Route Lola-Nzoo-frontière ivoirienne: La fin d’un long calvaire… « reportage »
LOLA-Pendant plusieurs années, parcourir la route nationale reliant Lola à la frontière ivoirienne en passant par la sous-préfecture de Nzoo relevait d’un véritable parcours du combattant. Les automobilistes alternaient entre des portions bitumées et de longs tronçons en terre, où la poussière en saison sèche et la boue pendant hivernage rendaient la circulation pénible. Ce contraste était d’autant plus frappant que, de l’autre côté de la frontière, la chaussée ivoirienne était entièrement revêtue.

Aujourd’hui, le décor a radicalement changé. Au terme d’une immersion réalisée sur cet axe stratégique du sud-est guinéen, Africaguinee.com a pu constater que les travaux de bitumage touchent pratiquement à leur terme. Les équipes sont présentes sur le terrain et le revêtement en enrobé est désormais arrivé jusqu’à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Une avancée majeure pour les populations locales qui voient enfin se concrétiser un projet longtemps attendu.

Au-delà d’une simple infrastructure routière, cette route représente un véritable corridor économique destiné à renforcer les échanges entre la Guinée et la Côte d’Ivoire tout en favorisant l’intégration régionale au sein de l’Union du Fleuve Mano.
Un projet stratégique longtemps interrompu
Le bitumage de la route Lola-Nzoo-frontière ivoirienne constitue l’un des projets routiers majeurs du sud-est guinéen. D’une longueur de 39,75 kilomètres, il est financé principalement par la Banque africaine de développement (BAD) dans le cadre du Programme d’aménagement des routes et de facilitation des transports de l’Union du Fleuve Mano, avec l’État guinéen comme maître d’ouvrage.
L’ambition est de désenclaver la préfecture de Lola, améliorer la mobilité des populations, faciliter le transport des personnes et des marchandises, tout en renforçant les échanges économiques entre les deux pays voisins.

Mais avant d’atteindre ce niveau d’avancement, le chantier a connu plusieurs années de ralentissement. Certaines portions étaient achevées alors que d’autres demeuraient totalement en terre, donnant naissance à une route « par séquences » qui compliquait fortement la circulation. Selon les différents acteurs rencontrés sur le terrain, cette interruption était principalement liée au processus d’indemnisation des personnes affectées par les travaux.
« Le projet était en souffrance »
Fraîchement élu à la tête de la commune urbaine de Lola, Hamed Sanoh ne cache pas sa satisfaction face à l’évolution actuelle du chantier.
« C’est un sentiment de joie pour toute la population de Lola. Ce projet était véritablement en souffrance. À un moment donné, les travaux étaient complètement arrêtés. Mais depuis leur reprise, nous avons constaté une continuité sans interruption. Aujourd’hui, nous estimons que les travaux sont réalisés à près de 95 % », explique-t-il.

Le maire explique que cette interruption était essentiellement liée aux exigences du bailleur de fonds concernant les personnes impactées par le projet. « La Banque africaine de développement est très attachée au respect des engagements sociaux et environnementaux. Les retards étaient dus au processus d’indemnisation des personnes affectées. Aujourd’hui, pratiquement tous les impactés ont été indemnisés, ce qui a permis la reprise normale des travaux. »
Sur le terrain, cette reprise est visible à chaque kilomètre parcouru. Entre Lola et Nzoo, les engins poursuivent les derniers travaux de finition pendant que les véhicules circulent déjà sur un revêtement flambant neuf.
Un contraste qui appartient désormais au passé
Dans la commune rurale de Nzoo, les souvenirs des années de difficultés restent encore très présents. Pour Souanan Momou, maire de cette collectivité, l’achèvement progressif de la route constitue une immense satisfaction.

« Lorsque la route était réalisée seulement par endroits, c’était très amer pour nous. Quand on allait en Côte d’Ivoire, on voyait une belle route de leur côté alors que chez nous les travaux étaient bloqués. Pourtant, les deux projets avaient été financés à la même période. Aujourd’hui, voir cette route entièrement bitumée est une immense joie », confie-t-il.

Le responsable communal insiste sur les changements immédiats observés dans le quotidien des habitants. « Même en pleine saison des pluies, les motos arrivent propres. Les véhicules circulent normalement. Avant, c’était la poussière, la boue et les nombreuses difficultés. Aujourd’hui, les déplacements sont beaucoup plus faciles », explique M. Momou
« Les Ivoiriens se moquaient de nous »
Ancien président de la délégation spéciale de Nzoo, Lana Dao Traoré se souvient encore des nombreuses moqueries dont étaient victimes les transporteurs guinéens lorsqu’ils franchissaient la frontière. Le doyen raconte une anecdote qui résume à elle seule le sentiment d’abandon qu’éprouvaient les populations : « Les chauffeurs ivoiriens disaient souvent à nos conducteurs de laver leurs pneus avant de monter sur leur goudron. Pour eux, il n’y avait pas de route du côté guinéen. C’était très humiliant. »

