Conakry : La Forêt d’Entag, un trésor écologique menacé (reportage)

CONAKRY- Derrière le tumulte des marchés, les klaxons incessants et les constructions anarchiques, se cache un sanctuaire végétal aux portes de l’effondrement : la Forêt d’Entag, dernier vestige du grand massif forestier autrefois connu sous le nom de Forêt de Kaloum. Créé et classée en 1944 par l’administration coloniale, précisément par le gouverneur de l’AFO, Pierre Cournarie sous le nom de la Forêt de Kaloum, cette forêt couvrait à l’époque 672 hectares. Aujourd’hui, il ne reste que 16,5 hectares, fragmentés entre les quartiers d’Entag et de Dabompa.

Un écosystème asphyxié

Alors qu’à sa création en 1944, elle couvrait tous les quartiers de Kissosso jusqu’à Tombolia, aujourd’hui cette forêt est réduite à peau de chagrin. A Entag, les 8 hectares restants peinent à résister face à une urbanisation sauvage, une gestion hasardeuse et surtout, aux actions humaines dévastatrices : coupe illicite du bois, accumulation d’ordures, incendies incontrôlés, constructions illégales etc.

Le Capitaine Mamadou Saliou Sow, Chef de la section Forêts et Faunes de la commune de Matoto, dénonce un démantèlement progressif orchestré au fil des ans : « A chaque fois, on morcelle la forêt pour des marchés, des mosquées, des postes de police… Même des habitations ont été érigées jusqu’au cœur de la forêt », dénonce ce responsable communal.  

Heureusement, une intervention directe du Président Mamadi Doumbouya a marqué un tournant. Après avoir survolé la zone, le chef de l’État a ordonné le déguerpissement des habitations illégales et l’arrêt des constructions, y compris celles du futur siège communal de Tombolia et le siège de la Direction générale des Sapeurs-pompiers.

« Avec l’action anthropique de l’homme on a morcelé petit à petit cette forêt et maintenant on se retrouve avec 16,5 hectares de forêts. A chaque fois on vient morceler la forêt pour des marchés, des cimetières, des mosquées, de terrains de football, centre de santé, poste de police, gendarmerie. En plus, les citoyens sont venus habiter jusqu’à dans la forêt.

Mais heureusement, le Président Général Mamadi Doumbouya en survolant la Conakry un jour, a constaté que les gens ont construit des maisons jusqu’à dans la forêt. Et, il a donné l’ordre de déguerpir tous ceux ont construit des maisons dans la forêt. Donc c’est ce qui nous a aidé à déguerpir tous ceux qui étaient venu habiter entre le marigot et la forêt.

Tout le problème c’est les anciens cadres qui occupaient la section avant moi et les certains anciens chefs de quartiers qui ont vendus ces terrains qui sont dans la forêt à des citoyens sans papiers. C’est comme ça que les gens sont venus agresser la forêt pour construire des maisons. Mais heureusement le président a ordonné à ce qu’on les déguerpisse tous.

Comme si cela ne suffisait pas encore, on est aussi en train de construire le siège de la Commune de Tombolia au niveau de la forêt d’Entag ici. Mais heureusement encore, le président a donné l’ordre qu’on arrête les travaux parce que le siège se trouve dans la forêt. Il y a aussi la Direction générale des Sapeurs-Pompiers qui a pris une partie de la forêt pour construire son siège mais tout ça le président a donné l’ordre d’arrêter tous les travaux », a expliqué le Capitaine Mamadou Saliou Sow au micro d’Africaguinee.com.

Une bataille au quotidien pour préserver cette forêt

Sur le terrain, les agents forestiers, à commencer par le Sergent-chef Aboubacar Babadu Camara plus ses 14 autres éléments, mènent une lutte de tous les instants, souvent avec des moyens dérisoires pour sauver cette forêt saturée de déchets non biodégradables et un risque accru d’incendies de brousse, notamment pendant la saison sèche.

« Les gens du marché d’Entag et les citoyens qui habitent dans les alentours de la forêt nous fatiguent ici énormément avec les ordures. Nous avons interpelé les administrateurs du marché d’encadrer les commerçants et les vendeuses pour ne pas qu’ils jettent leurs ordures dans la forêt mais hélas.  Et malheureusement ce sont des déchets plastiques qu’on jette dans la forêt et vous savez combien de fois ces déchets sont très dangereux parce qu’il faut au moins 100 ans pour finir avec ce type de décrets.

Ce qu’on a constaté, souvent c’est les femmes vendeuses et les commerçants donnent les ordures aux fous pour qu’ils partent jeter leurs ordures dans la forêt. Nous avons informé la Mosquée centrale d’Entag, tous les responsables des quartiers environnants mais jusqu’à présent ils n’acceptent pas. C’est ce qui fait que nous souffrons énormément pendant la saison sèche avec les feux de brousse. 

