Me Alpha Amadou DS Bah : « Nous attendons que Marcel dise l’implication du président Dadis dans le massacre…»

CONAKRY-Après près de deux mois d’interruption, le procès des auteurs présumés du massacre du 28 septembre 2009 reprend ce lundi 11 juillet 2023. Cette reprise est très attendue, puisque pendant que les audiences étaient en bernes, un des suspects clefs du massacre, en l’occurrence le capitaine Marcel Guilavogui a promis de revenir à la barre pour dire ce qui s’est passé. Comment la partie civile attend-il cette reprise du procès ? Quelles sont ses attentes par rapport aux révélations promises par l’ex garde du corps de Dadis Camara ? Quel crédit faudra-t-il accorder à ses propos ? Africaguinee.com a interrogé l’avocat maître Alpha Amadou DS Bah. Entretien exclusif.

Africaguinee.com : Vous êtes l’un des avocats de la partie civile dans le procès des auteurs présumés du massacre du 28 septembre 2009. Après deux mois d’interruption, les audiences sont censées reprendre ce lundi 10 juillet. Dans quel état d’esprit attendez-vous ces audiences ?

MAÎTRE ALPHA AMADOU DS BAH : Nous reprendrons ces audiences avec beaucoup d’enthousiasme et aussi de détermination à poursuivre cette affiche. Parce que depuis deux mois qu’il y a eu cette suspension, il y a eu beaucoup de choses qui se sont produites entre temps. Et nous espérons que les rebondissements qui sont annoncés pourront avoir lieu et que la vérité va davantage jaillir au cours de ce procès.

Rebondissements certes, parce qu’il y a Marcel Guilavogui, un des présumés suspect clefs de ce massacre qui a promis de revenir à la barre pour dire clairement ce qui s’est passé. Ce qu’il n’avait pas fait, lors de sa première comparution. De quoi vous vous attendez réellement ?

Nous nous attendons à ce que Marcel décrive de façon claire et précise comment le massacres du 28 septembre a été planifié, comment l’organisation a été orchestré, quels sont les donneurs d’ordre, et quels sont ceux qui ont exécuté ces atrocités. L’autre attente, c’est surtout qu’il dise l’implication du président Dadis Camara.

Donc, nous attendons beaucoup de son témoignage et nous savons que c’est un maillon fort de ce régime qui à l’époque des faits, a tout fait pour planifier et exécuter ce massacre, et après à étouffer à travers la dissimulation des corps. Donc nous attendons beaucoup de son témoignage et nous espérons qu’il tiendra parole et surtout il ira jusqu’au bout dans sa démarche de dire la vérité, parce que nous savons tous, lors de son passage, il avait nié en bloc les faits. Aujourd’hui, il a décidé de se repentir. Et cela ne pourra qu’aider à la manifestation de la vérité et surtout rétablir les faits, parce que nous avons besoin de comprendre comment un régime au plus haut sommet de l’Etat a pu organiser ce massacre.

Quel crédit il faudra-t-il accorder à ces nouvelles révélations qui sont annoncées pour quelqu’un qui a tout nié en bloc lors de sa première comparution ?

Depuis le départ, on savait que Marcel mentait. Donc, nous savions tous qu’il était impliqué dans cette affaire et qu’il était en train de couvrir notamment Dadis en raison des liens de parenté entre lui et le président Moussa Dadis. Il s’est rendu compte qu’il risquait la perpétuité, donc aujourd’hui, je pense que nous pourrons analyser les déclarations qu’il tiendra à la barre, parce qu’il a quand-même à faire à un monde judiciaire très professionnel (magistrats aguerris, avocat avertis, etc.). Je pense que nous saurons tirer le bon grain de l’ivraie.

D’ores et déjà, le fait d’avoir annoncé son retour à la barre pour expliquer comment les faits se sont produits, et surtout la panique que cela a suscité autour de l’entourage du capitaine Dadis, nous pensons que nous pouvons lui accorder le crédit, en attendant que d’autres informations nous parviennent.

Le camp de Dadis annonce une plainte contre Marcel pour tentative de chantage. Qu’est-ce que cela renvoi à votre avis ?

Effectivement, il y a la panique parce qu’ils avaient bâti toute leur défense autour du silence de Marcel notamment. Et aujourd’hui, cette défense est en train de se fissurer, parce qu’un des maillons forts est en train de quitter le navire qui est en train de sombrer dans la mère profonde. Donc, cette plainte n’est qu’une fuite en avant. Ce n’est tout simplement pour servir de prétexte pour éventuellement discréditer ce que Marcel dira. Dans tous les cas, Marcel n’était pas seul au niveau de l’entourage du président Dadis. Il y a beaucoup d’autres témoins qui ont été entendus à cet effet. Je pense que la déclaration qu’il tiendra pourra être vérifiée plus tard. Mais la démarche du président Dadis et des avocats, est juste pour camoufler l’inévitable.

Aujourd’hui beaucoup s’interrogent sur les raisons qui poussent Marcel à revenir tout d’un coup à la charge pour dire ce qui s’est passé. Est-ce que selon vous il y a un deal qui n’a pas été respecté ?

Je pense qu’il s’agit d’une prise de conscience, parce que certainement il est pris de remords. Et aussi, peut-être pour sauver sa peau et se tirer d’affaire. Parce qu’en restant dans sa posture actuelle, il risque la perpétuité. En niant même l’évidence, sa mauvaise foi a été établie. Maintenant, s’il se repend, il explique au juge et au monde entier ce qu’il a fait, ce qu’il a vu, ce qu’il a vu faire…, je pense que cela pourrait plaider en sa faveur le moment venu. Mais en ce qui concerne le deal, je pense que s’il y avait deal, c’est entre lui et l’entourage du capitaine Moussa Dadis Camara. Si cela n’a pas été respecté, moi je n’en sais rien. Mais ce qui est important, c’est ce que Marcel dira à la barre. Et nous attendons avec impatience son retour à la barre pour justement élucider plusieurs zones d’ombres qui ont été savamment omises par le capitaine Dadis, le Colonel Tiégboro, le Colonel Pivi et surtout le docteur Chérif Diaby, parce que ce sont eux qui sont les principaux instigateurs dans cette affaire. Donc si son récit est cohérent, nous le saurons.

Est-ce que le Parquet a été saisi pour annoncer le retour de Marcel à la barre ?

Il ne s’agit que des suppositions, parce que nous, nous allons le lundi avec un certain nombres de victimes. Maintenant si la nécessité s’impose que Marcel doit comparaître, il est évident que nous soutiendrons la démarche et nous espérons que tous ceux qui ne sont pas opposés à la manifestation de la vérité l’accepteront. Dans tous les cas, le dernier mot reviendra au tribunal. C’est lui qui estimera nécessaire ou pas, de suspendre l’audition des parties civiles et de permettre à Marcel de comparaître, ce qui n’est pas interdit par notre code de procédure pénale.

A suivre…

Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 juillet 2023 12:17

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