Peine de mort, mœurs…réseaux d’escroquerie: radiographie de la situation des détenus guinéens au Mali

BAMAKO– Plus d’une centaine de ressortissants guinéens – qu’ils soient résidents établis ou migrants en transit – croupissent actuellement dans les établissements pénitentiaires du Mali. Entre détention préventive prolongée et infractions de droit commun, un bulletin récapitulatif de la situation carcérale des expatriés africains lève le voile sur le sort de ces compatriotes derrière les barreaux.

Selon les statistiques consultées par Africaguinee.com, l’effectif des détenus guinéens sous main de justice au Mali oscille entre 82 et 150 individus. À titre de comparaison, le Sénégal compte 121 ressortissants incarcérés et la Côte d’Ivoire 41.

Ces détenus sont aujourd’hui dispersés à travers plusieurs centres pénitentiaires du pays, notamment à Bamako, Kati, Kangaba, Dioïla, Yanfolila, Koutiala, Kayes, ainsi qu’au centre pour femmes de Bollé.

L’analyse des dossiers met en évidence de sérieuses lenteurs administratives. De nombreuses détentions préventives se prolongent de manière excessive, frisant parfois l’arbitraire, tandis que certains chefs d’accusation laissent planer le doute.

Pour autant, le constat sur le terrain montre que les tribunaux et les cours d’assises du Mali font preuve d’une certaine équité, traitant les nationaux et les expatriés africains sur un pied d’égalité. La grande majorité des Guinéens définitivement jugés purgent des peines correctionnelles relativement courtes, allant de deux à cinq ans de prison ferme, principalement pour des délits dits « d’atteinte aux droits communs » ou violation des mœurs et coutumes locales.

Deux cas marquants : la peine capitale et le drame de Djikoroni-para

Sur les registres judiciaires couvrant la période de 2021 à 2026, un seul ressortissant guinéen a été condamné à la peine capitale pour une affaire d’assassinat. Il s’agit du nommé R. Kamano, né en 1978 à Guéckédou, dont la sentence a été prononcée le 1er mars 2024 par la Cour d’assises de Bamako.

Du côté du Centre de détention, de rééducation et de réinsertion des femmes et des filles de Bollé (Bamako), neuf (9) femmes guinéennes purgent actuellement leurs peines. Parmi elles, le cas de la jeune S.D. Diallo avait particulièrement secoué l’opinion publique malienne.

Née en 2002 dans la préfecture de Mali (Guinée), cette jeune dame mariée avait été arrêtée le 14 octobre 2021 à Djikoroni-para pour une tentative d’assassinat sur son époux. Reconnue coupable par la Cour d’assises le 5 février 2024, elle a été condamnée à cinq ans de prison ferme. Sa détention prendra fin le 14 octobre prochain.

Orpaillage, réseaux « QNET » et aléas de la migration

Les facteurs qui alimentent cette population carcérale guinéenne au Mali sont bien connus. Il s’agit principalement de l’attrait pour les zones minières (orpaillage clandestin), des dérives des réseaux d’escroquerie et enfin des aléas de la migration irrégulière.

À titre d’exemple, la Brigade de répression du trafic de migrants et de la traite des êtres humains de Bamako a récemment démantelé un réseau lié à la structure QNET-Ltd. Cette opération a conduit à l’interpellation de plus d’une soixantaine de migrants guinéens, tous inculpés et placés sous mandat de dépôt à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.

En parallèle, de nombreux autres migrants en situation d’arrestation provisoire continuent de saturer les violons et locaux disciplinaires de la police et de la gendarmerie maliennes dans l’attente de la régularisation de leur situation.

Djankourou Diallo,

Correspondant permanent d’Africaguinee.com

A Bamako

Créé le 24 juin 2026 19:13

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