Guinée: Emploi, dialogue, croissance à deux chiffres…Bah Oury détaille la feuille de route du gouvernement
CONAKRY — Le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah a détaillé la feuille de route du gouvernement en matière de création de richesses, de protection sociale, d’emploi et de transformation économique. Insistant sur l’exigence d’une stabilité sociale durable et le rôle central du projet Simandou, le chef du gouvernement a dressé un panorama des défis et des priorités du pays. Avec pédagogie, le locataire de la Primature a décliné les grands orientations stratégiques de l’État guinéen.
1. Emploi, croissance à deux chiffres et lutte contre la pauvreté
Pour le chef du gouvernement, la réponse aux aspirations fondamentales des citoyens passe avant tout par la concrétisation des principes inscrits dans la loi fondamentale et par une accélération de la croissance économique.
« La question de l’emploi, la question d’un emploi décent, la question de mieux-être, est l’aspiration de chaque être humain. La constitution de la République de Guinée pour laquelle vous avez tous contribué à la diffusion, au partage et à l’adoption, elle est très exigeante. Je crois qu’on a ravi la vedette au syndicat, puisque pratiquement la plupart des revendications traditionnelles du milieu syndical sont intégrées dans la constitution de la République de Guinée. Et ça, c’est une exigence majeure et une corde autour du cou de tous les gouvernants actuels et futurs. Parce qu’il faut aboutir à la mise en œuvre des droits constitutionnels des Guinéens », a martelé le Premier ministre.
Amadou Oury Bah a chiffré l’effort économique nécessaire pour impacter durablement le niveau de vie de la population : « Aujourd’hui, notre ambition, à travers les différents projets du programme Simandou 2040, c’est de tirer la croissance économique du pays. Pour la simple raison que pour lutter contre la pauvreté, il faut créer de la richesse. Et cette richesse doit être correctement partagée. Pour que nous puissions inverser la courbe de la pauvreté, il nous faut, pendant une bonne durée, avoir un taux de croissance triple du taux de développement démographique. Nous avons un taux de croissance démographique d’environ 3,1%. Donc il nous faut nécessairement, un taux de croissance à deux chiffres dans la durée, pour répondre aux préoccupations d’une protection sociale renforcée pour tous nos compatriotes, et être en mesure de traduire dans la réalité le droit constitutionnel reconnu à chaque Guinéen. »

2. Le défi de la main-d’œuvre locale et du projet Simandou
Abordant la question de l’emploi direct sur le mégaprojet minier de Simandou, le Premier ministre a interpellé les acteurs sociaux et la jeunesse sur l’implication de la main-d’œuvre nationale. « Prenons l’exemple du Simandou. Il n’y a pas de statistiques, mais nos amis syndicalistes peuvent le savoir. La plupart des travailleurs, -certes il y a des Guinéens-, viennent d’ailleurs. Pourquoi nos compatriotes ne vont pas là où se trouve du travail ? Cela aussi il faut s’interroger. Il faut qu’on amène nos compatriotes à travailler. Il faut qu’on les amène à aimer le travail. Si on veut, on peut. Mais des fois, on a l’impression qu’on ne veut pas. Parce que pour changer, il faut suer », a-t-il martelé.
3. Stabilité sociale, pouvoir d’achat et dialogue permanent
S’adressant aux partenaires sociaux et aux syndicats, Amadou Oury Bah a insisté sur la nécessité de préserver la paix sociale pour maintenir la dynamique des investissements, tout en reconnaissant les contraintes liées à la cherté de la vie.
« Je vous encourage surtout dans cette période. Soyez attentifs. La stabilité, la pause sociale est une condition essentielle pour qu’on puisse continuer à aller de l’avant. Il faut y veiller. Il y a des impatiences, mais il faut montrer qu’il y a eu beaucoup d’efforts. Les salaires ont été augmentés. Oui ou non ? De manière significative. Non, des fois, il faut qu’on se dise la vérité. Mais c’est vrai, comme dit l’autre, le coût de la vie est particulièrement onéreux. Je vous le concède », a reconnu le chef du Gouvernement.

Rappelant le pacte social signé avec les syndicats et sous la médiation du président du dialogue social, il a appelé à privilégier la concertation plutôt que la confrontation : « Le gouvernement vous accompagnera, vous poussera à développer vos relations avec les partenaires sociaux, parce que les partenaires sociaux, soit ils sont en phase et tout se passera bien, soit ils vont mettre un grain de sable et la machine risque d’être déraillée. Nous avions signé, chers partenaires sociaux, un pacte. M. Alia est le président du dialogue social et un des garants. Quels que soient les problèmes, il ne faut pas gonfler les muscles lorsque le dialogue n’est pas engagé. Je pense qu’il faut que tous les syndicalistes soient sensibilisés sur cette approche de co-construction, de dialogue permanent, parce que ce n’est que par ce biais-là qu’on assure la stabilité et le développement durable. »
4. Retombées financières et capital humain
Concernant le financement des politiques publiques et de la protection sociale, le Premier ministre a rappelé l’affectation prioritaire d’une part substantielle des recettes minières à venir : « Nous avons l’obligation de faire en sorte que nous ayons les ressources pour pouvoir mettre en œuvre les droits constitutionnels reconnus à nos compatriotes. D’ores et déjà, dans cette phase actuelle, les 20% de revenus qui seront tirés du projet minier Simandou seront orientés vers le secteur social, vers le secteur du développement du capital humain. C’est déjà un gage que les choses vont aller mieux dans cette direction. »

5. Au-delà des mines : diversification et secteurs productifs
Tout en reconnaissant l’effet de levier initial du secteur extractif, Amadou Oury Bah a souligné les limites structurelles du secteur minier en termes de création d’emplois durables, plaidant pour une industrialisation et un investissement dans l’économie réelle.
« L’accélérateur qu’est le projet minier Simandou va atteindre ses limites dans la génération d’un taux de croissance économique élevé. Comme vous le savez, les mines ne sont pas suffisamment un secteur, -en dehors de la phase d’investissement- créateur d’emplois, d’où la nécessité absolue, conformément aux instructions du président de la République, d’aller dans le sens de la transformation. Et cette transformation est obligatoire au regard des impératifs constitutionnels que nous nous sommes donnés.
Les questions agricoles, les questions concernant l’industrialisation, devront nous permettre de trouver des moyens à tout moment de propulser, la transformation du pays. D’abord, les infrastructures (…). Parallèlement aux infrastructures, il faut obligatoirement investir dans les secteurs productifs, pourvoyeurs d’emplois :L’agriculture et par extension, l’élevage, la pêche. »
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 14 août 2026 19:11Nous vous proposons aussi
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