Secteur informel : les Centres de Gestion Agréés (CGA) au cœur d’une stratégie de transformation économique
CONAKRY- Grâce au soutien d’Expertise France, le Ministère du Budget, à travers le Secrétariat Permanent des CGA, a lancé jeudi 11 septembre 2025 l’atelier de consultation technique sur la restructuration et la dynamisation des Centres des Gestions Agrées (CGA). Cet atelier a pour objectif d’examiner les insuffisances des textes réglementaires et de valider des propositions concrètes. Au cours de deux jours d’échanges, les participants vont définir le rôle fondamental des CGA au sein de l’écosystème économique guinéen ; jeter les bases de partenariats stratégiques pour maximiser l’impact de leurs actions et enfin valider une feuille de route claire et ambitieuse pour les cinq prochaines années.

Financé par l’Union Européenne et la France et mis en œuvre par Expertise France, cet atelier s’articule autour de quatre axes stratégiques à savoir : examiner et améliorer le cadre légal et institutionnel, renforcer et déployer les CGA dans les régions, améliorer leur visibilité auprès des acteurs économiques et assurer leur viabilité et leur pérennité.
La cérémonie de lancement a été présidée par le Secrétaire général du ministère du Budget. Dans son discours, Thierno Amadou Bah a rappelé que les données de l’enquête nationale sur l’emploi et le secteur informel (ENESIG-2018/2019), ont montré qu’il existe plus de 1,8 millions d’unités de production informelles sur l’ensemble du territoire guinéen.
« Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques ; ils représentent les efforts ; l’ingéniosité et le courage de milliers de guinéens qui, au quotidien, contribuent de manière essentielle à la vie de nos communautés », a-t-il rappelé.
Ce secteur se heurte à de nombreux défis, parmi lesquels : La complexité administrative, le coût élevé des démarches, le manque d’accès à l’information sur le financement et un niveau de compétences en gestion souvent insuffisant. Autant d’obstacles qui constituent des freins à leur plein épanouissement.
C’est pour répondre à cette réalité que l’État guinéen a pris une initiative majeure en 2017 en créant des Centres de Gestion Agréés (CGA) dont la vocation essentielle est d’une part, de favoriser l’encadrement et l’assistance des PME/PMI et d’autre part, d’accélérer la formalisation des entreprises grâce à une stratégie d’incitations fiscales différentielles.

« Les Centres de Gestion Agréés (CGA) sont nés d’une vision, celle d’accompagner les micros, petites et moyennes entreprises vers la formalisation. Ils sont des plateformes d’appui essentielles, conçues pour réduire la part de l’informel dans notre économie et élargir l’assiette fiscale, condition nécessaire à notre développement. Dans un tel contexte, les CGA pourraient sûrement constituer des outils efficaces pour réaliser la transition des ‘’petits’’ et ‘’moyens’’ commerçants, et leur permettre de bénéficier d’avantages importants comme l’accès au crédit, aux abattements et exonérations en termes d’impôts et taxes », a aussi expliqué Thierno Amadou Bah.
Selon lui, le secteur informel guinéen est le principal créateur de richesse et d’emploi du pays avec environ 95% des emplois dans l’économie.
« Nous allons continuer à le soutenir et à l’accompagner en joignant nos efforts pour faire de ce secteur, un véritable levier de croissance économique. Les Petites et Moyennes Entreprises d’aujourd’hui, peuvent devenir demain, les grands champions de l’économie guinéenne. Ces « petits » commerçants peuvent devenir des investisseurs, créateurs de larges gammes de biens et services à mettre à la portée des consommateurs. Ils peuvent être des grands créateurs de richesse pour la nation. Toutefois, le passage de ‘’petite’’ à grande entreprise suppose que la ‘’ petite’’ soit formalisée, qu’elle dispose d’une comptabilité certifiée et qu’elle respecte la réglementation », a-t-il lancé.

De son côté, le Directeur pays d’Expertise France en Guinée a expliqué l’importance de cet atelier pour la Guinée. « Cet atelier qui réunit l’ensemble des parties prenantes en charge des CGA, devra permettre d’avoir, d’une part, un diagnostic partagé sur les forces et les faiblesses du diagnostic sur ces CGA, une liste des dispositions des textes réglementaires des CGA à réviser ou à proposer, un consensus sur le rôle et la place des CGA dans le système fiscal guinéen avec des pistes de reconnaissance et d’intégration formelles, des axes de partenariat et des engagements préliminaires avec les institutions et les organisations professionnelles clés, un renforcement de la collaboration et de la synergie entre les acteurs de l’écosystème fiscal et entrepreneurial et une feuille de route partagée pour le développement des CGA », a expliqué Nicolas Huet qui fonde son espoir sur les résultats positifs qui sortiront de ces deux jours d’atelier.

