Emballages plastiques : Pourquoi les prix s’envolent dans les marchés de Conakry…

CONAKRY- Depuis plusieurs jours, une hausse spectaculaire du prix des sacs plastiques est constatée dans plusieurs marchés, boutiques et magasins de la capitale guinéenne. Une situation qui suscite incompréhension, colère et inquiétude aussi bien chez les commerçants que chez les consommateurs. Dans plusieurs quartiers de Conakry, le constat est le même : les prix des sachets plastiques ont quasiment doublé, voire triplé dans certaines zones. Le petit sachet vendu auparavant à 500 francs guinéens coûte désormais 1 000 francs guinéens. Celui qui était cédé à 1 000 francs guinéens se négocie aujourd’hui entre 1 500 et 2 000 francs guinéens selon les fournisseurs et les localités.

Au marché de Cosa, Mamadou Barry, vendeur dans une boutique de produits divers, dit vivre cette situation avec beaucoup de difficultés. « Les clients pensent que c’est nous qui augmentons les prix pour gagner davantage d’argent, alors que nous-mêmes achetons désormais les sacs plastiques très chers. Avant, avec une petite somme, on pouvait avoir plusieurs paquets. Aujourd’hui, les fournisseurs nous imposent de nouveaux tarifs. Même pour emballer les marchandises des clients, cela devient compliqué », explique-t-il derrière son comptoir.

Selon lui, cette hausse commence déjà à impacter les petites activités commerciales. « Certains clients refusent même qu’on leur donne un sac parce qu’ils savent que cela augmente le coût final de leurs achats. D’autres viennent avec leurs propres sachets ou des paniers. Franchement, la situation devient difficile pour tout le monde », ajoute le commerçant.

Du côté des consommateurs, le mécontentement grandit également. Rencontrée devant une boutique à Cosa, Fatoumata Binta Sidibé ne cache pas sa frustration. « Tout augmente actuellement. Même les sacs plastiques sont devenus chers. Quand tu achètes quelques articles aujourd’hui, on te demande encore de payer le sachet à part. Pourtant avant, cela était presque gratuit. Pour les femmes qui vont au marché chaque jour, cela représente une dépense supplémentaire », déplore cette mère de famille.

Elle estime que cette nouvelle hausse risque d’aggraver davantage les conditions de vie des ménages déjà confrontés à la cherté de la vie. « Maintenant, ce sont les sachets plastiques qui augmentent. Les autorités doivent regarder cette situation parce que les citoyens souffrent », lance-t-elle.

Une conséquence du décret sur les plastiques à usage unique ?

Pour plusieurs observateurs, cette flambée des prix serait liée à l’application du décret pris par le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, interdisant l’importation, la fabrication et la commercialisation des emballages plastiques à usage unique non biodégradables en Guinée. Une décision saluée par les défenseurs de l’environnement, qui dénoncent depuis plusieurs années les conséquences néfastes des déchets plastiques sur la nature et la santé publique. Interrogé sur la question, Issa Camara, environnementaliste, estime que cette mesure était nécessaire malgré les difficultés temporaires qu’elle pourrait entraîner.

« La Guinée fait face à une pollution plastique inquiétante. Dans les caniveaux, les marchés, les plages et même dans certaines rivières, les déchets plastiques sont partout. Cette décision des autorités vise à protéger l’environnement et la santé des populations », explique-t-il.

Toutefois, il estime que l’application du décret doit impérativement être accompagnée de mesures alternatives. « On ne peut pas interdire brutalement les sacs plastiques sans proposer des solutions accessibles aux citoyens et aux commerçants. Il faut encourager la production locale de sachets biodégradables et sensibiliser davantage la population à l’utilisation des paniers, sacs réutilisables ou emballages écologiques », recommande-t-il.

Ce que dit le ministère de l’Environnement

Le 26 mai 2026, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Djami Diallo, a rappelé l’obligation de respecter strictement les dispositions du décret D/2024/0172/PRG/CNRD/SGG du 21 septembre 2024 portant interdiction des emballages et objets en plastique à usage unique en République de Guinée.

La ministère précise que cette réforme vise à réduire les impacts néfastes des déchets plastiques sur la santé publique, les écosystèmes, les ressources en eau, les sols ainsi que le cadre de vie des citoyens. Elle a annoncé plusieurs mesures progressives, notamment :

  • le renforcement du contrôle sur l’importation des matières premières destinées à la fabrication des sachets plastiques ;
  • l’entrée en vigueur, à compter du 20 septembre 2026, de l’interdiction de fabrication et de distribution des emballages plastiques à usage unique ;
  • le retrait progressif des sacs plastiques dans les pharmacies, supermarchés et grandes surfaces commerciales ;
  • des campagnes de sensibilisation sur les dangers des plastiques à usage unique ; ainsi que des opérations de contrôle et de saisie des stocks détenus illégalement.

Le département de l’Environnement indique travailler avec le ministère du Commerce et la Chambre de Commerce afin d’accompagner la transition vers des alternatives plus durables.

Des alternatives encore limitées

Dans plusieurs marchés de Conakry, certains commerçants commencent déjà à rechercher des solutions alternatives pour contourner la pénurie et la hausse des prix. Mais pour beaucoup, les options disponibles restent encore limitées et coûteuses.

Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 29 mai 2026 13:20

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