One Time Poué : « Je veux marquer mon temps et laisser une trace pour la jeunesse »
Artiste, chanteur et compositeur, Aboubacar Soumah, connu sous le nom de One Time Poué, est l’une des voix marquantes de la scène musicale guinéenne. Révélé au sein du collectif DHR avant de poursuivre une carrière solo, il s’est imposé par son style engagé, mêlant dénonciation sociale et rythmes modernes. Dans cette interview exclusive accordée à Africaguinée.com, il revient sur son parcours, ses choix artistiques, ses rapports avec le pouvoir et ses projets futurs.
AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi le surnom One Time ?
One Time est un mot anglais qui signifie « un temps », un moment. Je suis là pour un objectif très précis : accomplir ma mission, entrer dans l’histoire de manière positive et laisser une trace pour la génération future. Voilà pourquoi One Time.
Comment avez-vous débuté ?
ONE TIME: Ma carrière musicale se porte très bien, comme vous pouvez le constater. Avant même l’aventure avec le collectif DHR, j’ai commencé dans mon quartier, à Hafia. Au début, il y avait les « staffs », ce que les gens appelaient des clans dans les années 2000. Comme nous n’avions pas assez de moyens pour nous imposer autrement, nous nous sommes transformés en artistes pour représenter nos staffs. Le mien s’appelait Zbola Family.
En 2003, j’ai décidé de me consacrer véritablement à la musique. D’abord avec Zbola Family, puis avec un premier groupe appelé Black Jungle. Ensuite, j’ai travaillé avec deux jeunes de la Minière, Boomba et Dental. Finalement, j’ai choisi de me lancer en solo. À l’époque, on m’appelait Cool B Imposant.

Après l’université, j’avais déjà des sons qui fonctionnaient bien. C’est alors que Krea de l’Asia a parlé de moi à Manaja Will. Michael Moore m’a ensuite intégré dans la compilation Banlieue brûle. Puis, j’ai rejoint le collectif DHR, avec lequel nous avons sorti l’album Hip Hop Nevada en 2013 à la plage de Takonko. Quand les choses ne se passaient pas comme je le souhaitais, j’ai pris mon destin en main et choisi d’évoluer en solo. Pour moi, ce n’était pas une question d’argent, mais de vision. En solo, tu assumes tes choix et tes convictions.
Vous avez combien d’albums aujourd’hui ?
J’ai enregistré plusieurs albums qui ne sont jamais sortis. Après le collectif, j’en ai fait un à Dakar, puis un autre, mais aucun n’a été publié. C’est finalement le troisième, sorti après la crise du COVID-19, qui a été connu du grand public comme mon premier. Il est paru le 7 mai 2022, grâce notamment au soutien de Macka Traoré, de Krea de l’Asia et d’autres grands frères du milieu.
Vos chansons dénoncent souvent la violence, la corruption et l’injustice. Pourquoi ce choix ?
C’est l’effet de la société. J’ai choisi cette ligne parce que je veux marquer mon temps. Quand tu veux entrer dans l’histoire, il y a des valeurs à défendre et des causes à porter. Même si je ne suis plus de ce monde demain, mes chansons témoigneront de mes convictions.
Quels sont vos rapports avec le gouvernement ?
Aucun lien. Je suis un artiste solitaire, neutre. Je ne suis impliqué ni dans le gouvernement ni dans l’opposition. J’ai des proches dans l’administration, mais cela ne m’oblige pas à soutenir un camp. Je défends une cause précise et je n’ai de comptes à rendre à personne, ni au pouvoir ni à l’opposition.
Si vous aviez la possibilité de chanter pour le président de la Transition ?
Il y a plusieurs façons de chanter pour un président. Moi, je l’ai déjà fait à travers ma chanson “I don’t”, qui était un appel à la prudence et à la bonne gestion du pays. Ce n’était pas pour flatter qui que ce soit, mais pour sensibiliser. C’est ça, mon rôle d’artiste.
Avez-vous des regrets dans votre carrière ou votre vie ?
Aucun regret. J’ai traversé des moments difficiles, connu la trahison à plusieurs reprises, mais je considère cela comme des étapes de la vie. Je préfère assumer mes choix. Chaque épreuve forge un homme.
Quel regard portez-vous sur la musique de la jeune génération ?
La musique évolue, et chaque génération a sa vision. Mais je pense que certains thèmes doivent être abordés avec plus de responsabilité. Nous avons besoin d’artistes capables d’élever les consciences, de chanter l’amour, de porter des messages positifs, pas seulement de surfer sur la dépravation.
Êtes-vous satisfait du BGDA ( Bureau Guinéen du Droit d’Auteur ?

Il y a des améliorations. Avant, les artistes faisaient la queue pour toucher leurs droits. Aujourd’hui, grâce au digital, tout passe par les banques et c’est plus transparent. Mais il reste encore du chemin à parcourir. Le BGDA doit s’inspirer de pays comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal pour aller plus loin.
Si vous rencontriez le président de la Transition, que lui diriez-vous ?
Le président est le père de la Nation. Si mon père m’appelle, j’irai le voir, et je lui dirai ce que je pense de la situation du pays, sans chercher à lui plaire. Mais je préfère garder ces propos pour le jour où je serai effectivement face à lui.
Quels sont vos rapports avec Djanii Alpha ?
Djanii Alpha et moi avons de très bons rapports fraternels. Nous nous respectons mutuellement, même si nous ne défendons pas la même ligne.

Quels sont vos projets futurs ?
Le plus grand projet de tout être humain, c’est d’entrer au paradis. Mais avant cela, mon rêve le plus cher est de me marier et d’avoir des enfants. Je veux me responsabiliser et penser à l’avenir de ma famille.
Votre message de fin ?
Je remercie le peuple de Guinée et le site d’information Africaguinee.com pour cette interview. J’espère que notre pays aura enfin ce qu’il mérite.
Interview réalisée par Yayé Aïcha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 14 septembre 2025 11:58









