Parcelles bradées, environnement détruit, cimetière agressé : Les habitants de Kénendé Plateau sur le qui-vive

Secteur enclavé de la commune de Dubréka, Kénendé Plateau étouffe sous la pollution industrielle, l’extraction sauvage de sable et la spéculation foncière. Entre déficit d’infrastructures et profanation présumée de cimetière, la colère gronde contre les autorités locales. Immersion.

Un secteur aux oubliettes de la modernité

Situé sur une colline et ceinturé par plusieurs montagnes — dont la célèbre Kakoulima —, le secteur de Kénendé Plateau manque cruellement de tout. Pas d’électricité, pas d’eau potable, pas de routes praticables ni la moindre infrastructure publique pour une population pourtant en plein essor démographique.

Dans cette localité de la commune de Dubréka, tout ou presque semble être « bradé » : les parcelles des citoyens, les réserves foncières dédiées aux projets étatiques et même le cimetière local, en passe d’être transformé en site d’extraction de sable. Selon les victimes, les coupables sont clairement identifiés : il s’agit de certains responsables locaux.

Kénendé Plateau souffre d’un enclavement sévère dû à l’état piteux de la principale voie de secours qui le relie à Kalema sur une distance de 3 kilomètres. Ironie du sort, la zone abrite pourtant plus de vingt unités industrielles (usines de fer à béton, de jus, de tôles, de farine, de couches jetables, entre autres).

Dès l’arrivée sur les lieux, le visiteur est immédiatement frappé par les épaisses fumées rejetées par certaines de ces usines et par le calvaire d’une route parsemée de gigantesques nids-de-poule.

« Nous souffrons énormément ici. Les autorités locales amadouent les populations en prétendant aménager des routes, alors que leur seul but est de vendre nos terres. De plus, elles nous imposent des prétendues « taxes de développement » qui varient entre 1 et 2 millions de francs guinéens par concession, indexées sur la taille des bâtiments. Cela dure depuis 20 ans. En contrepartie, la localité n’a ni poste de santé, ni route. Les femmes en travail doivent être transportées à moto », témoigne un consultant en développement, sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité.

Selon les habitants, sur six parcelles initialement réservées pour l’érection d’un poste de santé, deux auraient été revendues par les chefs des secteurs 4 et 5. Pour espérer voir un centre de santé sortir de terre, la communauté a dû s’en remettre à un projet initié par une ONG sur financement extérieur.

Des collines éventrées par les carrières clandestines

Outre le bradage foncier, la physionomie de Kénendé Plateau est aujourd’hui défigurée par d’immenses carrières d’extraction de sable, destinées à alimenter les chantiers d’autres localités.

« Un seul chargement de camion est vendu à 1 500 000 francs guinéens », nous confie notre guide, en pointant du doigt près de dix carrières à ciel ouvert qui balafrent les flancs des collines.

Le scandale du cimetière profané

Plus grave encore, les huit parcelles attribuées pour servir de cimetière à la communauté sont aujourd’hui largement entamées par l’extraction de sable. Les dividendes de ce commerce seraient directement empochés par le chef du secteur 4.

« Il y avait jusqu’à douze camions qui venaient charger de la terre dans ce cimetière transformé en carrière. Au total, sept corps ont été déterrés lors des opérations d’extraction. C’est ce qui a mis le feu aux poudres dimanche dernier entre le chef du secteur 4, Mody Oury, et les jeunes de la localité. Ces derniers sont intervenus pour stopper les travaux et ont escorté la machine jusqu’au poste de police », raconte un habitant ayant pris part aux altercations.

Un autre citoyen renchérit, non sans amertume : « Il faut que les autorités supérieures nous viennent en aide. Nous ne pouvons pas perdre ce cimetière. Cet espace nous a été offert par un bienfaiteur, et c’est ce que Mody Oury tente de vendre. C’est un habitué des faits. Il a déjà vendu un domaine communautaire à la société Odhav Multi-industries, une usine de fer à béton qui pollue gravement notre environnement. Chez nous, pour avoir de l’eau, il faut creuser son propre puits. Pour avoir du courant, il faut acheter ses propres poteaux. Cet homme ne s’intéresse qu’à l’argent. Il a même suspendu le troisième imam de notre mosquée, l’accusant de complicité avec les citoyens qui s’opposent à la vente du cimetière. »

Le chef de quartier est lui aussi pointé du doigt comme complice présumé de cette gestion opaque.

La défense du chef de secteur

Contacté par nos soins, le chef du secteur 4, Mody Oury, a accepté de livrer sa version des faits par voie téléphonique. Il rejette en bloc toutes les accusations :

« Le domaine que l’on m’accuse d’avoir vendu appartient en réalité à un certain Alhassane Sow, qui l’a acquis depuis 2007. Cette zone n’est pas un cimetière. Des cadres du ministère de l’Habitat ont effectué une inspection sur les lieux et ont confirmé après vérification que ce domaine n’est pas un site funéraire. Le cimetière se trouve juste à côté. Malgré ces clarifications, les gens ont tenté de s’en prendre à moi. Ils ont voulu caillasser mon domicile, et je n’ai dû mon salut qu’à l’intervention des gendarmes », s’est défendu Mody Oury, démentant par la même occasion toute interpellation par les forces de l’ordre.

Le spectre du drame de Maneah

Aujourd’hui, les habitants de Kénendé Plateau vivent dans la peur constante d’une catastrophe écologique. L’agression agressive et continue du sol fait peser un risque majeur d’éboulement de terrain.

La localité ne se trouve qu’à deux kilomètres de la carrière de Maneah, triste mémoire d’un glissement de terrain meurtrier qui avait coûté la vie à 32 personnes en 2025.

« Notre plus grande hantise est que le drame de Maneah se répète ici. Les techniques sauvages d’extraction de sable qui ont causé la catastrophe là-bas sont exactement les mêmes qui sont pratiquées ici », alerte le consultant en développement.

Face à ce péril imminent, l’action de l’État se fait attendre. « Le ministère de l’Environnement avait dépêché la direction nationale d’évaluation des impacts environnementaux. Ils ont mené quelques missions et produit un rapport. Nous avons relancé la procédure en 2026. Actuellement, le dossier est en cours, mais sur le terrain, rien ne bouge… », regrette, dépité, un habitant de Kénendé.

Un reportage de Dansa Camara DC

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 juin 2026 13:18

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