Notation B+: « Les occidentaux ne doivent pas nous tromper… », prévient l’universitaire Makanéra Kaké
CONAKRY- L’attribution par L’Agence S&P de la note inaugurale B+ avec perspective stable à la Guinée est saluée par le gouvernement comme un puissant catalyseur pour l’accès aux financements internationaux. Dans la seconde partie de l’interview qu’il nous accordée sur ce sujet, l’Universitaire Alhassane Makanéra Kaké indique que cette reconnaissance financière doit être maniée avec prudence.
Selon lui, cette notation ouvre la voie à un meilleur accès aux marchés mais ne doit pas faire oublier la nécessité des réformes internes profondes. L’objectif prioritaire doit être l’attraction d’Investissements Directs Étrangers (IDE) — jugés plus avantageux que l’emprunt risqué — pour diversifier l’économie au-delà du secteur minier et accélérer la concrétisation du Fonds Souverain.
AFRICAGUINEE.COM : Le gouvernement présente la notation inaugurale de B+ avec une perspective stable attribuée par S&P à la Guinée comme un catalyseur pour l’accès aux financements internationaux. Selon vous, quel type de financement pourrait devenir plus accessible pour le pays et quel pourrait être le plus avantageux également ?
Dr ALHASSANE MAKANÉRA KAKÉ : Je préfère les investissements directs. C’est le type d’investissement qui est meilleur, à condition qu’on accepte des réformes internes. Ce que je vous dis, ça ne date pas aujourd’hui (…). On peut donner la chance à un investisseur de réaliser des investissements chez nous, construire une usine etc. mais ce n’est pas l’argent liquide qu’il nous donne, il vient avec son argent, il crée son entreprise, il réalise des activités chez nous, il crée l’emploi, il paie l’impôt, il paie les dividendes. Ça c’est l’investissement direct.
Mais à côté, il y a l’emprunt, que moi je n’encourage pas, c’est nous qui prenons de l’argent, avec un taux d’intérêt souvent élevé, mal géré, et mal financé. On fait une mauvaise allocation des ressources, à un taux d’intérêt élevé, finalement on se pose la question, mais l’argent que j’ai pris, ça a servi à quoi (…). Souvent c’est ce qui arrivent aux pays en voie de développement, ils prennent 10 millions Us voire plus, ils remboursent 15 millions, ils restent encore endettés.
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Donc, je fais partie des gens qui encouragent les pays en voie de développement à faire des efforts pour éviter l’endettement. Il faut que l’endettement soit exceptionnel, il ne faut pas en faire une ressource ordinaire comme nous le voulons aujourd’hui.
Au-delà du projet Simandou, comment selon vous, la Guinée, pourrait-elle utiliser cette note pour diversifier son économie et réduire sa dépendance au secteur minier ?
Il faut des réformes, c’est tout. Il faut boucher les trous, il n’y a pas meilleur choix.
Selon vous, cette note pourrait-elle favoriser l’accélération de la création du Fonds Souverain ?
Oui, ça peut accélérer, ça ne se discute pas. Parce que les partenaires peuvent prendre des participations. On peut avoir de l’argent dont on est sûr de pouvoir rembourser. Donc déjà, même si c’est une personne physique, quand tu crois que la personne peut rembourser la dette, tu peux lui passer de ton argent. Mais si tu doutes, tu ne vas pas passer lui passer ton argent. Donc ça peut changer beaucoup de choses.
Cette note B plus n’est pas mauvaise. Si on t’offre l’or, vraiment c’est une bonne chose. Mais si tu peux avoir le diamant, je pense c’est encore mieux. L’or c’est pour nous. Mais de l’autre côté, on a le diamant, il ne faut pas qu’on court derrière l’or en oubliant qu’à côté-là, on peut trouver le diamant. C’est pourquoi que je parle de réforme interne.
Nous avons l’or, on félicite le gouvernement. Mais il faut rappeler au gouvernement que derrière, là où il ne regarde pas là, il y a le diamant. Je veux tout simplement dire, les occidentaux ne doivent pas nous tromper pour nous encourager à oublier les réformes internes, la mobilisation de nos ressources, pour dire, restez tranquille, je vais vous donner de l’argent.
C’est comme si tu dis à un paysan, cette année ne cultive pas, je vais assurer sa dépense annuelle, en dette. C’est bon de dire à quelqu’un, tiens, je t’aide. Mais ne lui dis pas, ne crée pas de richesse. Parce qu’en le faisant, tu le laisses dans la dépendance.
Fin
Entretien réalisé par Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 29 septembre 2025 10:49Nous vous proposons aussi
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