Restitution du crâne de l’Almamy Bocar Biro : Que prévoit la loi française ?
Le 27 juillet dernier, la République de Guinée a officiellement déposé auprès de la France une demande formelle visant la restitution du crâne de l’Almamy Bocar Biro Barry, conservé dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris. L’annonce a été faite par le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla.
« Nous avons une réponse de la partie française, nous informant que ces crânes ont été retrouvés. Et donc nous avons fait la demande officielle de restitution », annonce le ministre. Cette démarche vise à offrir une sépulture digne et conforme aux traditions funéraires et spirituelles à celui qui fut le dernier grand souverain indépendant de l’imamat théocratique du Fouta-Djalon.
La requête guinéenne englobe également les restes de trois de ses proches (notamment son père, son frère et son chef de guerre). Des comités scientifiques spécialisés ont été mis en place pour accompagner l’identification et le rapatriement de ces vestiges historiques, explique le Ministère guinéen de la Culture.
Qui était l’Almamy Bocar Biro ?
Ce résistant guinéen est décrit comme un souverain charismatique du Fouta-Djalon (fondé au XVIIIᵉ siècle). Ce royaume fut caractériser par un système unique d’alternance du pouvoir entre deux familles régnantes (les Alfaya et les Soriya).
Bocar Biro Barry accéda au pouvoir en 1890 avec la faction Soriya et régna sur l’imamat théocratique. Face à l’expansion coloniale française à la fin du XIXᵉ siècle, il refusa de céder la souveraineté de son territoire.
Une anecdote célèbre raconte que lorsqu’on lui présenta un traité de protectorat, il écrivit le mot arabe « Bismillah » (« Au nom de Dieu ») à la place de sa signature.
La bataille de Porédaka (1896)
En novembre 1896, l’armée française lance une offensive militaire contre le Fouta-Djalon. Le 13 novembre 1896, lors de la bataille de Porédaka, l’artillerie française, conduite par le capitaine Muller vient à bout de ses troupes.
Bocar Biro meurt les armes à la main à Botorë peu après. Sa tête fut brandie en trophée de guerre et ramenée en France par les colons. Le Fouta-Djalon fut annexer.
Que dit la loi française en matière de restitution des restes humains ?
Pendant longtemps, les restes humains conservés dans les collections publiques françaises étaient inaliénables. Il fallait voter une loi d’exception spécifique à l’Assemblée nationale pour chaque restitution.
La situation s’est assouplie et structurée avec la Loi n° 2023-1251 du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques.
Selon cette Loi, La dérogation au principe d’inaliénabilité est accordée exclusivement pour permettre la restitution à un État étranger à des fins funéraires.
La demande doit émaner d’un État souverain (agissant le cas échéant au nom d’un groupe humain dont la culture et les traditions restent actives).
Les restes humains doivent concerner des personnes mortes après l’an 1500 (ce qui est le cas pour Bocar Biro, mort en 1896). La collecte doit avoir porté atteinte à la dignité de la personne humaine, ou la conservation dans les musées doit contrevenir aux traditions et à la culture du groupe d’origine.
Pour le cas du résistant guinéen, la question ne se pose pas, car les us et coutumes ne tolèrent pas l’exposition des restes humains.
La procédure (Art. L. 115-7 & L. 115-8) :En cas d’identification, un comité scientifique paritaire est créé conjointement entre la France et l’État demandeur (Guinée) pour mener les travaux d’analyse scientifique et d’identification.
Une fois le rapport rendu et la preuve établie, la sortie du domaine public est prononcée par décret en Conseil d’État, rendant la restitution effective sans nécessiter le vote d’une nouvelle loi au Parlement.
Focus Africaguinee.com
Créé le 7 août 2026 18:55









