Guinée : Face à la marée des déchets plastiques, des citoyens innovent pour sauver l’environnement

CONAKRY- Les caniveaux débordent, les routes sont envahies par les ordures après chaque pluie et les déchets plastiques s’accumulent dans plusieurs quartiers de la capitale guinéenne. À Conakry, la pollution plastique atteint aujourd’hui des proportions inquiétantes. Selon un sondage Afrobarometer publié en 2024, huit Guinéens sur dix considèrent que la pollution dans leur communauté est « un peu grave » ou « très grave ». Une large majorité pointe du doigt les sacs plastiques comme l’une des principales sources de cette pollution. 

Les chiffres sont alarmants. D’après le ministère de l’Environnement et du Développement durable, les importations de plastique ont triplé au cours des vingt dernières années. La Guinée produit près de 580 000 tonnes de déchets chaque année. À Conakry seulement, plus de 1 200 tonnes d’ordures sont générées quotidiennement, aggravant les problèmes d’insalubrité et les inondations récurrentes.

En juin 2023, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) révélait que chaque année, l’humanité produisait plus de 400 millions de tonnes de plastique, dont un tiers n’est utilisé qu’une seule fois. À l’époque, le PNUD avait annoncé que chaque jour, l’équivalent de plus de 2 000 camions à ordures remplis de plastique est déversé dans les océans, dans les rivières et dans les lacs.

Le PNUD avait fait savoir en 2023 que la quantité de déchets plastiques produits en Guinée était de 0,603 kilogrammes par jour et par habitant soit environ 500 000 tonnes de déchets plastiques se trouvant dans la nature avec des conséquences catastrophiques sur la santé des populations et l’environnement.  

C’est notamment pour réduire les impacts néfastes des déchets plastiques sur la santé des populations, les écosystèmes, les ressources en eau, les sols, ainsi que sur le cadre de vie des citoyens, que le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a dans un communiqué publié le 26 mai 2026, rappelé aux importateurs, industriels, distributeurs et commerçants, l’obligation de respecter strictement les dispositions du Décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024. 

Ce décret porte sur l’interdiction de la fabrication, de l’importation, de la détention en vue de la commercialisation et de l’utilisation des emballages et objets en plastique à usage unique en République de Guinée. Une décision qui entrera en vigueur, à compter du 20 septembre 2026.

Avant la mise en place de dispositifs de contrôle et de saisie des stocks de sachets d’eau détenus par des personnes physiques ou morales non autorisées, des particuliers ont développé des initiatives allant dans le sens de pallier ce problème. C’est le cas d’Abdoulaye Ali Camara, un entrepreneur qui transforme les déchets en opportunités à Dabompa, dans la commune de Tombolia.

Sous un soleil timide de ce mardi 16 juin 2026, dans un atelier modeste situé à Tombolia, des coques de coco, des bidons plastiques et des pneus usés sont empilés dans un coin de la cour. Au milieu de cet univers que beaucoup assimilent à une poubelle, Abdoulaye Ali Camara voit plutôt une mine de richesses.  

Fondateur de la PME Damaro Eco Plus, ce jeune entrepreneur s’est lancé dans le recyclage après avoir constaté la dégradation de l’environnement dans sa région d’origine. « Je ne voulais pas devenir innovateur. Tout est parti d’un constat. Après mes études, je suis retourné chez moi et j’ai vu le niveau de dégradation de notre environnement. Je me suis demandé comment résoudre ce problème », raconte-t-il. Depuis près de sept ans, lui et son équipe travaillent à transformer divers déchets en produits utiles.

« Aujourd’hui, nous valorisons presque 90 % des déchets que nous recevons. Les déchets organiques sont transformés en charbon écologique ou en engrais. Les déchets plastiques deviennent des pavés, des poubelles, des balais ou encore des supports pour des espaces verts », explique-t-il. 

