Sur les traces de Marie Fayza : Le destin brisé de la « muse oubliée » de Bah Sadio

Cinquante ans après la disparition de l’icône guinéenne Bah Sadio, une ombre persiste dans l’histoire de sa vie : celle de Marie Fayza, sa compagne tunisienne. Entre passion artistique, exil et amertume post-mortem, enquête sur une trajectoire devenue introuvable.

Une rencontre incandescente sous le signe de l’art

L’histoire commence loin des terres natales, dans le creuset bouillonnant du Paris des années 1970. À l’occasion du cinquantenaire de la disparition tragique de Bah Sadio -l’immortel interprète du tube intemporel « Jeere-Leele », décédé en 1976 à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard-, la lumière est enfin portée sur celle qui a partagé ses derniers moments d’engagement culturel : Marie Fayza.

Originaire de Tunisie, la jeune femme avait rejoint la capitale française aux côtés d’un ressortissant guinéen originaire de Pita, venu s’y former aux arts de la pâtisserie. Dès leur arrivée par le même vol, une solide amitié les unit. C’est à travers ce cercle que le destin de Marie bascule : introduite dans les milieux culturels guinéens, elle croise la route de Bah Sadio sur scène.

Passionnée de musique et de danse, elle est attirée par le musicien originaire de Bhoundou Telly (Thiâghel Bôry). Une idylle naît, non sans vagues. Cette romance soudaine provoque d’abord des tensions au sein du groupe, nécessitant l’intervention pacificatrice de figures de la communauté. Qu’importe les obstacles : après un bref retour en Tunisie, Marie choisit de revenir s’installer définitivement auprès de l’artiste, partageant son quotidien jusqu’à son souffle final.

L’épreuve du deuil et le sentiment de trahison

Mais à la douleur insurmontable de la perte s’ajoute bientôt la violence administrative et humaine. Les lendemains des obsèques de Bah Sadio virent au cauchemar pour la jeune compagne éplorée.

Selon les témoignages recueillis auprès d’anciens de la communauté guinéenne de France, de prétendus « faux parents » de l’artiste se manifestent rapidement auprès d’elle. Leur objectif : s’accaparer les fonds et les dons collectés en hommage au défunt par des personnalités influentes de la diaspora, telles que les regrettés Siradiou Diallo, Bah Mamadou, ou encore Alpha Condé.

Dépouillée sans vergognerie de ce soutien financier et moral destiné à éponger ses peines, Marie Fayza, meurtrie par cette injustice et ce manque de protection, ne supporte plus de demeurer à Paris. Écoeurée par cette trahison, elle choisit de couper les ponts et de s’éloigner à jamais de ce cercle devenu toxique.

Sur les traces d’une ombre en Italie

C’est ainsi que s’amorce une longue errance. Les dernières traces tangibles de la muse de Bah Sadio remontent à 1994, année où elle plie bagage pour s’établir en Italie.

Les récits concordants d’époque esquissent un parcours migratoire discret : Marie aurait d’abord élu domicile dans une petite commune italienne d’environ 10 000 habitants, avant d’effectuer un passage dans sa Tunisie natale, puis de poser ses valises à Arezzo, cité toscane de près de 100 000 âmes. Depuis lors, le silence radio s’est abattu, brisant définitivement le lien avec les fidèles amis de l’artiste demeurés en France.

Le mur du secret et l’ultime mystère

Retracer le fil de cette existence brisée relève aujourd’hui du parcours du combattant. Les investigations menées auprès de contacts locaux en Italie, visant à éplucher les registres d’état civil et à sonder les structures d’accueil pour personnes âgées dans les localités ciblées, se sont heurtées à un rempart infranchissable : la législation européenne sur la protection des données et le respect de la vie privée. En l’absence de motif légal justifiant une recherche formelle, la loi protège le droit de tout adulte à vivre en toute quiétude.

Du côté des institutions, l’opacité demeure totale. Les requêtes écrites et téléphoniques formulées auprès de l’ambassade de Tunisie en Italie, sise au 7 Via Asmara à Rome, afin de vérifier son éventuelle inscription consulaire, sont, à ce jour, restées lettre morte.

Cinq décennies après l’envol de la voix de « Jeere-Leele », le mystère plane toujours sur le sort de sa compagne de l’ombre. Marie Fayza s’est évanouie dans les brumes de l’oubli européen, emportant avec elle le secret de ses derniers jours, comme une dernière note mélancolique jouée sur la partition inachevée d’un amour contrarié.

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél : (+224) 664 93 45 45

Créé le 26 octobre 2026 10:29

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