Mamadou Alimou Diallo: « Koundara mérite un statut particulier au regard de ses potentialités agricoles »

CONAKRY- Unique député du FRONDEG (Front Démocratique de Guinée) selon les résultats provisoires des législatives du 31 mai, Mamadou Alimou Diallo entend porter à l’Assemblée nationale plusieurs combats en faveur de Koundara. Statut particulier pour cette préfecture agricole, raccordement à l’interconnexion électrique ouest-africaine, création d’un mécanisme de redistribution des recettes du poste frontalier de Sambailo : le nouvel élu détaille ses priorités et sa vision du mandat parlementaire dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, ce dimanche 7 juin 2026.

AFRICAGUINEE.COM : À l’issue des résultats provisoires des élections législatives du 31 mai dernier, vous êtes le seul candidat du FRONDEG élu à l’Assemblée nationale. Quels sentiments vous animent après cette victoire ?

MAMADOU ALIMOU DIALLO : Je voudrais d’abord, à l’entame de cette interview, profiter de cette occasion pour remercier les populations de Koundara pour le soutien massif qu’elles ont apporté à ma candidature. Cette victoire est la leur. Elle est également le résultat d’un engagement politique de plus de trente ans, entamé sur les bancs de l’université. Durant toutes ces années, j’ai connu des hauts et des bas, mais je n’ai jamais abandonné ni rompu le lien avec ma base. Je ne peux donc qu’être fier de ce résultat. Je rends grâce à Allah et remercie mes parents, mon épouse ainsi que tous les amis qui se sont investis corps et âme pour remporter cette victoire symbolique.

Que représente pour vous le fait d’être le porte-voix de la préfecture de Koundara au sein de la prochaine législature ?

C’est une immense fierté d’être le porte-voix de toute ma préfecture. J’en mesure pleinement la responsabilité. Je ferai tout pour mériter cette confiance en portant à l’Assemblée nationale les véritables préoccupations des populations guinéennes en général, et celles de Koundara en particulier.

Quelles sont les principales préoccupations que vous comptez porter à l’Assemblée nationale au nom des populations de Koundara ?

Koundara est une zone agricole par excellence qui mérite d’être davantage valorisée. Je pense même que notre préfecture devrait bénéficier d’un statut particulier au regard de ses immenses potentialités dans le domaine agricole.

Aujourd’hui, les choses commencent à bouger grâce à d’importants projets financés par la Banque mondiale et la Banque islamique de développement. Je fais notamment référence au PEDRI et à AGRI-FARM, qui comportent plusieurs volets, notamment l’aménagement des plaines rizicoles, la réalisation de pistes rurales et la construction de marchés ruraux.

Nous allons également mener des campagnes de sensibilisation auprès des producteurs afin de lever certaines réticences face aux réformes. Beaucoup craignent encore les aménagements agricoles, alors qu’une plaine aménagée peut atteindre un rendement de 5 à 6 tonnes à l’hectare, contre moins d’une tonne dans les conditions actuelles.

La phase expérimentale a déjà démarré dans les plaines de Néné Diarra, entre Altou et Saréboïdo, où 400 hectares sont en cours d’aménagement. Il existe aussi une filière oignon en pleine expansion à Sambailo et à Madina Badiar qui mérite un accompagnement particulier.

En tant qu’agriculteur, j’ai de nombreuses idées dans ce domaine et je compte les partager avec mes collègues députés afin de mener un plaidoyer efficace en faveur de Koundara et de la Guinée. Il en est de même pour l’élevage, un secteur en plein essor, même si la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs demeure parfois source de tensions.

Concernant l’électricité, avec les autres députés originaires de Koundara, notamment Boubacar Siddighi Diallo et Aïssatou Lamarana Diallo, nous allons nous battre pour que la préfecture soit raccordée à la ligne d’interconnexion électrique ouest-africaine qui transite par Gabou vers la Guinée-Bissau.

À défaut, nous encouragerons un partenariat public-privé pour la construction d’une centrale solaire. Koundara bénéficie d’un fort ensoleillement presque toute l’année. Les groupes électrogènes qui alimentent actuellement la ville ne constituent pas une solution durable.

Sur le plan environnemental, le reboisement du Kolomba, ce ruisseau qui traverse la ville de Koundara, figure également parmi nos priorités. Nous allons explorer toutes les possibilités de partenariat avec les collectivités locales et les partenaires techniques et financiers pour mettre en œuvre un projet efficace. Par ailleurs, nous comptons engager des discussions avec les autorités douanières afin que Koundara bénéficie davantage des recettes générées par le poste frontalier de Sambailo.

Nous plaidons pour la mise en place d’un mécanisme de compensation permettant de financer certaines infrastructures de base, telles que les écoles, les centres de santé ou les forages. De la même manière que certaines préfectures minières bénéficient de redevances spécifiques, nous estimons que notre préfecture, dont la frontière constitue l’une des principales sources de recettes de l’État, devrait également tirer profit de cette activité économique.

