« S’ils veulent nous dissoudre, qu’ils accélèrent »: La colère de Faya suite à une injonction du MATD…
CONAKRY- « S’ils veulent nous dissoudre, qu’ils aillent de l’avant ». Dans la dernière partie de l’interview qu’il nous accordée, Dr Faya Lansana Millimouno a livré une analyse sans concession sur la nouvelle injonction du MATD (ministère de l’Administration du Territoire et de la décentralisation) relative au respect de la nouvelle loi organique L 2025-035-CNT et la vague de dissolutions de partis politiques.
AFRICAGUINEE.COM : Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) somme les partis politiques de se mettre en règle vis-à-vis de la nouvelle loi organique L 2025-035-CNT du 21 novembre 2025. Comment réagissez-vous face à cet ultimatum qui expire le 25 mai prochain ?
Dr FAYA LANSANA MILLIMOUNO : Il y a une question de rétroactivité. C’est un principe républicain qu’une loi ne peut pas être appliquée de façon rétroactive. Le Bloc Libéral va prendre les congrès que nous avons organisés en 2025, qui ont préparé le congrès national, transformé ensuite en convention, pour m’investir comme candidat ; nous allons leur déposer ces documents. S’ils veulent nous dissoudre, ils n’ont qu’à aller de l’avant. Je n’avais pas voulu intervenir dans le champ politique. Mais la dernière fois, j’ai été obligé de prendre la parole pour dire qu’il faut qu’on arrête ce genre de pratiques. Parce que sinon, c’est comme cela que les problèmes commencent.
Une République reste une République. Elle doit être gérée avec transparence et dans le respect des principes. Mais ce n’est pas ce que nous sommes en train de voir aujourd’hui. Le fait de donner des ultimatums par-ci, par-là… Nous avons dit que nous les soupçonnons. Et ils ont le devoir de prouver que ce n’est pas ce qu’ils sont en train de faire.
Parce que lorsqu’un ministre, un Premier ministre, chef du gouvernement, reçoit pour mission de mettre en place un parti politique, c’est un parti-État. Un parti politique doit être créé par des citoyens ordinaires qui ne gèrent pas les ressources publiques. Aujourd’hui, lorsque Bah Oury se déplace d’un point A à un point B, -même pour aller au siège d’une entité quelconque-, vous comprenez qu’il utilise les fonds publics.
Donc pour nous, c’est un parti-État que l’on est en train de mettre en place. Et en même temps, on veut s’attaquer à des partis politiques qui existent déjà et qui respectent la loi. Le Bloc Libéral n’a absolument rien à se reprocher. Et si cela continue ainsi, ils n’ont qu’à nous dissoudre.
Le Gouvernement a dissous 40 partis politiques pour « manquement à leurs obligations légales ». Quelle lecture faites-vous de cette décision ?
C’est une grande déception. Comme je l’ai dit, la Guinée est une République. Par rapport à cet arrêté, il ressemble à une sorte de harcèlement. Depuis que le CNRD est arrivé, on a évalué les partis politiques au moins deux fois. Nous nous sommes soumis à cela parce que nous pensons que cela pourrait nous amener à quelque chose de plus efficace.
Mais ce n’est pas ce que nous sommes en train de voir. Ce sont plutôt des prétextes que l’on utilise encore une fois (…). Sinon, prenez le cas de mon parti. Depuis que le Bloc Libéral s’est formé, nous avons toujours été respectueux de la loi. D’abord de nos statuts, de notre règlement intérieur et même des lois qu’on nous oppose aujourd’hui pour dire qu’il faut permettre l’alternance. Moi, je n’ai pas attendu le vote d’une loi pour favoriser cela.
J’ai dirigé le Bloc Libéral pendant deux mandats. Personne ne m’y a obligé. Au contraire, beaucoup ont menacé de quitter le Bloc Libéral si je quittais la tête du parti. Cela m’a demandé des mois de discussion avec les membres pour parvenir à une compréhension. Et après le changement à la tête du Bloc Libéral, le processus a continué.
En 2025, nous avons commencé les congrès à la base, en prélude au congrès national qui s’est tenu en octobre. Nous avons renouvelé nos structures à la base entre juillet et août 2025. Ensuite, nous avons renouvelé les structures au mois de septembre et terminé début octobre avec les fédérations.
C’est ce qui nous a permis de convoquer un congrès national qui a renouvelé nos structures nationales. Et voilà que, parce qu’une loi a été votée en novembre, on nous demande de tenir un congrès extraordinaire. Mais attendez, cela coûte de l’argent. Pour organiser des milliers de congrès à la base, des centaines au niveau des sous-préfectures et des dizaines au niveau des fédérations – sans compter que nous avons aussi des fédérations à l’étranger – il faut mobiliser des moyens.
À chaque fois qu’un congrès doit être tenu, il faut la présence d’un responsable d’un niveau supérieur. Sans compter que cela implique souvent le déplacement de nombreuses personnes. Tout cela coûte de l’argent.
Vous recevez des subventions de la part de l’État, non ?
Non, mais attendez. Il n’y a pas de subvention. Vous faites allusions à ce qu’ils donnent là pendant les élections ? Même pendant les élections, les partis politiques n’ont jamais été subventionnés ici, si ce n’est pas à l’occasion des élections présidentielles. Il n’y a même pas de subvention pour couvrir ce que cela nous coûte de faire fonctionner un parti politique. Nous nous sommes constitués en parti politique et nous nous battons pour des valeurs.
Parmi les partis politiques déclarés dissous aujourd’hui, il y en a qui ont obtenu leur certificat il n’y a même pas encore six mois. Prenez l’exemple de l’UFR. Après avoir fourni toutes les preuves de son existence légale, ce parti a obtenu son certificat il n’y a même pas sept mois. Comme les certificats que nous avons obtenus nous-mêmes. Il y a aussi d’autres partis politiques, comme le PGSD, et bien d’autres encore, qui ne s’attendaient pas à ce qu’un tel scenario se prépare quelque part.
Tout cela n’explique rien, sinon une volonté d’empêcher qu’il y ait un jeu transparent et crédible lors des élections à venir. Regardez aussi la manière dont les cautions ont été fixées. En 2018, lorsque nous participions aux élections locales, la caution était de 3 millions de francs guinéens pour une commune rurale et de 8 millions pour une commune urbaine.
Aujourd’hui, on parle d’une augmentation de 437 % pour les communes urbaines, qui passent de 8 millions à 35 millions de francs guinéens. Et pour les communes rurales, l’augmentation est de 1266 %, passant de 3 millions à 35 millions. Écoutez, il ne faut pas transformer la compétition politique dans notre pays en une affaire de riches. Nous demandons simplement à nos militants de cotiser pour payer la caution. Nous ne puisons pas dans la caisse de l’État.
Nous y reviendrons !
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 17 mars 2026 12:27Nous vous proposons aussi
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