Drissa Traoré, Secrétaire Général de la FIDH sur le procès de Dadis et cie: « Les accusés sont dans le déni mais… »

CONAKRY- A l’occasion de la commémoration du quatorzième anniversaire du massacre du 28 septembre 2009, Africaguinee.com a interrogé Me Drissa Traoré, Secrétaire Général de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme). Dans cet entretien ce responsable de la FIDH, constituée partie civile dans le procès en cours des auteurs présumés des exactions, livre son analyse.

AFRICAGUINEE.COM : Ce jeudi 28 septembre 2023 marque le 14ème anniversaire des atrocités de 2009 mais aussi l’an un de l’ouverture du procès des autres présumés du massacre. Dans quel état d’esprit êtes-vous en commémorant ce double anniversaire et quelle est votre regard sur le déroulement du procès jusque-là ?

MAÎTRE DRISSA TRAORÉ : Lorsque l’annonce de l’ouverture du procès a été faite, il y a eu beaucoup de commentaires. Certains ont dit, pourquoi c’est sous la transition qu’on l’organise ? Pourquoi ne pas attendre que les élections se déroulent. Mais nous (FIDH), pensons qu’il était temps que le procès s’ouvre. Nous avons salué la décision du président de la transition et du gouvernement de la transition d’avoir permis l’ouverture de ce procès-là. Et pour la première fois en Guinée, de tels crimes sont jugés surtout au regard des accusés, en tout cas de la qualité des personnes qui sont dans le box des accusés, qui sont comme nous le savons tous, des présumées innocentes.

Certains dénoncent une « théâtralisation » du procès avec à la clef la recherche du sensationnel, voire de la propagande pour profiter du large auditoire plutôt que de se fixer sur les faits. Avez-vous le même sentiment ? 

En fonction de la position qu’on occupe dans le procès, chacun choisit la manière dont il entend se faire entendre. Nous, ce que nous constatons, ce sont des personnes qui sont appelées à la barre (accusés, témoins, victimes), qui viennent pour donner leur part de vérité. Et c’est au sortir de tout cela qu’aussi bien nous les avocats de la partie civile, allons faire notre plaidoirie. Que la défense va présenter ses moyens de défense, le parquet également va soutenir son accusation ou ne pas soutenir son accusation. Et puis le tribunal va nous donner la vérité judiciaire.

Il faut quand-même saluer que ce procès soit intégralement diffusé. C’est important. Chacun peut se faire une petite idée, même si on n’est pas juriste. On voit, on entend. Ce n’est pas une affaire qui se passe dans une case sacrée, où on dit il y a les avocats, le parquet etc., et puis un beau matin on a une décision.

Jusque-là aucun accusé n’a reconnu sa responsabilité de ce dont on lui reproche. A ce rythme êtes-vous optimistes qu’on aboutira de sitôt dans la quête de la vérité ? 

Nous espérons que dans le procès qui se déroule là, à la fin, les responsabilités seront situées même si nous avons constaté que chacun des accusés est dans le déni. Des dizaines de personnes ont été tuées, des femmes violées…, c’est comme si c’était l’ouragan qui a soufflé et qui a provoqué cela, et que chacune des autorités chargées de la sécurité des personnes et de leurs biens, chargées d’assurer le bien-être des populations guinéennes, n’avaient absolument rien fait. Nous, notre rôle en tant que partie civile, c’est de faire en sorte que la lumière soit faite et que les auteurs reconnus et condamnés.

Le procès peut-être va encore durer, puisque nous n’avons pas une maîtrise du calendrier, il appartient au tribunal, mais pour notre part, nous allons continuer à alimenter le procès par les témoignages des victimes pour que chacun puisse saisir l’ampleur des violations, comprendre la dimension de ce que les victimes ont vécu. Nous espérons que le 28 septembre 2024, on pourrait faire un bilan d’au moins de la première étape. Et comme nous savons tous, nous sommes en première instance. Il y a des recours éventuellement qui vont s’ouvrir pour des personnes qui ne seront pas satisfaites de la décision qui pourrait être rendue. Pour notre part, nous voulons appeler à la mobilisation des uns et des autres.

Vous les journalistes, il ne faut pas que vous lâchiez de donner échos à ce procès, parce que nous pensons que, ce que vous portez comme voix, les populations comprendront que personne n’est au-dessus de la loi et quelque soit sa situation, un jour arrivera, où on pourra faire face à la justice. Et ce jour-là on comprendra que la justice est implacable. Les partenaires de la Guinée, les organisations internationales continueront de soutenir ce procès.

 

Dansa Camara DC 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 29 septembre 2023 08:08

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