Sur les traces de Gobouya-za : Un catéchumène crucifié par ses frères à cause de sa foi…
À Nzérékoré, en Guinée forestière, un nom résonne avec une solennité particulière dans l’histoire du christianisme : Gobouya-za. Son histoire, tragiquement méconnue du grand public, est celle d’un homme qui a payé de sa vie le prix de sa foi. Loin des champs de bataille, son martyre s’est déroulé au sein même de sa famille, dans une confrontation bouleversante entre la tradition et une nouvelle religion. Dans un reportage exclusif, notre correspondant basé dans la région de Nzérékoré, lève le voile sur cette tragique histoire du XXᵉ siècle.

Qui était Gobouya-za ?
Né Zaoro Félémou vers 1907, Gobouya-za grandit dans un village de la préfecture de Nzérékoré, au cœur d’une famille profondément ancrée dans les rites coutumiers. C’EST à Kabieta, dans la sous-préfecture de Womey. Le jeune homme était destiné à perpétuer l’héritage ancestral des zowo, les prêtres traditionnels. Sa propre mère était une prêtresse. Son chemin semblait tout tracé.

Mais le destin de Zaoro Félémou est bouleversé par l’arrivée des Pères Blancs dans la région. C’est en 1927 que le jeune homme, contre toute attente, prend une décision qui va sceller son sort. Il se convertit et s’inscrit au catéchuménat le 10 juillet 1927. Cette conversion est perçue par ses proches comme une trahison inacceptable, une rupture avec un passé millénaire.

Le Père Tamba Joseph Tolno, curé de la Paroisse Saint-Augustin de Samoé et figure importante du dossier de béatification de Gobouya-za, confirme l’hostilité familiale :
« Serviteur de Dieu, Gobouya-za, est né vers 1907 à Kabieta. Il a accepté d’accueillir l’évangile ; et s’inscrit au catéchuménat le 10 juillet 1927. (…) Le 21 juillet, ses parents commencent à comploter contre lui parce qu’il était inadmissible qu’un jeune de son âge, embrasse une nouvelle religion, surtout celle des blancs contre le gré de ses parents. Pour eux, il fallait garder les valeurs ancestrales. Surtout qu’il faisait partie de la famille des zowo, les prêtres traditionnels. »

La tension atteint son paroxysme lors d’un sacrifice traditionnel. Sommé de participer, Gobouya-za refuse catégoriquement. Sa réponse est un adieu définitif à son ancienne vie : « J’ai épousé une nouvelle religion, je dois adopter ses manières de vivre. Je ne peux plus offrir d’autres sacrifices. » Cette déclaration, une profession de foi qui scelle son destin, est interprétée comme une provocation ultime. Sa famille, ses oncles et ses frères, décident alors de l’éliminer pour l’exemple.

Un complot se met en place. Un beau matin de juillet, son frère aîné, Dyuo Dolo, et son oncle Vokpo, l’interceptent dans son champ. Après un dernier et futile effort pour le faire changer d’avis, ils se jettent sur lui. Malgré sa force et sa robustesse, Gobouya-za est maîtrisé et ligoté. Il est alors crucifié contre un arbre. Le Père Tolno décrit l’horreur de la scène :

« C’est ainsi qu’ils l’ont drainé près d’un ruisseau et ont décidé de ligoter le 28 juillet 1927. (…) Ils l’ont ligoté et attaché à un bois. Ils ont commencé à le frapper avec des morceaux de bois. Comme il criait, les femmes présentes ont été renvoyées au village, car il s’agissait d’un sacrifice d’hommes. Mais ce jour-là, il n’était pas mort. Ils ont utilisé un masque pour faire croire que c’était un sacrifice et l’ont laissé attacher au bois pour retourner au village. Le lendemain, un de ses bourreaux est revenu pour terminer le travail. »
Son corps est dissimulé dans un ruisseau pour effacer les traces du crime. Mais l’horrible vérité est dévoilée grâce à une témoin inattendue : une vieille femme cachée dans les environs. C’est elle qui révélera tout à Michel Niamy, l’ami intime de Gobouya-za. Sœur Marie Virginie Kolié, aînée de toutes les religieuses du diocèse de Nzérékoré, se souvient du rôle de cet ami :

« Le plus frappant, c’est son ami Michel Niamy, que j’ai connu moi-même, qui a participé à certains pèlerinages. (…) C’est grâce à cet ami-là qu’on a su qu’ils ont tué Gobouya-za. C’est la femme qui est venue voir Michel discrètement pour l’informer qu’on a tué son ami Zaoro. »

Après plus de deux semaines d’absence, les missionnaires, alertés, mènent l’enquête et retrouvent le corps du catéchumène. Sa famille est arrêtée, jugée et condamnée par le tribunal de Nzérékoré le 29 août 1927. Gobouya-za est inhumé à Gouécké, où il repose encore aujourd’hui.

Son histoire, bien plus qu’un drame familial, est un témoignage puissant de la persévérance et de la fidélité. Le Père Tolno le rappelle avec émotion : « Gobouya-za est un exemple de fidélité au Christ jusqu’au bout, un modèle pour la jeunesse chrétienne et une source d’inspiration pour toute l’Église en Guinée. »

Son sacrifice est le fondement d’une démarche de béatification en cours, qui pourrait faire de lui un saint.
Reportage réalisé par
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière
Tél. : (00224) 628 80 17 43
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