Massacre de Zogota : La « pénible » quête de justice pour les victimes…

NZEREKORE-Dans la nuit du 03 au 04 août 2012, une équipe mixte des forces de défense et de sécurité avait fait irruption dans le village de Zogota pour commettre de pires atrocités contre des villageois en plein sommeil. Cette expédition punitive nocturne avait coûté la vie à six civils dont le chef du village. D’importants dégâts matériels avaient été enregistrés.

Cette répression disproportionnée était en représailles d’un différend opposant les autochtones qui réclamaient de l’emploi au consortium VBG, qui contrôlait un riche minerai de fer situé près du village sinistré.

12 ans après ces crimes qualifiés de « massacre », les proches des victimes attendent toujours d’être indemnisés. Les habitants de Zogota, localité située à près de 60 kilomètres du centre-ville de Nzérékoré, peinent à oublier. Pourquoi les blessures peinent-elles à se cicatriser ?  Parce que l’État, reconnu coupable, n’a toujours pas exécuté la décision rendue, par la Cour de Justice de la Cedeao.

Saisie en octobre 2020, cette juridiction supranationale a retenu l’État Guinéen dans les liens de la culpabilité et l’a condamné à réparer les préjudices subis par les victimes mais aussi à juger les auteurs. La cour a alloué aux victimes trois milliards six cents millions de GNF au titre de dommages et intérêts. Mais jusqu’à date, rien n’a été fait. Une « double injustice » que dénonce maître Pépé Antoine Lamah, l’avocat qui a défendu les victimes dans cette procédure à la cour de justice de la Cedeao.

« Vous voyez que nous vivons une justice à double vitesse. Le massacre de Zogota a eu lieu en 2012, l’instruction a été close en 2014, ce dossier n’a malheureusement pas connu de jugement. Il a fallu saisir la cour de justice de la CEDEAO qui a reconnu la Guinée coupable de plusieurs violations de droit de l’Homme. Cette décision imposait à la Guinée de juger les auteurs de ces atrocités. Mais malheureusement, les victimes du massacre de Zogota n’ont aujourd’hui que leurs yeux pour pleurer. Puisqu’elles ne connaîtront (probablement) jamais justice dans cette affaire malgré l’intervention de la cour de justice de la CEDEAO », déplore Maître Pépé Antoine Lamah dans un entretien accordé à Africaguinee.com et dont l’intégralité sera diffusée ultérieurement.

Un espoir ?

Toutefois, un infime espoir subsiste encore. Avec le soutien des associations Sherpa, Les Mêmes Droits pour Tous, et Advocates for Community Alternatives, les victimes de ce massacre perpétré en 2012 ont saisi, il y a environ un an, le Tribunal Judiciaire de Paris. Leur objectif est de faire reconnaître par la justice française, le jugement rendu en leur faveur par la Cour de Justice de la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest). Et in-fine, l’exécution forcée de la décision en France à travers la « saisie » des biens appartenant à l’Etat guinéen.

En droit, c’est ce qu’on appelle une demande d’exequatur dont l’exécution permettrait de saisir certains biens de l’État guinéen en France, pour exécuter la condamnation prononcée par la Cour de la CEDEAO.

A suivre !

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant Régional d’Afrcaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le 31 août 2024 15:04

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