les réformes phares figurent notamment la modernisation du Code du travail, la révision du cadre de la sécurité sociale, l’avancement vers la couverture maladie universelle, ainsi que la création d’un Centre national de santé et de sécurité au travail, avec une vocation également régionale.

Le renforcement de l’Inspection générale du travail et la digitalisation de plusieurs procédures figurent également parmi les priorités.

Le financement : État, partenaires et secteur privé

La question du financement du portefeuille a également été abordée au cours de la présentation. Selon le Directeur national de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat, Elhadj Mamadou Diallo, la stratégie repose principalement sur une mobilisation conjointe de l’État, des partenaires techniques et financiers et du secteur privé. L’État devrait jouer un rôle majeur dans le financement, tandis que les partenaires techniques et financiers pourraient intervenir à travers l’appui technique et le cofinancement des projets. Le secteur privé est également appelé à contribuer, notamment à travers le contenu local, la responsabilité sociale des entreprises et les obligations prévues par le cadre légal et le Code minier.

Pour financer ce portefeuille, plusieurs mécanismes sont envisagés. L’État devrait jouer un rôle central en tant que principal contributeur, aux côtés des partenaires techniques et financiers.

« La stratégie de financement est structurée principalement autour de l’État. L’État doit également jouer sa part et être l’un des principaux contributeurs, mais aussi des partenaires techniques au développement, notamment pour les accompagnements techniques, mais aussi pour le cofinancement des projets », a-t-il précisé.

Sur les 36 réformes identifiées, 13 concernent l’emploi et la formalisation, 9 portent sur le travail et la modernisation de l’administration du travail, tandis que 12 sont consacrées à l’extension de la protection sociale. Une dernière catégorie regroupe des réformes transversales liées notamment à la gouvernance et au pilotage du portefeuille.

Bah Oury : « Pour lutter contre la pauvreté, il faut créer de la richesse »

Prenant la parole à la suite de la présentation, le Premier ministre Bah Oury a replacé le portefeuille du ministère dans une perspective plus large : celle de la transformation de la croissance en développement humain. Selon lui, la finalité de ces investissements et réformes doit rester l’amélioration concrète des conditions de vie des Guinéens.

« Pour lutter contre la pauvreté, il faut créer de la richesse. Et cette richesse doit être correctement partagée », a-t-il souligné. Le Premier ministre estime que la croissance tirée par le secteur minier devra être accompagnée d’une transformation structurelle de l’économie.

Pour lui, les infrastructures seules ne suffiront pas. Elles doivent être accompagnées d’investissements dans les secteurs productifs capables de créer durablement des emplois, notamment l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’industrie.

« Au début, les gens sont contents. Mais lorsque la route sera là, ils vont te dire : ce n’est pas le goudron qu’on veut manger », a lancé Bah Oury, plaidant pour que les infrastructures soient accompagnées d’investissements dans les secteurs directement productifs.

Les revenus de Simandou au service du social

Le Premier ministre a également évoqué la perspective d’affecter une partie des revenus issus du projet minier Simandou au développement social et au capital humain. Selon Bah Oury, 20 % des revenus qui seront tirés du secteur du projet minier Simandou seront orientés vers le secteur social et le développement du capital humain. Cette orientation, estime-t-il, constitue un levier pour renforcer les investissements dans la santé, l’éducation, la protection sociale et, plus largement, dans l’amélioration des conditions de vie des populations.

« Transformer la croissance en emplois »

Au terme de cette présentation, le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale entend donc inscrire son action dans une logique de résultats. Les 12 projets structurants et les 36 réformes constituent, selon Mory Condé, les deux faces d’une même stratégie : investir dans les services et les infrastructures, tout en réformant les institutions qui doivent permettre à ces investissements de produire des effets durables.

L’objectif affiché par le ministre tient en quelques mots : transformer la croissance en emplois, les compétences en opportunités, le travail en dignité et la protection sociale en solidarité.

À travers ce portefeuille de plus de 300 millions de dollars, le département de l’Emploi veut ainsi faire du volet social de Simandou 2040 l’un des instruments de transformation de la croissance économique en amélioration concrète du quotidien des Guinéens.

Yayè Aicha Barry

Pour Africaguinee.com

Créé le 11 août 2026 08:55

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