« Notre bulletin de notes est affiché sur les trottoirs » : Aboubacar Camara scelle un « contrat moral » avec les maires pour l’assainissement
CONAKRY- Dans le cadre de la redynamisation de la politique nationale d’assainissement, les maires des douze communes de Conakry ont formellement validé leurs Plans d’Actions Opérationnels (PAO). Cette étape cruciale, clôturée ce jeudi 13 août 2026, marque un tournant dans la gestion des déchets dans la capitale, avec des objectifs chiffrés et une obligation de résultats imposée par le département de tutelle.
Un « contrat moral » au-delà des liasses administratives
Pour le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, ces PAO ne sont pas de simples documents bureaucratiques, mais constituent un véritable « contrat moral » entre l’État et les populations.

« Notre métier est le seul de la République dont le bulletin de notes est affiché chaque matin sur les trottoirs. Quand nous réussissons, toute la ville le sait, et quand nous échouons, c’est toute la ville qui subit », a martelé le ministre lors de la cérémonie de clôture.

La performance au cœur de l’action
Le ministre a fixé des objectifs ambitieux, assortis d’échéances précises pour les prochains mois :
– Couverture de la pré-collecte : passer de 25 % à 70 % en moins de 180 jours ;
– Zones critiques : assurer une desserte de 100 % conformément au planning établi ;
– Points noirs : résorber 80 % des points noirs existants tout en empêchant leur reconstitution.
Le ministre a insisté sur la fin de « l’illusion du héros solitaire ». Il a souligné que l’assainissement constitue une chaîne dans laquelle la défaillance d’un seul maillon — qu’il s’agisse d’une commune, d’une PME ou de la Brigade de salubrité — compromet les efforts de l’ensemble.
Brigade de salubrité
Le ministre a également insisté sur le rôle que doit jouer la Brigade de salubrité dans le financement du mécanisme d’assainissement. Selon lui, les agents de cette brigade doivent être davantage mobilisés dans la répression des infractions liées à l’insalubrité et contribuer, à travers les amendes, au financement du dispositif.

« Il faut intégrer que la Brigade de salubrité doit participer au financement du mécanisme de l’assainissement », a déclaré Aboubacar Camara, évoquant la nécessité de motiver les agents déployés sur le terrain.
Le ministre a expliqué que les amendes issues des verbalisations sont versées sur le compte Orange Money de l’Agence nationale de la salubrité publique (ANSP), tandis que les maires sont informés de la situation des verbalisations et des montants collectés dans leurs communes.
Il a toutefois insisté sur le principe d’une gestion territorialisée des recettes. Ainsi, selon lui, les montants collectés dans une commune ne devraient pas être systématiquement affectés à une autre collectivité qui aurait enregistré moins de verbalisations.
« Si, par exemple, il y a beaucoup plus de verbalisations dans la commune de Ratoma, on ne prendra pas l’argent de Ratoma pour donner à la commune de Matoto où il n’y a pas eu de verbalisation », a-t-il expliqué.

Aboubacar Camara a, par ailleurs, appelé les maires à renforcer leur collaboration avec la Brigade de salubrité. Il a indiqué qu’une partie des recettes issues des amendes devrait permettre de soutenir le fonctionnement de la brigade et de motiver les agents sur le terrain. « Il faut les motiver, les jeunes qui sont sur le terrain, et derrière, il faut que cet argent serve à accompagner le processus au niveau des communes », a-t-il ajouté.
Le ministre a également évoqué les difficultés liées au financement des primes des agents de la Brigade de salubrité, précisant que des discussions sont en cours avec les autorités concernées et les maires afin de trouver des solutions.
Transparence et rigueur financière
Aboubacar Camara a également annoncé un durcissement des règles de gestion, notamment en matière de transparence financière. Désormais, la gestion des déchets devra s’appuyer sur une traçabilité rigoureuse des recettes issues des amendes et des taxes.
« La salubrité dans nos rues commencera par la salubrité de nos propres comptes », a averti le ministre, précisant qu’un mécanisme de financement pérenne est en phase finale d’élaboration afin de ne plus dépendre de subventions aléatoires.
Il a également rappelé le régime d’incompatibilité interdisant aux maires et aux responsables des zones de transit de détenir des entreprises privées opérant dans le secteur, afin d’éviter tout conflit d’intérêts.
À cette occasion, le ministre a annoncé plusieurs mesures structurantes, notamment la fermeture de la décharge de Dar-es-Salam au cours de la première semaine d’octobre 2026 et l’acquisition, en anticipation, de 150 engins et équipements spécialisés, dont des lève-conteneurs et des bennes tasseuses, afin de renforcer les capacités de collecte et de transfert.
L’arrivée prochaine de l’entreprise ghanéenne Jospong devrait également contribuer au renforcement des capacités des PME nationales à travers la formation, l’accompagnement technique et une meilleure structuration de la chaîne de gestion et de valorisation des déchets. La mise en place d’unités de transformation et de formations en cascade au bénéfice des communes et des PME devrait accompagner cette évolution.
Vers un changement de mentalité
Au-delà des aspects techniques, le ministre a appelé à une véritable révolution des mentalités. Il a déploré la stigmatisation des métiers de l’assainissement, estimant que cette perception freine l’engagement des jeunes et la professionnalisation du secteur.
« L’histoire ne vous demandera pas si vous avez fait comme avant. Elle vous demandera si l’on a vu une différence entre hier et aujourd’hui », a indiqué le ministre, invitant les maires à passer d’une logique d’interventions ponctuelles à une gestion rigoureuse, mesurable et orientée vers l’amélioration durable du cadre de vie des citoyens.
L’UNICEF réaffirme son engagement
La représentante résidente de l’UNICEF en Guinée, Maddalena Bertolotti, a, de son côté, réitéré l’engagement de son institution à accompagner cette initiative.

« Nous sommes et nous continuerons à être engagés pour soutenir et accompagner le ministère de l’Assainissement dans cette initiative de grande envergure. Nous soutenons les brigades de salubrité et nous continuons à les accompagner avec notre appui technique et financier. Nous tenons également à accompagner la révision de la politique nationale d’assainissement. Nous allons donc continuer à travailler avec le ministère et à lui apporter notre appui technique et financier », a-t-elle déclaré.
Les douze maires ont, pour leur part, réaffirmé leur engagement à assurer la mise en œuvre effective des PAO dans leurs collectivités.
Cette signature marque ainsi le passage progressif d’une logique d’interventions ponctuelles à une gestion structurée, coordonnée, mesurable et fondée sur les résultats.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 14 août 2026 13:11Nous vous proposons aussi
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