Wayan (Pita) : Dans le quotidien « insoutenable » des femmes, confrontées à une grave pénurie d’eau…

PITA- Wayan est un district de Hoore-Nyeele, commune rurale de Bourouwal Tappe, préfecture de Pita. Dans cette localité, les populations courent des risques des maladies hydriques. Une vieille source éloignée des habitations reste l’unique point d’approvisionnement d’eau pour les habitants de ce hameau.

Avant, le village disposait d’un puits mais la quantité d’eau qu’il offrait ne suffisait pas aux populations. Malheureusement, un éboulement s’est produit au fond, rendant le forage hors d’usage. Désormais, femmes et enfants du village font la ruée vers Bhoundou-Woury pour se procurer une eau polluée par des débris. Elle est non comestible sans distillation.

Au quotidien, de nombreuses femmes convergent vers cette source sans, d’avance, être sûres d’obtenir cette denrée vitale. Les quelques gouttes qu’obtiennent les premiers venus demandent un traitement rudimentaire pour réduire la quantité de débris.  Immersion dans cette localité située à 6 km de Bourouwal Tappe et à 7 bornes de la commune urbaine de Pita, où la pénurie d’eau donne du fil à retordre à la gent féminine.

Néné Aissata Yero Bah, septuagénaire tient son récipient de 10 litres.  Frappée par le poids de l’âge, elle ne peut plus en porter plus. Comme toutes les femmes et tous les enfants du village, Canne à la main, elle rallie la source d’eau située à environ 1km de son domicile pour trouver la denrée vitale. Éprouvée, elle parle de cette corvée :

« Toutes ces années, nous manquons d’eau dans notre village. Même quand le puits marchait, les personnes âgées et les enfants ne pouvaient pas puiser car c’est manuel. Seules les jeunes femmes pouvaient le faire. Présentement, nous venons tous à la source ici, c’est l’unique recours pour le moment. Même ici avec le poids de l’âge ce n’est pas à tout moment que nous partons à la quête de cette eau.

Beaucoup sont éloignés de la source. Même cette eau que nous puisons n’est pas propre. Après avoir puisé, il faut des tissus pour la filtrer à la maison également, il faut un temps pour éliminer le reste des particules déposées au fond du récipient. Aidez-nous pour avoir de l’eau, c’est le besoin le plus imminent des populations de Wayan. Le jour où nous aurons de l’eau dans le village, rien ne pourra mesurer notre joie », plaide cette vieille mère.

Bhoundou Woury, c’est le nom de cette source de Wayan qui accueille les citoyens mais tout le monde ne trouve satisfaction. Hassanatou Bah, la soixantaine dort avec l’envie de venir puiser. Dès après la prière de l’aube, la première chose à faire c’est d’aller chercher de l’eau :

« Nous dormons avec l’idée qu’il faut forcément aller à la quête de l’eau dès 6 heures. Cette source ne peut couvrir tous nos besoins en eau. Il faut filtrer ; il faut faire beaucoup de choses avant de consommer ou d’utiliser l’eau que nous puisons ici pour nos besoins ménagers. Les enfants vont toujours en retard à l’école à cause de ce problème d’eau, soit on les envoie chercher l’eau avant de partir à l’école ou ils nous attendent, tout cela joue sur le temps d’aller à l’école, ils accusent du retard. Depuis que je suis arrivée dans ce village par le lien du mariage, le calvaire lié à l’obtention de l’eau est le même. Nous voulons que la donne change, que l’obtention de l’eau soit facile pour nous. Nous voulons que cette souffrance soit un lointain souvenir lointain. L’aller et le retour nous prennent toute la matinée, beaucoup de travaux ménagers ne se font pas à cause de ce problème. »

Le manque d’eau à Wayan traumatise Aissatou Bah native et mariée à ce village : « Pratiquement, nous n’avons pas connu de répit pour le problème d’eau.  La situation est la même depuis toujours. Certains de mes enfants étudient à Pita mais parfois je les oblige à puiser de l’eau avant d’aller à l’école. S’ils viennent à la source et trouvent que d’autres personnes ont puisé le peu qu’il y en avait, ils sont obligés d’attendre un peu pour trouver quelques gouttes. Souvent ils vont à l’école en retard. L’eau reste une préoccupation pour le village de Wayan qui n’a que cette source. Si nous venons tous au même moment, certains rentrent bredouille.