À quelques mètres de lui, des démonstrations de produits recyclés témoignent du potentiel de cette filière encore peu développée en Guinée. Foutouma Camara, utilisatrice des balais et poubelles en plastique fabriqués par Abdoulaye Camara affirme que « Mon frère fabrique des balais en plastique et m’en a donné un à utiliser. Je le trouve vraiment très efficace et je l’utilise depuis longtemps. Lorsque mes amies l’ont vu, elles ont également décidé de l’acheter et de l’utiliser. Il m’a aussi donné une poubelle fabriquée à partir de plastique recyclé, et elle est également de très bonne qualité. Nous demandons aux autorités ainsi qu’aux personnes de bonne volonté de le soutenir, car son initiative nous permet de contribuer à débarrasser nos rues des déchets plastiques que l’on retrouve partout. », a-t-elle dit. 

Le manque de moyens, principal obstacle

Malgré les résultats obtenus, l’entrepreneur affirme travailler dans des conditions particulièrement difficiles. « Nous n’avons reçu aucun soutien financier. Nous avons les idées, le savoir-faire et une partie des équipements, mais nous manquons d’un site adapté pour développer nos activités », regrette-t-il. Selon lui, la demande existe mais les capacités de production restent limitées. « Le problème est que nous travaillons encore de manière artisanale. Sans équipements modernes et sans espace de travail approprié, il est difficile de satisfaire la demande », souligne-t-il. 

Un appel à l’État et aux partenaires

Face à l’ampleur de la crise des déchets, les acteurs du recyclage appellent les autorités à soutenir davantage les initiatives locales. « Nous ne prétendons pas résoudre tous les problèmes du pays, mais nous pouvons contribuer efficacement à la gestion des déchets et à l’assainissement de nos villes. Les déchets sont notre matière première. Avec un accompagnement adapté, nous pouvons transformer ce problème en opportunité », lance Abdoulaye Ali Camara. 

Des sacs biodégradables qui gagnent du terrain

L’interdiction progressive des sachets plastiques pousse également certains commerçants à se tourner vers des solutions alternatives. Au marché de Madina, Boubacar Sidi Bah commercialise des sacs biodégradables. Malgré un prix plus élevé, il constate une évolution des habitudes de consommation. 

« Ces sacs coûtent environ 5 000 francs guinéens, mais ils peuvent être utilisés plusieurs semaines. Les clients commencent à comprendre leur utilité et nous enregistrons une demande croissante », explique-t-il. Pour ce commerçant, la transition écologique représente certes un défi économique, mais elle constitue une nécessité. « Cela contribue à protéger l’environnement et à sensibiliser les populations à des comportements plus responsables », ajoute-t-il.

Même constat chez Fatoumata Binta Conté, utilisatrice régulière de ces emballages rencontré à Madina. « Les plastiques biodégradables sont efficaces. On peut les utiliser plusieurs fois. C’est vrai qu’ils sont plus chers, mais nous demandons aux autorités de promouvoir davantage leur utilisation », plaide-t-elle.

Les risques du recyclage informel 

Si le recyclage apparaît comme une solution prometteuse, les spécialistes mettent également en garde contre certaines pratiques. Consultant en évaluation environnementale et enseignant à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, Mohamed Barry estime que le recyclage doit être encadré afin d’éviter de nouveaux problèmes environnementaux.

« À Conakry, le recyclage des déchets plastiques, bien qu’utile pour réduire les volumes de déchets, présente aussi des risques environnementaux et sanitaires lorsqu’il est réalisé dans des conditions inadéquates », prévient-il.

Images environnementaliste

Selon lui, les procédés non maîtrisés peuvent provoquer le rejet d’eaux usées polluées, l’émission de fumées toxiques lors de la combustion ou encore la contamination des sols.

« Les travailleurs du secteur sont souvent exposés à des conditions précaires. Sans équipements de protection, ils risquent des blessures, l’inhalation de substances dangereuses et l’exposition à divers agents pathogènes », explique l’expert.

Alors que Conakry continue de faire face aux défis de l’insalubrité et des inondations, ces initiatives citoyennes apparaissent comme des pistes concrètes pour bâtir une économie circulaire capable de concilier protection de l’environnement, création d’emplois et développement durable. 

 

Reportage réalisé par Oumar Bady Diallo et Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 19 juin 2026 14:21

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