Quel avenir pour l’UFDG, le RPG et l’UFR? Amadou Oury Bah se livre sans concession…

CONAKRY-Au micro d’Africaguinee.com, le Premier ministre Amadou Oury Bah offre une plongée au cœur des ambitions de la transition guinéenne. Le chef du Gouvernement aborde avec “franchise” les questions brûlantes qui agitent la nation.

Du projet de nouvelle constitution à l’avenir des partis politiques comme l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée), le RPG arc-en-ciel, l’UFR (Union des Forces Républicaines), il expose la vision du gouvernement.

Il se positionne en fervent défenseur d’une gouvernance basée sur la loi, et d’une économie qui ne se contente plus de l’exportation de matières brutes. Le Premier ministre se penche également sur des sujets économiques cruciaux tels que le retrait de la convention de GAC, la création de Nimba Mining, le Projet Simandou et la menace du « syndrome hollandais ».

Dans un ton direct, il défend la philosophie d’une équipe déterminée à réinventer la Guinée, en tirant les leçons d’un passé complexe pour bâtir un avenir plus juste et prospère. Un discours sans concession sur les défis et les ambitions de la transition en cours. Excellente lecture!!!

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur le Premier ministre, vous avez déclaré : « Le projet constitutionnel est une leçon tirée de notre passé qui est extrêmement riche et dont, si on prend garde, avec lucidité et responsabilité, on saura éviter beaucoup de crises qui ont impacté notre pays ». L’absence de l’UFDG, du RPG arc-en-ciel et de l’UFR du jeu politique ne comporte-t-elle pas des germes d’instabilité ?

AMADOU OURY BAH : Vous savez, dans la vie, il faut toujours préparer son départ. Comme un père de famille, il faut préparer le moment où votre présence ne sera plus nécessaire, en responsabilisant votre entourage pour qu’il prenne progressivement le relais et les responsabilités. Ainsi, le jour où vous vous éclipserez, le processus pourra continuer. Un bon père de famille travaille toujours dans cette logique. Mais un responsable qui estime que le « moi » individuel l’emporte sur toute autre considération verra son influence de courte durée et sera vite dépassé.

La société guinéenne a beaucoup changé. C’est cette incompréhension qui a poussé l’ancien président, en 2018, 2019 et 2020, à refuser le processus de changement que la société guinéenne portait, en confisquant les attributs de la souveraineté et en s’imposant par des moyens qui n’étaient pas du tout démocratiques. Et vous avez vu ce que cela a donné.

Aujourd’hui, ce qui est fait correspond à l’attente et aux besoins d’une génération fondamentalement jeune, qui veut que la Guinée change de paradigme. Cette génération souhaite que la Guinée soit comme les autres pays comparables, qu’elle soit remarquée, considérée et qu’elle ait une image favorable sur la scène internationale. Je pense que, sans tirer la couverture de notre côté, nous sommes sur cette voie.

Voulez-vous dire que les blocages opposés à ces partis et à leurs leaders participent de cette volonté de renouvellement générationnel ?

Soyons directs. J’ai été exilé, j’ai attendu la fin de mon exil, et je suis rentré. Dans la vie politique, il faut savoir qu’il peut y avoir des hauts et des bas. Il faut donc savoir gérer le temps. Les affaires de justice à titre intuitu personae sont une chose personnelle. Quant à la personnalité morale et juridique des institutions que ces personnes dirigent, c’est autre chose.

Personne n’a interdit aux partis que vous avez cités d’exister. Ce sont ces partis qui, par leurs mécanismes et leurs actions, se mettent progressivement en marge de la légalité. D’autres, qui l’étaient, sont en train de rentrer dans les normes. D’où la nécessité absolue, dans une gouvernance vertueuse, de donner la primauté à la loi. Quel que soit votre rang, quel que soit votre passé, vous devez vous conformer aux lois de la République. C’est le symbole d’une gouvernance sérieuse, crédible et démocratique. Passer outre, c’est un mépris pour la population. C’est une auto-proclamation et une appropriation de la souveraineté qui appartient à une collectivité de plusieurs millions de personnes. Il faut avoir l’humilité et la sagesse d’attendre son heure, qu’elle soit dans le futur ou dans le passé.

Monsieur le Premier ministre, parmi ces leaders auxquels vous faites allusion (Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, ndlr), l’un est visé par la justice, mais l’autre ne l’est pas. Avez-vous entrepris des démarches pour son éventuel retour ?

Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré

Non, je pense qu’il y a des décisions personnelles dont on ne peut pas parler publiquement. Mais je pense que, pour certaines de ces personnalités, rien n’empêcherait leur retour au pays.

Vous n’avez pas entrepris de démarches en ce sens ?

On ne peut pas tout dire sur ce qui est fait ici ou là. C’est leur liberté personnelle, c’est leur vie. Nous ne pouvons pas nous substituer à leur propre décision et apprécier ce qui, selon eux, est conforme à leurs propres intérêts.

Leur non-recensement est un sujet récurrent. Pour Cellou Dalein Diallo, vous avez évoqué un problème de résidence, mais qu’en est-il de Sidya Touré ?

