Enquêtes sur les crimes commis sous le régime d’Alpha Condé : Les confidences de Me Thierno Souleymane Baldé…

CONAKRY- En Guinée, cela fait 2 ans depuis que l’ex président Alpha Condé, renversé par un coup d’Etat militaire le 5 septembre 2021, a quitté le pays. Officiellement, il est parti pour des soins en Turquie. Mais de l’avis de maints observateurs, ce voyage médical se transforme en exil, alors qu’en Guinée il est accusé de “crimes de sang “. La justice guinéenne qui a ouvert une enquête préliminaire sur ces violations des droits humains a entendu plusieurs anciens dignitaires de son régime. Pour parler de cette procédure et de ses implications, nous avons interrogé l’avocat maître Thierno Souleymane Baldé. (Interview)

AFRICAGUINEE.COM : Cela fait maintenant deux ans depuis que l’ancien président Alpha Condé a quitté la Guinée pour la Turquie. Comment comprenez-vous son absence prolongée au pays alors qu’il y a plusieurs plaintes contre lui devant les tribunaux ? 

MAÎTRE THIERNO SOULEYMANE BALDÉ : Cela s’explique d’une manière très simple : ce qu’il ne veut pas faire face à la justice pour répondre de ses actes. Il a été à la tête de la Guinée pendant plus de 11 ans, un leader qui veut assumer sa responsabilité doit faire face à ses actes. Même si on ne l’avait pas sollicité, dès lors que c’est lui qui était à la tête de la Guinée lorsqu’il y a eu des centaines des Guinéens qui ont été assassinés, des milliers qui ont perdu leurs biens, des centaines de blessés, il (Alpha Condé ndlr) devrait venir s’expliquer et dégager sa responsabilité. Mais comme on le dit souvent, ceux qui sont coupables préfèrent toujours fuir pour se soustraire à la justice.

Qu’on le veuille ou non, ça prendra le temps que ça prendra mais dans ce dossier nous mènerons le combat jusqu’à ce qu’on obtienne une décision de justice par rapport aux violations des droits fondamentaux des citoyens guinéens pendant la période du régime de monsieur Alpha Condé.

A date où se situent les enquêtes sur les différentes procédures que vous avez engagées contre lui ? 

Les enquêtes continuent. Vous savez, ce n’est pas comme dans une procédure ordinaire. L’enquête préliminaire se déroule avec une certaine sérénité mais il y a eu un certain nombre des victimes qui sont décédés, les ayants droits sont décédés ou bien ils sont dans une situation dramatique. On aurait souhaité avoir un procès avant que ces victimes ne meurent de leur belle mort. Mais nous sommes tenus de faire les enquêtes en tenant compte des réalités de notre pays. A chaque fois qu’il y a des obstacles nous essayons de les surmonter afin de nous permettre d’avancer. Il y a eu énormément de victimes qui ont été auditionnées ici à Conakry, il y a eu même certaines victimes qui se sont déplacées de l’intérieur du pays pour venir à Conakry pour se faire auditionner. L’objectif au-delà de Conakry c’est de se déplacer aussi aller à l’intérieur du pays parce que ce n’est pas juste au niveau de la région de Conakry qu’il y a eu des victimes d’assassinats, de pillages, de coups et blessures pendant le régime de monsieur Alpha Condé. On se rappelle du massacre qu’il y a eu à Zogota, à Womé, à N’zérékoré. Des violences à Labé, à Kindia, à Kankan, à Siguiri, à Boké… et comme c’est une procédure unique, il faudrait que le travail soit fait avec une certaine diligence mais aussi du sérieux qu’il faut pour éviter par la suite qu’il y ait quiconque qui puisse se lever pour critiquer ou d’une certaine manière mettre en cause l’enquête qui a été faite. Notre objectif est que la procédure se déroule dans les règles de l’art.

Combien de victimes ont-elles été entendues ? 

Je ne peux pas vous donner un nombre exact puisque comme vous le savez l’enquête préliminaire est secrète. Donc, nous ne pouvons pas divulguer certaines informations au cours de la procédure. La seule chose que je peux vous dire ce qu’il y a eu des centaines et des centaines des victimes qui ont été auditionnées à ce stade.

Est-ce qu’il y a eu des anciens dignitaires de son régime qui ont été auditionnés ? Si « Oui » lesquels ? 

