Forêt classée de Kakimbo : un rempart écologique en danger (reportage)

CONAKRY- Alors que la capitale guinéenne étouffe sous le poids de l’urbanisation incontrôlée, la forêt classée de Kakimbo résiste encore à l’urbanisation galopante. Située en plein cœur de l’effervescente capitale guinéenne, la forêt classée de Kakimbo, qui s’étendait sur 115 hectares ne couvre aujourd’hui que de 29 hectares entre béton, déchets, et pressions humaines. Un espace menacé, mais vital, à l’heure où les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir.

Ce patrimoine écologique aujourd’hui menacé par les actions anthropiques de l’homme a été classée pour la première fois sous l’administration coloniale, puis reconnue par décret présidentiel en 1983 sous l’égide du président Ahmed Sékou Touré. La forêt classée de Kakimbo est bien plus qu’un simple espace vert, elle représente un véritable patrimoine national et un poumon écologique dans une ville étouffée par la densité urbaine.

La Forêt classée de Kakimbo joue un rôle crucial dans la régulation de l’air, la lutte contre la chaleur, mais aussi dans l’alimentation en eau potable de plusieurs communes grâce à ses neuf forages actifs. Outre son rôle environnemental, la forêt classée de Kakimbo constitue aussi un lieu de détente, de récréation et de ressourcement pour les populations. En saison sèche, nombreux sont ceux qui y trouvent refuge pour respirer un air plus frais.

La forêt de Kakimbo abrite plusieurs espèces végétales, locales et introduites, aux vertus médicinales reconnues : le Neem, le Tectona Grandis, le Mangifera Indica et d’autres espèces locales, tels que : le Baobab, le Néré, le Tamarindus indica, l’acacia, Gmelina Arborea, l’acacia Mangium. Des plantes utilisées traditionnellement pour traiter la fièvre, le paludisme ou encore comme aphrodisiaques. Une pharmacie naturelle à ciel ouvert.

« Le Neem on l’utilise contre le paludisme, la fièvre. Il y a le aussi le Tectona Grandis contre la fièvre typhoïde. Il y a encore les autres racines qu’on utilise pour le traitement aphrodisiaque », a expliqué le Chef section Forêts et Faunes de la Commune de Ratoma, Lieutenant Mamadou Diallo.

« On ne peut pas finir de citer toutes les vertus de cette forêt », confie le Directeur communal de l’environnement à Ratoma au micro d’Africaguinee.com. Selon Aboubacar Camara, la forêt de Kakimbo a une importance énorme et incalculable.

« La première importance de la forêt Kakimbo, c’est l’importance économique. Cette forêt, il y a des arbres ici quand ils atteignent l’âge d’exploitabilité, on peut les exploiter. Encore, c’est une importance purement écologique. Voyez comment c’est touffu, la forêt Kakimbo, avec les arbres qui sont là. Donc, ça enrichit l’atmosphère en oxygène que nous respirons. Donc, en saison de sèche, les gens sont réguliers dans cette forêt-là pour prendre de l’air frais, pour bien respirer, pour bien se recréer. Ça a une importance écologique.

Une autre importance aussi, c’est au niveau de l’exploitation des eaux de consommation. Il y au total 9 forages dans cette forêt qui alimentent les communes de Ratoma, Dixinn et une partie de Kaloum en eau potable. En plus, la forêt Kakimbo a une importance récréative. Souvent, les gens viennent se recréer ici, mettre des tentes, se reposer, prendre de l’air frais. Donc, c’est très important.

Encore, cette forêt Kakimbo abrite un abattoir. Vous savez il n’y a pas d’abattoir moderne à Conakry, pour le moment. Donc, c’est la forêt Kakimbo qui abrite l’abattoir parce qu’il n’y a pas d’abattoir et c’est le ministère de l’élevage qui a fait un écrit au ministère de l’environnement pour un prêt, jusqu’à ce qu’il y ait un abattoir moderne. Donc pour le moment, l’abattoir est dans la forêt de Kakimbo ici et a une importance capitale.

Encore, la forêt Kakimbo constitue aussi un poumon d’oxygénation pour la population de tout Conakry. Parce que même de passage, vous sentez qu’avec la fraîcheur et l’humidité qui sont là, ça fait bon vivre », a expliqué Aboubacar Camara.

Mais cette biodiversité est aujourd’hui gravement menacée par l’occupation anarchique, les coupeurs clandestins des plantes, les décharges d’ordures sauvages, et l’insécurité croissante. L’absence de clôture complète de la forêt favorise les intrusions, tandis que la criminalité a poussé les autorités à y installer la BAC N°8, une unité spéciale de lutte contre la criminalité composée des gendarmes et des policiers.