On ne dort pas la nuit à cause de ces gens. Parce qu’ils nous guettent, ils nous surveillent, dès qu’on bouge ils envoient les ordures jeter dans la forêt. Nous on est obligé de faire la ronde chaque nuit plusieurs fois pour les empêcher de jeter les ordures ici », a aussi expliqué le Chef cantonnement de la forêt classée d’Entag.

Faute d’équipement, les agents doivent se contenter de bidons de 20 litres pour éteindre les flammes. Ils dénoncent aussi un manque criant de matériel de surveillance et d’armes, les empêchant d’intervenir face aux bandits armés qui utilisent la forêt comme cachette.

« Nous faisons appel souvent à la police et à la gendarmerie parce nous (les gardes forestiers) ne sommes pas armés alors que les bandits sont armés, nous n’avons même pas de menottes ici c’est pourquoi quand on voit les bandits on ne peut pas les suivre et dès qu’ils nous voient à distance ils fuient pour rentrer dans la forêt mais malheureusement on ne peut pas les poursuivre parce que nous ne sommes pas équipés. C’est pour cela nous demandons aux autorités de nous aider à clôturer cette forêt. Seule la clôture peut sauver cette forêt. Parce que pendant la saison sèche s’il y a le feu de brousse nous sommes obligés de transporter de l’eau dans des bidons de 20 litres pour aller éteindre le feu ou bien, on appelle Topaz pour venir nous assister. Normalement nous devons avoir des forages pour faciliter l’accès à l’eau facilement pour limiter des dégâts liés aux feux de brousse », a-t-il ajouté.

Une volonté de reboisement, malgré tout

Malgré les obstacles, l’espoir persiste. Le lundi 7 juillet 2025, un reboisement de 5 000 plants a été fait sur 2 hectares dans la forêt d’Entag. Une initiative courageuse saluée par le Capitaine Mamadou Saliou Sow.

« Je vous assure malgré tous ces problèmes, mes hommes et moi, nous ne baissons pas les bras parce que nous avons procédé à un reboisement de 5 mille plantes sur deux hectares pour l’année 2025 ce lundi 7 juillet 2025 dans cette forêt d’Entag. Les gens doivent comprendre que la plante a beaucoup d’importance dans la vie de l’homme. Au temps de Sékou Touré on disait ‘‘c’est lui qui a planté un arbre n’a pas vécu pour ne rien parce qu’il a apporté beaucoup de chose à l’humanité’’ », s’est félicité Capitane Sow.  

Les espèces présentes, comme le Teck, le Gmelina arborea ou encore l’Acacia, jouent un rôle vital dans la lutte contre le changement climatique, notamment en captant le CO2 et en purifiant l’air d’une capitale saturée par la pollution urbaine et industrielle.

« Dans une capitale comme Conakry, nous avons beaucoup d’unités industrielles et des engins qui dégagent beaucoup de gaz carbonique CO2 et c’est cette forêt par exemple qui capte ce CO2 pour l’en magasiner. Ça c’est l’une des importances de cette forêt pour les populations de Conakry. Parce que pendant la journée, la forêt nous donne de l’Oxygène et capte le gaz carbonique CO2 et la nuit la forêt libère le gaz carbonique et capte l’Oxygène. C’est pourquoi il est formellement interdit de passer la nuit sous un arbre ou dans la forêt », a fait savoir Chef de la section Forêts et Faunes de la commune de Matoto.

Un appel à l’État et aux citoyens

Pour les agents forestiers, la clôture des forêts de Conakry (Entag, Dabompa et Kakimbo) est aujourd’hui une nécessité absolue. « Tant qu’on ne clôture pas, on ne peut pas préserver ».

Les Forêts d’Entag, Dabompa et Kakimbo sont bien plus qu’un simple espace vert. Elles sont le poumon écologique d’une ville à bout de souffle, un rempart naturel contre l’asphyxie et le réchauffement climatique. Il y a urgence à les protéger.

« Nous demandons à la population environnante de ces trois forêts de Conakry (Entag, Dabompa et Kakimbo) de sauvegarder ces forêts et de les entretenir. Et nous lançons un autre appel pressant aux autorités de nous aider à clôturer ces forêts parce que tant qu’on ne les clôture pas, il sera vraiment très difficile de les préserver face aux actions anthropiques de l’homme », a lancé Capitane Mamadou Saliou Sow.

Un reportage de Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 666 134 023 

Créé le 9 juillet 2025 09:12

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