« Ces résultats, s’ils sont atteints, permettront de co-construire un consensus fort autour de propositions pour enclencher une dynamique de changement durable du système de promotion des CGA. Cela sera également un levier pour accélérer la formalisation d’un pan de l’économie guinéenne opérant en dehors des radars de l’administration fiscale et par ricochet, favorisant l’élargissement de l’assiette fiscal et une mobilisation accrue des ressources intérieures. Ces ressources sont un espoir de développement pour l’ensemble des Guinéens et particulièrement la jeunesse et les entrepreneurs qui sont également, dans le cadre du projet AMRIC, les cibles de campagnes de sensibilisation », a martelé Nicolas Huet.
Dans son allocution, Friedrich Conrad a rappelé que l’Union européenne finance à travers le programme AMRIC, plusieurs activités d’appui aux CGA (bilan, plans d’actions, actions de communication) en Guinée. Il ajoute que l’UE est très attentive au succès de ses réalisations qui doivent concourir avant tout à améliorer la formalisation des entreprises et l’élargissement de la base fiscale.
« La Guinée, comme beaucoup de nations émergentes, est confrontée à un double défi : d’une part, élargir sa base fiscale pour mobiliser des ressources internes nécessaires au financement du développement, et d’autre part, soutenir les petites et moyennes entreprises (PME/PMI) qui constituent le moteur de la croissance et de la création d’emplois », a fait savoir le chef d’équipe, économie et santé à la délégation de l’Union européenne en Guinée.

D’après ce diplomate européen, les Centres de Gestion Agréés jouent un rôle central et une véritable interface entre l’administration fiscale et les opérateurs économiques. Selon Friedrich Conrad, cette dynamique vise à :
- Accompagner les entreprises dans la tenue de leur comptabilité et la gestion transparente de leurs activités ;
- Renforcer la culture fiscale particulier les PME souvent confrontées à un manque de compétences techniques ;
- Réduire l’informel en incitant les acteurs économiques à rejoindre le secteur formel grâce à un accompagnement adapté ;
- Et surtout, instaurer une relation de confiance entre l’administration et les contribuables, fondée sur la transparence et la responsabilité partagée.
Selon lui, pour que ces Centres remplissent pleinement leur mission, il est indispensable d’adopter un pilotage stratégique efficace, impliquant :
- Une gouvernance claire et inclusive, par l’administration fiscale, les organisations professionnelles, et les CGA eux-mêmes dans un cadre de concertation permanent ;
- La mise en place d’outils de suivi et d’évaluation pour mesurer la performance des centres et améliorer continuellement leurs services ;
- Une politique d’incitation adaptée, incluant des avantages fiscaux et administratifs pour les entreprises adhérentes, afin de rendre l’adhésion plus attractive ;
- Un renforcement des capacités humaines techniques des CGA, et notamment par la formation, la digitalisation des outils de gestion et l’appui institutionnel ;
- Des actions fortes visant à proposer la création de CGA partout sur le territoire et particulièrement dans les zones à très fort potentiel économique et d’accompagnement du programme SIMANDOU 2040.
Pour Friedrich Conrad, la promotion des CGA doit également occuper une place de choix. Celui de les faire connaître aux opérateurs économiques, mais aussi de valoriser leur rôle dans l’assainissement du climat des affaires.
« Des campagnes de sensibilisation, des partenariats avec les chambres de commerce, les associations professionnelles et les institutions financières peuvent être de puissants leviers. Promouvoir et renforcer les Centres de Gestion Agréés, c’est investir dans la transparence, la bonne gouvernance économique et la compétitivité des entreprises guinéennes. C’est aussi un moyen durable de consolider la mobilisation des recettes intérieures, en élargissant la base fiscale sans asphyxier les opérateurs », a aussi ajouté ce diplomate européen.

Pour sa part, la Directrice des mines, carrières, sous-traitants à la Direction générale des impôts a expliqué à son tour qu’un grand nombre d’entreprises guinéennes habituées aux pratiques informelles peinent toujours à respecter les normes comptables et les exigences de gestion rigoureuses. D’après Ramatoulaye Baldé cette faille rend l’accompagnement des CGA plus complexe.

« L’accès au financement reste un obstacle persistant pour de nombreuses PME malgré l’existence des CGA. Face à ces défis, les perspectives pour leur émergence restent toujours à vue. La Guinée s’est engagée dans un vaste programme de réformes juridiques, institutionnelles et administratives dans lequel le programme des CGA occupe une place de choix. L’ambition est claire, renforcer leur rôle et étendre leur portée pour qu’ils deviennent des piliers encore plus solides au développement économique. Les CGA seront au cœur de la stratégie de développement économique de la Guinée. Il est de notre responsabilité collective de les soutenir, de les adapter et de les renforcer afin qu’ils puissent pleinement jouer leur rôle dans la construction d’un avenir prospère pour tous les Guinéens », a fait savoir Ramatoulaye Baldé.

Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 12 septembre 2025 04:00Nous vous proposons aussi
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