Rapatriement de la dépouille de Bah Sadio : les proches de l’artiste saisissent à nouveau le ministre de la Culture… « Faites-nous cet honneur de notre vivant »
LABÉ — Près de cinquante ans après sa mort en France à l’âge de 36 ans, le corps de l’emblématique auteur de Jeere-Leele repose toujours au cimetière parisien de Thiais. Alors que les démarches administratives ont été menées avec succès par ses proches, le rapatriement pointe aujourd’hui à l’arrêt, faute de moyens financiers. Face au temps qui presse, ses frères et son compagnon d’enfance s’adressent une nouvelle fois au ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, avec une supplique émouvante : concrétiser le retour du barde avant qu’il ne soit trop tard pour eux.

En octobre 2026, l’artiste Jeere-Leele aura passé 50 ans dans sa tombe en concession temporaire à Paris, en attente de son rapatriement vers la Guinée, sa terre natale. Si Bah Sadio était encore vivant, il aurait eu 86 ans en 2026. Né à Bhoundou-Tely (Lélouma) en 1940, il est mort à l’âge de 36 ans en France, le lundi 25 octobre 1976, puis inhumé le 29 du même mois. Il était au sommet de son art.
Une enquête d’Africaguinee.com a permis de retrouver et d’identifier la tombe de Bah Sadio à Paris, sous les références : Concession THI 02796 TP 1976 ; emplacement division 74, ligne 21, tombe 54, suivie du prénom Mamadou BALDÉ.

Suite à notre enquête, la famille du défunt artiste avait alors adressé une première lettre au ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, pour solliciter le rapatriement de la dépouille. Le chef du département de la Culture y avait réagi favorablement : en 2025, les frères de Bah Sadio s’étaient entretenus au téléphone avec lui pour la toute première fois depuis le décès de l’artiste.
Depuis, du temps s’est écoulé. La famille et les proches expriment aujourd’hui une nouvelle doléance auprès du Gouvernement afin d’accélérer le processus. Très âgés, les frères et sœurs de l’artiste souhaitent vivre le retour de sa dépouille de leur vivant.
« Toutes les démarches sont faites, ce sont les fonds qui bloquent »
La famille de l’artiste Bah Sadio a désigné officiellement Mamadou Bhoye Bah, un Guinéen résidant en France, pour mener toutes les démarches au nom des proches afin de faciliter le rapatriement de l’icône Jeere-Leele en Guinée. L’essentiel du travail administratif a été accompli par M. Bhoye, mais le retard observé est lié au manque de financement requis par l’agence de pompes funèbres Bertrand.

« Je suis Mamadou Bhoye BAH, représentant désigné par la famille du défunt artiste guinéen BAH Mamadou Sadjo, affectueusement appelé BAH Sadjo, auteur de la célèbre chanson Djere Lélé. Il y a plus d’une année, j’ai entamé des démarches à la suite de l’enquête d’Africaguinee.com et à la demande de la famille afin de retrouver la tombe de BAH Sadjo. Nous l’avons localisée au cimetière parisien de Thiais avec un certificat d’inhumation et un certificat d’existence de la sépulture. Il est décédé le lundi 25 octobre 1976 à l’hôpital Bichat et a été inhumé le vendredi 29 octobre 1976.

La tombe de Mamadou Sadio Baldé est identifiée sous le numéro de concession THI 02796 TP 1976, emplacement division 74, ligne 21, tombe 54, suivie du prénom Mamadou BALDÉ. Sur la base de ces documents fournis par les services funéraires, les pompes funèbres Bertrand ont établi un devis d’environ 6 000 euros, un montant susceptible d’évoluer selon les périodes. Aujourd’hui, la famille attend toujours le rapatriement. Malheureusement, faute de financement, la concrétisation de ce projet tarde encore. De mon côté, je reste disponible et déterminé à contribuer à la finalisation de ce processus pour que BAH Sadjo puisse enfin reposer éternellement auprès des siens », précise Mamadou Bhoye Bah.

