Littérature: Woury Maali Diallo décrypte son livre « Les Ombres tropicales. Viens, je te raconte Mali-Yembering » (entretien)

PARIS – Né au pied du mont Loura, sur le plateau de Tangué, dans le centre urbain de Mali (Guinée), Woury Maali Diallo, après avoir été 30ème de la République au baccalauréat, option sciences sociales, en 2011 en République de Guinée, arrive en France en 2015, après ses études primaires, secondaires et universitaires. Dans ce pays d’accueil, il obtient une licence puis un master en sociologie, spécialité « immigration guinéenne et africaine ».

A Paris, il travaille dans l’humanitaire dans le cadre de « l’accompagnement des immigrés pour leurs insertions sociale, suivi et évaluation des dossiers de retraites, les démarches d’accès aux droits et à la santé ». Aujourd’hui, il publie un ouvrage qui immortalise les vertes prairies de sa préfecture natale, où se dresse la gracieuse Dame de Mali.

« Les Ombres tropicales. Viens, je te raconte Mali-Yembering » est le titre de ce livre paru aux Éditions Vérone. Dans cet ouvrage marquant, on retrouve tout sur Mali : ses réalités, sa sociologie, son peuplement, ainsi que la variante « tangué » du pulaar, une manière très particulière de parler qui forge l’identité des populations de cette préfecture.

AFRICAGUINEE.COM : Votre livre vient de paraître avec un titre évocateur : « Les Ombres tropicales. Viens, je te raconte Mali-Yembering ». Expliquez-nous d’où est partie votre inspiration.

WOURY MAALI DIALLO : Je vous remercie très chaleureusement de me recevoir sur votre site d’information, qui est aujourd’hui une référence en termes de crédibilité et de professionnalisme dans le monde des médias guinéens et africains. S’exprimer sur Africaguinee.com est pour moi un immense honneur.

Pour revenir à votre question, m’aventurer dans cet exercice d’écriture est une passion de longue date. Je suis d’ailleurs plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. Écrire est aussi une forme de thérapie pour moi : cela me permet de me libérer et d’extérioriser les sensibilités et les émotions qui habitent mon âme. Nous vivons dans un monde en perpétuelle ébullition, tant sur le plan social, économique, migratoire, politique qu’écologique. En tant qu’amoureux de la lecture et de l’écriture, et face à un constat qui m’a particulièrement alerté, j’ai décidé après mûre réflexion de prendre la plume.

Bravant le sommeil et la fatigue, dans la nuit noire et le froid de l’Occident, j’ai voulu exprimer tout ce que j’avais besoin de raconter et libérer ce fardeau de la nostalgie qui bouillonnait en moi.

Face à la solitude de l’exil, à l’isolement et à l’éloignement familial, une obligation morale m’a poussé à ouvrir mon ordinateur. Il me fallait relater l’immensité des valeurs, la mémoire et la conscience collective, ainsi que l’attachement profond que je porte à ma terre natale, afin de soulager une âme étouffée par des maux qui n’ont d’autre guérison que la thérapie des mots.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué lors de la rédaction de ce livre ?

Vous savez, lorsque l’on naît, grandit et vit sur une terre que l’on porte dans son âme, le plus beau cadeau qu’on puisse lui offrir est de mettre son talent au service de son développement et de son rayonnement aux yeux de l’humanité. C’est ce que j’ai fait à travers ce livre qui est aujourd’hui parue en France.

En République de Guinée, partout où je passe — et les natifs de Mali-Yembering pourront le confirmer —, on nous interpelle souvent ainsi : « Pourquoi vous, les gens de Mali-Yembering, comptez-vous autant d’intellectuels et dominez-vous toujours les classements à l’école ? » J’ai donc cherché à comprendre le pourquoi de ce phénomène en menant mes propres enquêtes auprès des sages et des personnes-ressources de notre terroir.

Dans ce livre, j’explique de fond en comble d’où vient cette conscience collective et cet amour viscéral, des populations Mali-Yembering, pour l’école. Tout est parti de la grande vision de Thierno Chérif Yembering. J’y détaille la stratégie que ce grand visionnaire avait mise en place pour que notre préfecture engendre un nombre important de cadres. N’oublions pas que cette terre a donné à la Guinée un Premier ministre (Ahmed Tidiane Souaré), un ministre de l’Éducation (Ousmane Souaré), ou encore les fondateurs de grandes institutions comme l’UNC et l’Université Barack Obama, pour ne citer qu’eux.

J’ai également tenu à honorer la préfecture en évoquant la fête de la pomme de terre et la célèbre histoire de la « Dame de Mali », figure emblématique de la région ainsi que des personnalités de Mali-Yembering. Aussi, honorer Souleymane Niogué Diallo (ancien maire de la commune urbaine de Mali) et Oury Comi Diallo (ancien maire de Doghel-Sigon) qui ont laissé leurs empruntes dans notre tangué natal à travers un plan de développement local de grandes envergures.

Qu’est-ce que vous souhaitez réellement offrir au public guinéen et aux lecteurs du monde entier à travers cet ouvrage ?

Mon ambition est d’inviter les lecteurs guinéens et internationaux à découvrir la Guinée profonde. Je veux mettre en lumière ce que représente Mali-Yembering pour le monde intellectuel national, la richesse de son identité plurielle, la diversité culturelle du pays « tangué », son potentiel minier, ainsi que les festivités de la fête de la pomme de terre. C’est un hommage à cette conscience collective qui a fait de l’école l’étendard de la réussite et de l’émancipation sociale.

À travers le parcours du personnage principal, je cherche à montrer qu’en s’accrochant aux études avec persévérance, on peut réussir sans heurt majeur. Mais cette réussite ne peut être pleinement possible sans la participation des parents, de la société et, bien sûr, de l’État, qui doit moderniser le secteur éducatif en développant les infrastructures scolaires dans tout le pays.

Dans un autre registre, j’ai voulu lancer une alerte sur la disparition progressive de l’identité Pulaaku au Fouta-Djaloo, où le remplacement des prénoms foulbé et des noms de villages par des influences arabes menace, à long terme, l’existence même de nos traditions. L’État doit prendre des mesures pour préserver notre patrimoine culturel.

Enfin, je rappelle que le vivre-ensemble doit être une priorité en Guinée. Nous devons combattre l’ethnocentrisme pour bâtir une cohésion sociale durable, car nous sommes tous liés d’une manière ou d’une autre.

Le livre suit le parcours d’un élève de Mali-Yembering parti passer son baccalauréat à Conakry avant de revenir chez lui pour les vacances. Autour du thé et lors des veillées nocturnes entre amis, les personnages racontent leur quotidien dans la capitale : le calvaire des études, les corvées subis dans les familles d’accueilles, le chômage de masse et les difficultés d’insertion professionnelle. L’intrigue se déroule à la fin du régime d’Alpha Condé, marquée par son « coup d’État constitutionnel » et son « mandat de trop ». L’œuvre aborde les dérives de sa gouvernance — la corruption, le recul des libertés et des droits de l’homme — qui ont finalement conduit au coup d’État militaire, plongeant le professeur dans une forme de somnolence politique.

Le prix du livre est 22 euros et il n’est disponible actuellement que sur commande en ligne sur :

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Mail : [email protected]

Tél : +33758182994

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél : (+224) 664 93 45 45

Créé le 25 mai 2026 15:29

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