Niafou, village guinéen où le Gnf est banni au profit du Fcfa : « Si je prends ce billet, c’est pour la poubelle…»

NIAFOU-Niafou est un district de la commune rurale de Balaki, préfecture de Mali-Yembering, en moyenne Guinée. Dans cette localité cosmopolite, l’orpaillage a encore de beaux jours devant elle. L’exploitation artisanale de l’or attire la convoitise de plusieurs nationalités. Guinéens, sénégalais, maliens, burkinabé rivalisent d’ardeur à la quête du métal jaune.

Niafou s’est agrandie il y a environ dix ans lorsque Diaaka une autre bourgade voisine sous la coupole du Sénégal a été retourné à la Guinée. Érigé en secteur, Diaaka a été rattaché à Niafou qui connait un fulgurant accroissement de sa population.

Dans cette zone de trois frontières (Mali, Guinée, Sénégal), excepté le drapeau national (rouge, jaune, vert) et d’autres services de l’Etat, rien ou presque ne l’identifie à la Guinée.

L’économie locale tourne au rythme malien ou sénégalais. C’est le Fcfa qui est consommé au détriment du Gnf (franc guinéen) qui est banni de tous. Les taxes, les redevances minières, le commerce tout se paie en Fcfa

Kummba Keita, mère d’un enfant vit ici depuis quelques années. De temps en temps elle est dans l’orpaillage : « Je suis de Balaaki centre, c’est le mariage qui m’a envoyé à Diaaka. A Balaki, c’est le franc Guinéen qu’on mange, mais ici c’est seulement le Cfa. C’est difficile de trouver même un monnayeur.

A Diaaka et Niafou, c’est le CFA qui est consommé. Je travaille parfois auprès de la machine broyeuse de l’Or pour un petit revenu journalier de 3000cfa. Nous sommes là…à la quête du quotidien », témoigne Kummba Keita

 

Oury Bêla Camara est orpailleur guinéen. Depuis son arrivée dans cette zone il a perdu la culture du franc guinéen. Il témoigne : « Nous sommes en Guinée, c’est vrai mais c’est le CFA qui circule. Des maliens, des sénégalais et des burkinabé sont nombreux. Donc, tout se négocie en CFA : le transport, le négoce etc. Ici le franc guinéen est un facteur de blocage parce que tu ne verras jamais de preneur. Le CFA a pris le dessus. Les taxes, les redevances minières…tout se paye en CFA »

Vendredi 7 avril 2023. Nous sommes à l’heure de la rupture du jeûne. Chacun se précipite pour trouver quoi mettre sous la dent après une journée de pénitence. Nous tendons un billet de 20000 Gnf à une vendeuse de bouillie. Sa réaction est déconcertante : « Hé…ne bloquez pas mon commerce. Si je prends ce billet c’est pour la poubelle », crie-t-elle. Une réaction qui en dit long sur la valeur que représente le franc guinéen dans cette localité.

Même le transport n’est pas épargné. Notre convoyeur ne prend que du CFA auprès de ses clients. Moussa Bah, élève vend pour sa mère dans une boutique. L’adolescent confie qu’il ne connaît pas le franc guinéen.

D’ailleurs, sa maman lui a donné une consigne claire : « Ma mère m’a dit que c’est seulement le cfa qu’il faut prendre avec les clients, sinon on va me tromper », confie le jeune garçon.

A Niafou et Diaaka aucun opérateur téléphonique guinéen ne fonctionne. Le réseau des télécommunications est dominé par des opérateurs maliens et sénégalais.

A suivre…

Depuis Niaafou, Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 avril 2023 10:02

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