Là aussi, effectivement il y a eu un certain nombre d’entre eux qui ont été auditionnées nomment ceux qui sont sur la liste qui a été établie par le FNDC. Je le dis puisque ça c’est une information publique. Mais au-delà de ces personnes également, il y aura l’audition d’autres personnes qui pourrait avoir éventuellement des informations qui pourraient intéressées les officiers enquêteurs.

Est-ce que vous pouvez revenir sur cette liste ? 

Je ne peux pas citer le nom de quiconque. La liste est publique, vous pouvez consulter cette liste.

Est-ce qu’il y a eu des inculpations à ce stade ? 

Le code de procédure pénal est très clair, nous sommes dans la phase de l’enquête préliminaire, le travail qui est fait relève des officiers de police judiciaire qui sont composés à la fois des policiers et des gendarmes, c’est une commission mixte composée d’officiers de police judiciaire reconnus pour leurs compétences parce que certains d’entre eux ont travaillé pour les Nations Unies. Donc il n’y a rien à dire par rapport au professionnalisme de ces officiers. Maintenant c’est à l’issue de l’enquête préliminaire que les OPJ pourront transférer les éléments de preuves qu’ils auront recueillis pendant cette phase au niveau du Tribunal de Première Instance de Dixinn. En charge maintenant au procureur de la république de saisir un juge d’instruction pour une information judiciaire.

Donc c’est ce stade qu’on pourra parler de l’inculpation. En ce moment ce sont des personnes qui sont mises en cause qui sont entendues. Donc,il faudra attendre que le dossier soit dans un cabinet d’instruction pour parler d’inculpations.

Comment les victimes que vous défendez perçoivent-elles les différentes sorties répétées de l’ancien président Alpha Condé où on le voit parfois en train de jouer ? 

C’est vraiment choquant et frustrant. Puisque quand on a dirigé un pays et que pendant son mandat il y a eu des telles atrocités comme celles qui ont été commises pendant son régime, il devrait avoir une certaine humilité face aux victimes jusqu’à ce qu’il y ait un procès juste et équitable. Si à l’issue de ce procès il est innocenté, tant mieux mais avant la fin de cette procédure il ne devrait pas se comporter avec une certaine arrogance et puis d’une certaine manière se moquer des victimes, cela n’est pas admissible.

Mais, nous le savons c’est dans sa nature, on a écouté les discours qu’il a tenus ici pendant qu’il était au pouvoir avec certains membres de son Gouvernement, nous, nous voulons qu’il y ait un procès juste et équitable au cours duquel les droits de la défense seront reconnus et protégés, nous ne voulons pas un vendetta, la seule chose que nous souhaitons c’est la justice et quand on dit justice c’est le respect des dispositions légales qui sont en vigueur dans notre pays et qu’au bout du compte que ce soit la vérité qui puisse triompher.

Vue son absence prolongée au pays souhaiteriez-vous l’envoi d’une commission rogatoire en Turquie pour l’entendre ? 

Une fois que le dossier va arriver au niveau d’un cabinet d’instruction ce sera en fait au magistrat instructeur qui décidera de cette question. Mais comme on n’est pas à ce stade à l’instant, la chose la plus importante c’est de veiller à ce que l’enquête préliminaire se déroule normalement en respectant les dispositions légales et qu’au bout du compte le dossier qui sera transféré au niveau du tribunal soit un dossier fait avec le professionnalisme qui s’y est.

Quelles sont vos attentes au terme de ces différentes procédures ? 

Nous ne nous faisons pas d’illusion, c’est un combat. Quand vous avez un tel président avec un tel gouvernement qui se sont enrichis énormément, qui disposent des moyens illimités avec des réseaux à travers tout le pays, ce n’est pas une petite affaire, il faudra beaucoup d’efforts pour arriver à faire organiser un procès juste et équitable. Mais on a vu par rapport au procès du 28 septembre, il a fallu beaucoup d’années mais finalement on a pu avoir un procès et de la même manière, aussi longtemps que nous serons en vie et en bonne santé nous mènerons ce combat jusqu’au bout.

Quel est votre dernier message ? 

Nous demandons aux victimes et aux parents des victimes de ne pas se décourager. C’est un combat de titans qui nécessitera beaucoup de temps et d’efforts mais au bout du compte nous allons y arriver puisque nous cherchons la vérité et comme on le dit assez souvent la vérité finit toujours par triompher.

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 666 134 023 

Créé le 24 mai 2024 08:58

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