Selon lui, l’arrêt du chantier était également lié aux questions d’indemnisation des personnes touchées par l’emprise de la route. « Beaucoup n’avaient pas encore été dédommagés. Finalement, les choses ont été réglées et les travaux ont repris. Aujourd’hui, nous sommes très fiers de voir cette route pratiquement achevée. »
À ses yeux, cette infrastructure constitue un véritable levier de développement pour toute la sous-préfecture de Nzoo, même s’il estime que d’autres défis restent à relever, notamment l’accès à l’eau potable, l’amélioration du centre de santé et la construction d’infrastructures scolaires dignes de nom.
Quand la route transforme le quotidien des populations
Sur l’axe Lola-Nzoo-frontière ivoirienne, les effets du bitumage se lisent désormais sur les visages autant que sur la chaussée. Les témoignages recueillis par Africaguinee.com convergent tous vers une même réalité : la route ne réduit pas seulement les distances, elle change profondément les habitudes de vie, améliore la mobilité et redonne confiance aux populations. À Lola comme à Nzoo, les habitants évoquent la fin d’un long calvaire marqué par la poussière, les bourbiers et les pannes répétitives des véhicules.
Conducteur de taxi-moto depuis plusieurs années, Aboubacar Sidibé fait partie de ceux qui mesurent quotidiennement les effets de cette nouvelle infrastructure. Pour lui, la différence est particulièrement visible sur le tronçon menant vers la frontière ivoirienne.

« J’y vais régulièrement. Avant, même en roulant doucement, les véhicules souffraient énormément. Aujourd’hui, la route est bien aménagée. Nous travaillons dans de meilleures conditions. »
Un constat partagé par Jean-Baptiste Batouata, assistant foncier rural à la préfecture de Lola. Selon lui, les nouvelles voiries urbaines et le bitumage de la route nationale facilitent désormais les déplacements des fonctionnaires, des commerçants et des usagers. Il cite notamment l’exemple du village de Gogota, situé à quelques kilomètres de Lola. « Il arrivait que des véhicules restent immobilisés pendant plusieurs heures. Certains passagers terminaient leur trajet à pied. Aujourd’hui, quelques minutes suffisent pour rallier Lola. »

Une bouffée d’oxygène pour les échanges commerciaux
Au-delà du confort des usagers, cette route constitue un enjeu économique majeur. Située à proximité immédiate de la Côte d’Ivoire, la préfecture de Lola entretient d’importants échanges commerciaux avec les localités ivoiriennes voisines. Produits agricoles, marchandises diverses, matériaux de construction et biens de consommation transitent quotidiennement par ce corridor.
Lorsque certaines portions de route demeuraient en terre, les coûts de transport augmentaient sensiblement. Les chauffeurs étaient contraints de ralentir, les véhicules s’embourbaient fréquemment et les marchandises mettaient parfois plusieurs jours à rejoindre leur destination.
Pour Roland Gustave Sagno, citoyen de Nzoo, cette situation appartient désormais au passé. « Les produits qui partaient de chez nous vers Lola, Nzérékoré ou Conakry prenaient énormément de temps. Cela provoquait beaucoup de pertes pour les commerçants. Aujourd’hui, la circulation est beaucoup plus fluide et cela contribue au développement de notre sous-préfecture. »

Les transporteurs interrogés soulignent également une baisse progressive des dépenses liées aux réparations mécaniques. Suspensions, amortisseurs, pneumatiques et pièces de direction étaient auparavant mis à rude épreuve par les nombreux tronçons dégradés. Avec une chaussée entièrement bitumée, ils espèrent désormais réduire leurs coûts d’exploitation tout en augmentant la fréquence des rotations.

Un corridor stratégique entre deux pays
Au-delà de son importance locale, cette route représente un maillon essentiel des échanges entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Chaque jour, commerçants, transporteurs, voyageurs et opérateurs économiques empruntent cet axe frontalier. L’amélioration de cette liaison devrait contribuer à fluidifier davantage les mouvements des personnes et des marchandises tout en renforçant l’intégration économique entre les deux États.
Les populations y voient également un facteur d’attractivité pour les investissements privés. Dans la commune rurale de Nzoo, le maire Souanan Momou estime que cette nouvelle route facilitera le développement des projets miniers et agricoles de la zone. Il évoque notamment les perspectives liées aux sociétés minières installées dans la localité, dont les activités pourraient générer des emplois et stimuler l’économie locale.

De retour de Nzoo, Paul Foromo SAKOUVOGUI,
Correspondant Régional d’Africaguinee.com en Guinée Forestière.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 10 août 2026 07:49Nous vous proposons aussi
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