« Les difficultés sont énormes. La forêt n’est pas totalement clôturée. Une partie est clôturée mais l’autre ne l’est pas et à un moment donné aussi, la clôture est tombée, donc les gens rentrent n’importe comment dans la forêt Kakimbo. En plus, les gens prennent les ordures dans le quartier, chez eux, ils viennent jeter dans la forêt parce que ce n’est pas contrôlé. Encore, il y a des clandestins aussi qui viennent couper des arbres n’importe comment sans se référer à personne. En même temps il y a le problème de la criminalité aussi, la forêt de Kakimbo constitue un nid de bandits. Comme c’est obscur, c’est une forêt, la plupart des gens n’ont pas accès donc les bandits qui font la criminalité à travers la ville, viennent se cacher ici. C’est ce qui a fait l’objet même de la création du BAC N°8 dans cette forêt pour au moins sécuriser la zone un peu », a ajouté le Directeur communal de l’environnement de la commune de Ratoma.

Abattoir au cœur de la forêt, un paradoxe écologique

Paradoxalement, l’un des abattoirs de Conakry est actuellement implanté dans la forêt de Kakimbo. Une situation provisoire, mais controversée. Si les bouchers assurent veiller à la propreté des lieux, les experts environnementaux dénoncent l’impact de cette activité sur la biodiversité et l’écosystème fragile de la forêt.

« Nous n’avons pas choisi d’être là, c’est le ministère qui nous a placés ici », explique Thierno Bella Bah, responsable de l’abattoir. « Nous nous sommes là depuis très longtemps mais on préserve l’état de l’endroit où nous sommes, on nettoie tous les jours pour rendre propre, on ne touche pas aux arbres de la forêt et on n’impacte pas la forêt. L’Etat sait que nous sommes ici parce que nous n’avons pas d’abattoir moderne. Nous demandons au gouvernement de nous aider à finir la construction de l’abattoir moderne de Kagblen pour qu’on quitte ici. En plus de nous aider à avoir un parc de bétail moderne parce qu’on ne peut pas vivre comme ça dans une capitale », a-t-il lancé.

L’autre crainte des environnementalistes, c’est l’installation d’un Centre de tri et de traitement des ordures dans la forêt classée de Kakimbo. Interrogé sur l’impact de ce Centre sur la Forêt, Ibrahima Kalil Camara affirme que ce Centre n’a aucun impact sur la forêt.

« Notre présence ici n’impacte pas la forêt parce que la clôture est très haute. En fait, c’est une zone de transit des ordures, les ordures ne durent pas ici et on ne sent pas l’odeur des ordures derrière la cour. Les motos tricycles envoient les ordures ensuite les camions viennent les prendre pour les envoyer à la décharge. Donc, c’est seulement les tricycles qui rentrent ici. Quand le conteneur est rempli, le camion vient, il prend le conteneur pour aller déverser les ordures au niveau de la charge », a affirmé le Gérant de la Zone de tri et traitement des ordures de Kakimbo.

Face à l’érosion et à la dégradation de la forêt, les habitants des quartiers environnants ont lancé un projet de reboisement communautaire, soutenu par la Mairie de Ratoma. Une initiative saluée par Ahmed Sékou Traoré, président de la délégation spéciale de la commune : « Ce sont des citoyens responsables. Ils ont pris l’initiative de protéger leur source d’eau et leur forêt. Il faut les féliciter », a lancé Ahmed Sékou Traoré.

« Il faut regretter qu’avant notre arrivée, certains ont contribué fortement à déboiser, à déforester ce site. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de reboisement de ce site-là. Ainsi, il y a cette particularité, ce quartier Kipé, la zone qu’on appelle 5 tuyaux, c’est une source d’eau de la forêt Kakimbo.

Les autorités de ce quartier ont constaté qu’il y avait l’érosion qui était en train d’impacter négativement et fortement cette partie de la forêt. Ils ont donc pensé élaborer un projet de reboisement et venir vers la Mairie. Ainsi, après un constat, il était important que la Mairie appuie financièrement dans le budget local cette activité de reboisement. Parce qu’il est nécessaire de le faire. Il faut encourager les actions territoriales et surtout les actions locales. Ce n’est pas quelqu’un qui les a enseignées, c’est de leur propre constat.

Dans cette zone, aujourd’hui, il y a une particularité. Tous les citoyens de ce quartier et de ce secteur sont abonnés aux PME de collecte des ordures. Ils refusent désormais d’infecter la source d’eau qui est là. Cela mérite les félicitations et les encouragements. Nous vous rassurons que dans un an, vous pouvez visiter ce point reboisé. Vous verrez, grâce à la protection et au suivi des territoires par les autorités, que cette partie sera revêtue. C’est ce qui est important pour nous. C’est pour dire qu’il faut les féliciter », a lancé le présent de la délégation spéciale de Ratoma.

Quelles solutions pour sauver Kakimbo ?

La solution, selon les autorités locales, est claire : terminer la clôture, déguerpir les installations illégales, et renforcer les capacités des agents forestiers. Sans cela, la forêt de Kakimbo risque de disparaître sous la pression humaine, entraînant avec elle une perte écologique, sanitaire et sociale inestimable.

« Si l’abattoir pouvait être transféré ailleurs, ça serait mieux. Parce que sa présence dans cette forêt impacte la biodiversité, impacte la forêt elle-même et impacte l’écosystème. Nous demandons aussi à ce qu’on achève la clôture parce cela pourrait sauver cette forêt et nous faciliter le travail », a lancé Lieutenant Mamadou Diallo.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le 18 juillet 2025 13:44

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