« Monsieur le Ministre, faites-nous vivre le retour de Bah Sadio de notre vivant »
Abdoulaye Diallo, 85 ans, tuteur de Bah Sadio en France et ami d’enfance, souhaite que le ministre de la Culture mène à bien ce projet de rapatriement, tout en saluant les efforts déjà déployés :
« Que l’âme de Sadio repose en paix. C’était mon ami d’enfance, c’est moi qui ai organisé son voyage en France pour qu’il me rejoigne. On ne savait pas qu’il ne rentrerait pas vivant en Guinée. J’ai partagé les derniers instants de sa vie jusqu’à son hospitalisation. À son décès, le lundi 25 octobre 1976 à 20h, c’est moi qu’on a prévenu. Cela montre à quel point nous étions liés. En octobre prochain, cela fera 50 ans qu’il est mort en France. Le ministre n’a pas encore 50 ans, mais il incarne une sagesse remarquable à travers sa vision. Nous souhaitons que le mérite de ce rapatriement lui revienne. Nous prions le ministre de la Culture, le Premier ministre et le président de la République de nous aider à accélérer le retour de la dépouille.

Monsieur Moïse Sylla a redonné de l’espoir et un souffle à notre culture : des artistes sont soignés, des hommages sont rendus, et il a honoré de grandes figures comme Samory Touré ou Bokar Biro Barry, tout en nouant des accords avec la SACEM pour le bien des créateurs. C’est vraiment saluer. Nous savons que son calendrier est chargé et qu’il n’a pas oublié Bah Sadio, mais nous lui demandons simplement d’accélérer la procédure ; le seul frein reste le financement. Ses deux parents sont décédés, et ses frères et sœurs sont aujourd’hui très âgés et parfois malades, notamment son cadet Saameely Bah. Moi-même, son ami, j’ai plus de 85 ans. Donnez-nous la chance de vivre le retour de l’artiste de notre vivant, pour concrétiser sa chanson MI HOOTAY LABE.
L’unique femme qu’il avait laissée au village, Aïssatou Diombo, est également décédée. Nous sommes reconnaissants des premiers pas franchis par le ministre Moussa Moïse Sylla. Bah Sadio était un grand homme ; il a été le compagnon de feu Ahmed Tidiane Cissé, ancien ministre de la Culture, de Siradiou Diallo, Bah Mamadou, Jean-Luc Bangoura, moi-même, et de tant d’autres comme feu l’imam Ataoulaye Bah (fils de Thierno Abdourahmane Bah Labé), qui avait d’ailleurs informé la famille du décès. Monsieur le Ministre, nous vous demandons simplement d’accélérer le dossier », plaide Abdoulaye Diallo, dit Carter ou Ngara Baydallahi.

Mamadou Samba Baldé, 73 ans, est le deuxième frère cadet de Bah Sadio. Il abonde dans le même sens :
« Je me souviens très bien du ministre Moussa Moïse Sylla grâce à son appel téléphonique à la famille ; nous étions avec le maire de Thiaguelbori ce jour-là. Cet appel nous a profondément touchés. Nous avons pris conscience que même si Sadio est parti, sa gloire demeure. Ce qui nous a marqués, c’est que c’était la première fois dans l’histoire que les proches de Bah Sadio parlaient directement avec un ministre de la République, 49 ans après sa mort. Son message nous a rassurés lorsqu’il a expliqué les étapes à venir pour le retour de la dépouille. Cependant, les choses tardent. Nous tendons de nouveau la main au ministre et à l’ensemble du gouvernement. Chaque jour, mon frère aîné et notre sœur demandent si nous avons des nouvelles.
Nous ne sommes plus que trois qui sont vivants parmi les frères et sœurs de Bah Sadio : mon grand-frère Saameely Bah, notre sœur Fatoumata Dalanda Baldé et moi-même. Nous étions cinq avec notre frère Kékouta Baldé et notre sœur Koumba Kamissa Baldé. Dans la lettre adressée au ministre, nous avons précisé que toutes les démarches étaient confiées à Mamadou Bhoye Bah en France. C’est d’ailleurs lui qui a mené les recherches jusqu’au cimetière. Notre souhait est que ce rapatriement aboutisse sous la coordination du ministre Moussa Moïse Sylla, qui a fait un travail remarquable au départ. Nous lui en sommes très reconnaissants. »

Outre le rapatriement, la famille attend également des éclaircissements sur le versement des droits d’auteur de Bah Sadio, non perçus depuis 26 ans. Elle demande enfin que sa guitare soit rachetée par l’État puis exposée dans un musée national afin de transmettre sa mémoire aux générations futures.

Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Tél : (+224) 664 93 45 45
Créé le 14 août 2026 08:52Nous vous proposons aussi
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