Je ne suis pas au courant de la question concernant Monsieur Sidya Touré.

L’État guinéen a retiré sa convention à la société Guinea Alumina Corporation (GAC) et a, dans la foulée, annoncé la création de la Nimba Mining Company SA. Les anciens employés de GAC pourraient-ils être réintégrés dans cette nouvelle société ?

Dans la phase actuelle, des dirigeants seront nommés pour la société Nimba Mining. Il reviendra à cette société de prendre ses responsabilités au regard de la mission étatique qui lui sera confiée. L’État a ses obligations envers ses citoyens. Il fera tout pour qu’une société dotée de capitaux guinéens privilégie l’emploi de personnes qui ont la compétence technique et le savoir-faire nécessaires pour faire avancer très rapidement une unité qui doit reprendre son élan le plus tôt possible. C’est donc une question d’opportunité, pas de principe. Mieux vaut prendre des gens qui sont déjà opérationnels que d’en chercher d’autres qui ne le sont pas. La question est donc, fondamentalement, déjà résolue.

Est-ce que tous seront réintégrés ?

Nous laissons aux responsables de la société nouvellement créée le soin de prendre ces décisions. Il ne faut pas avoir cette fixation ; nous avons des opportunités extrêmement importantes. Si ce n’est pas dans cette société, ce sera dans une autre. La Guinée est aujourd’hui dans une phase d’exploitation la plus optimale de ses ressources minières. Une personne compétente qui ne travaille pas à un endroit peut être mutée ou changer d’emploi. La mobilité du personnel est un facteur qui montre que la Guinée offre de multiples possibilités à ses fils et ses filles.

Le dernier rapport de la Banque mondiale sur le suivi de la situation économique de la Guinée indique que l’exportation du minerai de fer stimulera davantage la croissance du PIB, mais qu’elle risquerait également d’amplifier les défis du « syndrome hollandais » si aucune mesure n’est prise. Que compte faire le gouvernement pour éviter une telle éventualité ?

C’est la raison pour laquelle le programme Simandou 2040 (qui n’est pas le projet minier) est conçu pour être un programme intégrateur visant une économie diversifiée sur l’ensemble du territoire national. L’objectif est de ne pas tomber dans ce « syndrome hollandais » dont vous parlez. C’est un défi, et c’est aussi un défi au niveau de la conception des élites.

Pour changer, il faut remettre en question les paradigmes, impliquer de plus en plus tous les acteurs économiques, et privilégier l’appropriation du savoir-faire par les Guinéens ainsi que leur implication à tous les niveaux de décision. C’est très important.

Ce changement nécessite de la rigueur et de la détermination. Extraire de nos cerveaux la culture liée à l’économie de rente, présente depuis des siècles, pour adopter une culture d’industrialisation, de développement économique et de transformation majeure, n’est pas une chose aisée. C’est le défi qui doit être intégré dans le changement des paradigmes et dans le programme Simandou 2040.

Il y a quelques jours, le Général Mamadi Doumbouya vous a rendu une visite inopinée. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est tout à fait républicain. Il est le bienvenu à tout moment. Je pense qu’il a voulu montrer qu’il suit de très près les activités de tous les ministres, y compris celles du Premier ministre. C’est un plaisir pour lui de sortir pour s’oxygéner un peu. Je pense que le moment viendra où il étendra cela, que ce soit dans la capitale ou à l’intérieur du pays.

Quel est votre message pour clore cet entretien ?

Je dois dire que nous avons fait beaucoup de choses. Malheureusement, nous ne savons pas vendre suffisamment ce qui est fait. C’est ce qu’il faut corriger. Et nous demandons surtout à la presse d’être beaucoup plus regardante sur les types d’informations qui circulent.

Par exemple, prenons la question de GAC. J’entends des journalistes reprendre intégralement les déclarations de la partie adverse concernant le contentieux entre GAC et le gouvernement guinéen. Or, la question essentielle est la suivante : devons-nous continuer, décennie après décennie, à accepter que nos sous-sols soient exploités pour de la matière brute exportée telle quelle, pour être transformée ailleurs avec des niveaux de valeur ajoutée de plus en plus élevés ?

Notre responsabilité en tant que citoyens et gouvernants est totale. Faut-il sacrifier les intérêts du pays pour des intérêts circonstanciels, ou faut-il prendre des décisions majeures pour que les générations futures se disent que leurs prédécesseurs ont bien travaillé ? C’est ça la question de fond. Ce n’est pas une question d’un gouvernement contre qui que ce soit. C’est la question de l’avenir de ce pays.

Nous voulons que ce pays ne soit plus un pays où l’économie de rente continue de régner. Il faut de la transformation, de l’industrialisation, du développement agricole, des industries légères pour transformer nos produits afin que nous montions en échelle. Il nous faut des infrastructures de grande envergure, des chemins de fer, des ports, y compris des ports en eau profonde, pour que notre pays devienne ce qu’il aurait dû être depuis très longtemps : la locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest. C’est ça l’enjeu. Et quiconque n’est pas de cet avis peut se poser des questions sur son degré de patriotisme envers son pays.

Entretien réalisé par Boubacar 1 DIALLO &

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 25 août 2025 09:45

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