« Nous ne dormons pas »: l’angoisse des riverains de la carrière de Koliady à Kindia
KINDIA – L’exploitation de la carrière de Koliady, source majeure d’agrégats de construction pour la région, est devenue une menace grandissante pour les habitants des environs. Au-delà de l’impact environnemental, les riverains dénoncent une mauvaise gestion de la ressource et un manque de retombées économiques, tandis que leurs conditions de vie se dégradent.

Sur le site d’extraction de graviers, de latérite et de sable, les habitants témoignent des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Sékou Camara, rencontré dans un bas-fond, se lamente des pertes qu’ils subissent : « Ce bas-fond est l’héritage laissé par nos parents. C’est lorsque les exploitants ont commencé à travailler ici que nous avons perdu le rythme de la production en riz. Nous avons l’habitude de cultiver deux fois par an, mais depuis l’avènement de cette carrière, nous sommes dans les difficultés. »

L’exploitation a rendu leurs terres arables impraticables, remplies de graviers et de sable, ajoute ce paysan. Les habitants déplorent l’absence de toute infrastructure en compensation des dommages. « Nous ne gagnons aucun bénéfice dans l’exploitation de cette carrière. Nous n’avons pas de route, pas de lieu d’approvisionnement en eau potable, nous n’avons aucune infrastructure », explique Sékou Camara.

Fodé Moussa Camara, l’un des sages de la localité, exprime sa joie de voir des journalistes venir témoigner de leur situation : « C’est une immense joie pour nous de vous avoir dans notre localité. La route que vous avez empruntée n’est pas praticable, les camions et les machines lourdes qui circulent à longueur de journée impactent négativement nos maisons. Parfois, on a peur que la douche que nous avons ici s’effondre. »

Ce notable du village pointe également l’impact sur la santé des familles : « Aucun membre de la famille ne peut dire ici qu’il peut faire deux mois sans aller à l’hôpital à cause des maladies. »

Les femmes sont également touchées, comme le témoigne Fatou Sylla, trouvée près d’un point d’eau : « Les difficultés que nous traversons ici, en premier lieu, c’est que nous n’avons pas de point d’eau potable, en plus de la carrière qui a fini par détruire nos champs agricoles et même les cultures.

Là où nous nous approvisionnons en eau, s’il pleut, ce sont les eaux de ruissellement de la carrière qui se déversent sur cette partie, et l’eau change de couleur, nous ne pouvons plus l’utiliser. »

Une taxe jugée dérisoire
Saliou Moussa Camara reconnaît qu’une part de la taxe est versée par les exploitants, mais la qualifie de dérisoire. Il décrit l’isolement des habitants à cause du mauvais état de la route : « Personne ne vient nous rendre visite, faute de route », se désole-t-il, évoquant également les fissures sur leurs maisons causées par les vibrations des machines.

« Nous ne dormons pas, l’esprit n’est pas tranquille », dit-il, insistant sur le fait que les habitants n’ont « aucun intérêt de cette exploitation sinon que des difficultés ». Il demande l’aide des autorités locales.
Le président du conseil de quartier de Koliady, Aboubacar Bangoura, confirme les doléances des habitants et dénonce le manque de soutien de l’État. Il affirme que la communauté ne reçoit que 10% des revenus de la carrière, ce qu’il juge insuffisant.

Interrogé sur le sujet, le directeur préfectoral des mines, de la géologie, des carrières et de l’exploitation artisanale de Kindia a refusé de s’exprimer, renvoyant la responsabilité à d’autres entités.

Face à un avenir incertain, les habitants de Koliady tirent la sonnette d’alarme, espérant que leur appel sera entendu et que des mesures seront prises pour garantir leur sécurité et leur bien-être.


Reportage réalisé par Chérif Kéita,
Correspondant régional d’Africaguinee.com à Kindia.
Créé le 14 août 2025 08:09Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Guinée, Reportages









