Visas: Conakry va-t-il activer la réciprocité vis-à-vis de l’UE ?
CONAKRY- Alors que l’Union européenne a décidé de durcir les conditions d’octroi de visas de court séjour pour les ressortissants guinéens, tous les regards se tournent vers le ministère des Affaires étrangères. La Guinée va-t-elle mettre à exécution sa menace d’appliquer la réciprocité face aux sanctions européennes ?
Pour justifier son tour de vis, le Conseil de l’Union européenne brandit un « manque de coopération » de la part des autorités guinéennes concernant le rapatriement de leurs citoyens en situation irrégulière sur le sol européen. Selon les évaluations de Bruxelles, la Guinée se classe au huitième rang des nationalités les plus identifiées en termes d’arrivées irrégulières, accumulant ce que l’UE qualifie d’arriéré considérable de dossiers de retour en attente.
Face à cette situation, l’UE a acté la suspension temporaire de quatre dispositions clés du Code des visas. Concrètement, le délai standard de traitement des demandes passe de 15 à 45 jours calendaires, les visas à entrées multiples (circulation) sont suspendus, les facilités documentaires sont supprimées, et l’exonération des frais de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service est purement et simplement annulée.
Si le gouvernement guinéen n’a pas encore formulé de réaction officielle à cette annonce , la doctrine de Conakry sur cette question est déjà connue. Elle avait été fermement exposée par le chef de la diplomatie guinéenne lors d’une rencontre avec les diplomates européens à Conakry en février dernier.
À l’époque où l’UE agitait ses premières menaces, le Dr Morissanda Kouyaté s’était montré inflexible, prévenant que la Guinée n’hésiterait pas à répondre coup pour coup : « Les 99% des Guinéens ne veulent pas aller en Europe. Ça, il faut le savoir. C’est une infime partie qui veut partir. Donc, ça ne nous effraie pas. On dit qu’on va appliquer l’article 25A, les visas vont durer. Si les visas durent, nous aussi les visas dureront chez vous… »
Pour la diplomatie guinéenne, la question de la dignité de ses ressortissants surpasse les pressions administratives. Tout en se montrant ouvert à la discussion pour trouver des solutions « pratiques et pragmatiques », Conakry avait tracé une ligne rouge infranchissable : le refus catégorique de voir ses citoyens « menottés, jetés dans des charters et humiliés ».
L’activation des mesures de réciprocité par la Guinée signifierait un durcissement immédiat des conditions d’entrée pour les ressortissants de l’Union européenne souhaitant se rendre à Conakry. Un scénario du pire qu’aucun des deux camps ne souhaite véritablement, le ministre ayant lui-même rappelé à l’époque qu’un tel conflit « n’est bon ni pour l’Union européenne ni pour la Guinée ».
Alors que les sanctions de Bruxelles entrent en vigueur, la balle est désormais dans le camp de la Guinée. Conakry choisira-t-il la voie de la riposte immédiate ou privilégiera-t-il des négociations pour désamorcer la crise ?
Pour l’heure, les autorités guinéennes maintiennent le suspense. Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens de l’étranger, que nous avons tenté de joindre à maintes reprises, n’a pas encore répondu à nos sollicitations.
Dossier à suivre!
Africaguinee.com
Créé le 13 juillet 2026 20:22Nous vous proposons aussi
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