Bref, les idées ne manquent pas. Nous travaillerons à leur concrétisation avec l’implication des populations. Moi, je n’aurais aucun problème à agir en fonction de mes convictions et de l’intérêt de ma circonscription. Parce qu’il faut comprendre une chose : vous pouvez être élu sous la bannière d’un parti politique, mais une fois élu, vous devenez député de la République.

Vous parlez d’une forme de redevance liée aux recettes du poste frontalier de Sambailo. Avez-vous déjà une proposition précise à soumettre au Parlement ou au gouvernement ?

Si vous me demandez une proposition concrète, je dirais qu’il faudrait dégager chaque année une partie des recettes générées afin d’alimenter un fonds dédié. Il ne s’agit pas de remettre cet argent à une personne, mais de constituer une caisse destinée au financement de projets de développement : réhabilitation d’écoles, réalisation de forages dans les villages qui en ont besoin, et bien d’autres infrastructures utiles.

Prenons l’exemple des redevances minières : certaines collectivités perçoivent plus de deux milliards de francs. Cet argent n’est pas distribué directement aux individus ; il sert à financer des projets identifiés et validés. C’est ce modèle que nous souhaitons voir appliqué.

Nous demandons donc qu’un montant soit réservé au profit des collectivités concernées. Non pas pour être distribué à quelqu’un, mais pour permettre aux collectivités de définir ensemble les priorités de développement et de financer les projets nécessaires. L’esprit de cette proposition est simple : il n’est pas normal que des centaines de milliards soient générés sans que les populations locales n’en ressentent les retombées.

Vous serez l’unique député du FRONDEG à l’Assemblée nationale. Comment comptez-vous défendre vos propositions dans un hémicycle où votre formation sera faiblement représentée ?

Lorsqu’on est élu député, on est avant tout investi d’un mandat national. Le parlementaire est libre de défendre les intérêts de ses concitoyens et n’est soumis à aucun mandat impératif. C’est l’un des fondements de la fonction parlementaire.

Dans ce contexte, le fait que mon parti ne dispose pas d’un groupe parlementaire important ne constitue pas, à mes yeux, un handicap majeur. Le règlement de l’Assemblée permet à un député d’adhérer à un groupe parlementaire de son choix ou de siéger parmi les non-inscrits.

Pour ma part, je me déterminerai en fonction de mes convictions et des intérêts que j’aurai à défendre. On peut être élu sous la bannière d’un parti politique, mais une fois à l’Assemblée nationale, on devient député de la République. À ce titre, notre responsabilité est de défendre avant tout les intérêts de la Guinée et de l’ensemble de ses citoyens.

Vous avez été élu à l’issue d’un scrutin particulièrement disputé, face notamment au candidat de la GMD. Selon vous, quels facteurs ont fait la différence en votre faveur ?

Je ne saurais vraiment le dire. Mais je constate que j’ai obtenu une avance significative dans la commune urbaine où j’ai exercé les fonctions de maire et où j’ai eu l’occasion de réaliser de nombreuses actions. Peut-être que les populations ont voulu récompenser ce bilan.

J’ai également remporté le scrutin dans trois des six sous-préfectures de Koundara. Il est vrai que l’élection n’a pas été facile, d’autant que j’avais en face de moi un candidat de poids, mon jeune frère Bill Boiro, à qui je rends hommage. Il a reconnu ma victoire dès le lendemain du scrutin, un geste que je salue et qui mérite d’être souligné.

Je lui ai rendu visite pour le remercier de cette attitude républicaine et lui ai tendu la main pour une collaboration franche dans l’intérêt supérieur de Koundara. J’ai également reçu les félicitations de l’honorable Mèta Traoré. Cela démontre que les fils de Koundara peuvent donner un bel exemple de démocratie et de fair-play politique au reste du pays.

Je voudrais, au terme de cette interview, remercier l’ensemble des populations de Koundara pour leur comportement exemplaire tout au long du processus électoral. Elles ont voté dans le calme et la sérénité, ce qui est une source de fierté pour nous tous.

Nous avons assisté à une campagne civilisée, marquée par le respect mutuel entre les candidats. Nous nous connaissons tous et entretenons, pour la plupart, des relations de longue date. Malgré la compétition électorale, nous avons su préserver l’essentiel : la fraternité et la cohésion entre les fils de Koundara.

Quel message souhaitez-vous adresser aux électeurs qui vous ont accordé leur confiance ainsi qu’à ceux qui ont porté leur choix sur d’autres candidats ?

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est temps de rassembler toutes les énergies et toutes les compétences de la préfecture, quelles que soient les sensibilités politiques, afin de faire de Koundara un modèle d’unité et de progrès.

Je suis convaincu qu’une dynamique nouvelle, fondée sur l’inclusion et le dialogue, est possible. Pour ma part, je m’emploierai à la promouvoir tout au long de ce mandat. Nos ressortissants établis à l’étranger ont également un rôle important à jouer dans cette dynamique. C’est pourquoi nous envisageons la mise en place prochaine d’une cellule de réflexion internationale chargée de contribuer au développement de Koundara et de proposer des initiatives concrètes au service de la préfecture.

 

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 juin 2026 09:09

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