Parfois on s’organise pour faire des groupes de 5 personnes afin d’éviter la pagaille, parce que si la source ne répond pas, nous n’avons pas d’autre recours. Celles qui viennent le matin savent bien que le soir c’est le tour d’autres personnes. En dépit de tout, nous n’avons pas une eau potable encore moins suffisante. Je suis mère de famille comme beaucoup, le besoin d’eau c’est à tout moment à la maison. Nous tendons la main à tous ceux qui peuvent nous aider » plaide Aissatou Bah, mère de famille.

Fatoumata Binta Bah, également mère de famille consacre plus de temps à la quête de l’eau que tout autre travail de ménage ou affaire sociale.

« Vous êtes avec nous depuis l’aube. Trouver de l’eau à Wayan, c’est une affaire de toute la journée. Le puits qui était là ne nous sert plus à quelque chose. Plus personne ne peut y puiser de l’eau. Nous courons tous vers la source. Voyez-vous que c’est une eau sale ? Pour boire, préparer, se laver, tout vient de cette eau que nous sommes obligés de filtrer. On fait le premier filtrage sur place pour enlever les particules visibles, nous rentrons à la maison pour faire la même chose. L’eau doit rester intacte pendant de longues heures pour espérer l’utiliser. Parfois nous la faisons bouillir pour la boire. Nous sommes exposés à des maux de ventre Il faut se déplacer en groupe aussi à cause de l’insécurité ».

Les sages du village partagent la souffrance des femmes qui passent des heures à la quête quotidienne de l’eau. Thierno Boubacar Bah, imam de Wayan a de la peine pour les femmes soumises à cette corvée :

« C’est un pléonasme de dire que nous avons besoin d’eau à Wayan. Nous avons de la peine pour avoir de l’eau, nous relevons de Hoore Nyelè dans Bourouwal Tappè. Voyez-vous ? C’est la plus grande préoccupation. Nous allons toujours à des sources d’eau et des rivières. Un moment, nous avons eu un puits amélioré, les populations ont commencé à puiser là-bas, malheureusement le puits a connu un éboulement. Le béton de protection interne a cédé, ce qui fait que le point d’eau est hors usage.  C’est la raison du retour massif des femmes à la source d’eau du village. La quête de l’eau devient plus préoccupante. Il faut marcher dans des feuillages, écarte des buissons pour atteindre la source qui ne donne pas une eau potable.

Mais nous n’avons pas le choix, c’est comme ça tous les jours, les femmes font une ruée vers cette source. On aimerait avoir de l’eau à domicile à travers un forage. Nous avons les secteurs et sous-secteurs de Hoorè Wuuri, Doghol, Dow, Woullendji, Lougguerou, Soyde tous ces villages entourent cette source, ces mêmes villages ont en partage le puits amélioré qui ne répond plus ; l’eau qui sort de la source a besoin de traitement avant tout usage. Nous implorons la grâce divine et ceux qui ont les moyens pour changer cette donne », implore l’imam de Wayan, Thierno Boubacar Bah.

En attendant de trouver un forage au village, ces femmes continueront à se plaindre des maladies hydriques et parcourir des longues distances pour rallier l’unique source d’eau. L’autre difficulté pour ces femmes, c’est le fait d’être d’obligées de se mettre en groupe pour aller à la quête d’eau, sinon elles courent le risque de faire attaquer par des inconnus.

Reportage réalisé par Alpha Ousmane BAH

De retour de Wayan

Pour Africaguinee.com

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Créé le 8 février 2025 12:15

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