Inclusion financière : La BCRG réaligne sa stratégie nationale sur les ambitions de Simandou 2040
CONAKRY – La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) veut changer de paradigme en matière d’inclusion financière. Après plusieurs années d’efforts pour élargir l’accès des populations aux services financiers, l’institution estime que le véritable défi n’est plus d’ouvrir davantage de comptes, mais de faire en sorte qu’ils soient effectivement utilisés pour soutenir l’économie, financer les petites entreprises et améliorer les conditions de vie des populations.
Cette nouvelle orientation a été défendue par le Premier Vice-Gouverneur de la BCRG, Elhadj Mohamed Lamine Conté, lors de la 15ᵉ Table ronde annuelle des dirigeants de l’Initiative africaine pour les politiques d’inclusion financière (AfPI), organisée les 9 et 10 juillet à Luanda, en Angola. La rencontre a réuni les responsables des banques centrales africaines autour du thème : « Autonomiser l’avenir financier de l’Afrique : réfléchir, renforcer et avancer ».
Du nombre de comptes à leur utilisation
En présentant l’expérience guinéenne, la Banque centrale a mis en avant les progrès réalisés ces dernières années. Selon les données communiquées, le taux d’accès aux comptes financiers est passé de seulement 4 % en 2011 à près de 36 % en 2024. Pour la BCRG, cette progression constitue une avancée importante, mais elle ne reflète pas, à elle seule, le niveau réel d’inclusion financière dans le pays.
« L’inclusion financière ne doit plus être appréciée uniquement à travers le nombre de comptes ouverts, mais à travers l’usage réel des services financiers, la confiance des citoyens et l’impact concret sur les ménages, les PME, les femmes, les jeunes et les travailleurs informels », a déclaré le Premier Vice-Gouverneur.
Autrement dit, la Banque centrale considère que l’ouverture d’un compte bancaire ou d’un portefeuille électronique ne produit un véritable effet économique que s’il permet d’épargner, de recevoir ou d’effectuer des paiements, d’accéder au crédit ou encore de développer une activité génératrice de revenus.

Cette évolution traduit une tendance observée dans plusieurs pays africains. Après avoir concentré leurs efforts sur l’accès aux services financiers, les autorités monétaires cherchent désormais à mesurer leur impact réel sur le développement économique et social.
Le numérique comme moteur de transformation
Pour atteindre cet objectif, la BCRG mise sur l’accélération de la transformation numérique du secteur financier. Selon l’institution, le développement des paiements numériques, l’interopérabilité entre les différents systèmes de paiement ainsi que la protection des utilisateurs doivent constituer les principaux leviers de cette nouvelle étape.
L’objectif est de rendre les transactions plus simples, plus rapides et plus sûres, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. La Banque centrale souligne également que la confiance demeure la condition essentielle du développement des services financiers numériques. Elle met ainsi l’accent sur le renforcement de la cybersécurité, la transparence des opérations, la supervision des fonds cantonnés ainsi que l’amélioration du cadre réglementaire afin de mieux protéger les utilisateurs.
Les PME et le secteur informel dans le viseur
Au-delà du développement des outils numériques, la BCRG souhaite orienter davantage le système financier vers les secteurs productifs.
Les conclusions de la rencontre de Luanda invitent les banques centrales africaines à renforcer le financement des petites et moyennes entreprises, de l’agriculture, des jeunes entrepreneurs, des femmes et des travailleurs du secteur informel.

Pour la Guinée, cette orientation vise à faire de l’inclusion financière un véritable levier de croissance inclusive, en facilitant notamment l’accès au crédit et aux services financiers pour des catégories de population encore insuffisamment couvertes.
Concrètement, la Banque centrale envisage notamment le développement des paiements interopérables, la généralisation du QR Code marchand ainsi que la mise en place de fonds de garantie et de lignes de crédit adaptés aux PME, aux ménages, aux femmes entrepreneures, aux jeunes et aux acteurs des chaînes de valeur locale.
Une stratégie nationale en pleine révision
Cette nouvelle vision intervient alors que la BCRG pilote, dans le cadre du Projet régional d’intégration numérique en Afrique de l’Ouest (WARDIP-Guinée), la mise à jour de la Stratégie nationale d’inclusion financière.
Les enseignements tirés des échanges de Luanda devraient alimenter cette révision afin de mieux prendre en compte les nouveaux défis liés au numérique, à la sécurité des transactions, à la protection des consommateurs et à l’évaluation de l’impact des politiques publiques.
La Banque centrale inscrit également cette démarche dans la dynamique du programme Simandou 2040, qui ambitionne d’accélérer la transformation structurelle de l’économie guinéenne. Pour l’institution, cette ambition suppose un système financier capable d’accompagner les entreprises locales, les investisseurs, les PME ainsi que les millions d’acteurs évoluant dans le secteur informel.
Une vision partagée à l’échelle africaine
Les travaux de l’AfPI 2026 ont également porté sur les défis économiques auxquels le continent est confronté, notamment les tensions géopolitiques, les effets du changement climatique, les contraintes budgétaires et la volatilité de l’environnement macroéconomique.
Les dirigeants des banques centrales africaines ont plaidé pour des politiques davantage orientées vers le bien-être financier des populations, le renforcement de la résilience des ménages et le financement des secteurs productifs.
Ils se sont également engagés à promouvoir des décisions fondées sur les données, à renforcer la coopération régionale et à développer des partenariats entre les pouvoirs publics, les institutions financières et le secteur privé.
À l’issue des travaux, la Banque centrale d’Eswatini a pris la présidence de l’Initiative africaine pour les politiques d’inclusion financière pour les deux prochaines années, tandis que la vice-présidence revient à la Banque centrale d’Ouganda.
À travers cette participation, la BCRG réaffirme sa volonté de faire évoluer l’inclusion financière au-delà du simple accès aux services bancaires. Son ambition est désormais de transformer cet accès en un véritable levier de développement économique, capable de soutenir les ménages, de renforcer les PME et d’accélérer l’intégration du secteur informel dans l’économie formelle. Le défi sera désormais de traduire cette ambition en résultats concrets pour les Guinéens.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 juillet 2026 15:40Nous vous proposons aussi
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