Un enseignant contractuel « non-retenu » élu maire de Saréboido : Ninketa Bandia, 33 ans, évoque son parcours et ses ambitions…
KOUNDARA- À 33 ans, Ninketa Bandia incarne un parcours peu ordinaire. Enseignant contractuel non retenu lors du recrutement des enseignants communautaires, il a été élu maire de Saréboido sous les couleurs du RRD, à l’issue de l’installation des conseils communaux le 2 juillet 2026. Dans cet entretien, il raconte son itinéraire, explique pourquoi il s’est engagé en politique et détaille sa vision pour développer cette commune frontalière de la préfecture de Koundara.
AFRICAGUINEE.COM: Depuis combien d’années enseignez-vous ?
NINKETA BANDIA : Je suis enseignant au lycée de Saréboido ainsi qu’au lycée Hadja Aïssatou Boiro. Je suis professeur de biologie, diplômé de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry depuis 2019. De 2019 à 2024, j’ai exercé au lycée de Saréboido. En 2025, lorsque les enseignants communautaires ont été recrutés, je n’ai malheureusement pas été retenu. J’ai alors rejoint la sous-préfecture de Koumbia, dans la préfecture de Gaoual, où j’ai enseigné pendant toute l’année scolaire 2025. À mon retour en 2026, le sous-préfet et l’ancien président de la délégation spéciale de Saréboido, Bachir Kazo Boiro, ont souhaité que je reste dans la sous-préfecture. Ils ont saisi le Directeur sous-préfectoral de l’Éducation (DSE), qui m’a affecté au collège de Madina Badiar comme professeur de chimie. J’y enseignais lorsque le lycée Hadja Aïssatou Boiro a également sollicité mes services. J’ai donc assuré les cours dans les deux établissements. Au lycée, un collègue m’a cédé la classe de terminale, où j’ai dispensé les cours de biologie, tout en continuant à enseigner la chimie au collège de Madina.
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer en politique ?
Ce qui m’a poussé à faire de la politique, c’est la conviction que si vous ne vous engagez pas, votre voix ne compte pas dans les décisions qui concernent votre communauté. J’avais aussi l’ambition de contribuer au changement à Saréboido. Je me suis dit que je pouvais apporter ma contribution pour favoriser la paix, la stabilité et le développement de notre sous-préfecture. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de présenter ma candidature à la mairie.
Quels sont les principaux problèmes que vous avez identifiés ?
Ils sont nombreux. Sur le plan des infrastructures, plusieurs districts n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Cela s’explique notamment par une répartition inéquitable des ressources publiques. Il faut également renforcer la sensibilisation afin que la population s’implique davantage dans le développement de la commune. Dans le secteur de l’éducation, beaucoup de jeunes abandonnent les études au profit de l’émigration. Je pense pouvoir contribuer à sensibiliser les familles et les jeunes afin qu’ils accordent davantage d’importance à l’école.

En matière de santé, la situation est également préoccupante. Bien que Saréboido soit la deuxième plus grande commune de la préfecture de Koundara, elle ne dispose même pas d’une ambulance. Lorsqu’une femme rencontre des complications pendant l’accouchement et doit être évacuée vers Koundara, c’est souvent une moto qui est utilisée. Cette situation entraîne malheureusement des pertes en vies humaines. À mon avis, ce problème peut être résolu grâce à une mobilisation conjointe des ressources de la commune et de l’appui des ressortissants. Ensemble, nous pouvons acquérir une ambulance et réduire considérablement ces drames.
Beaucoup s’interrogent. Vous êtes désormais maire de cette commune rurale qui abrite un important marché hebdomadaire fréquenté par des commerçants de plusieurs pays de la sous-région. Allez-vous continuer à enseigner ?
L’enseignement est un métier que j’aime profondément. Je ne peux pas l’abandonner aussi facilement. Je suis encore jeune, je suis de la génération 1993, et arrêter d’enseigner aujourd’hui serait, pour moi, une façon de perdre progressivement mes acquis. Si j’ai choisi ce métier, c’est parce que je veux continuer à apprendre tout en transmettant mes connaissances. Mon élection à la mairie ne m’empêchera donc pas de poursuivre cette vocation.
À la commune, les responsabilités sont partagées entre les différents conseillers. Le maire ne gère pas tout seul l’ensemble des activités. Avec une bonne répartition des tâches entre les 23 conseillers communaux, je pense qu’il est tout à fait possible de concilier mes fonctions de maire et celles d’enseignant. Je suis prêt à servir ma communauté sur ces deux plans. Depuis 2019, je suis en situation de classe sans être intégré à la fonction publique, ni au niveau local ni au niveau central. C’est pourquoi je dis que je suis un enseignant communautaire non retenu.
Malgré cette situation, vous n’avez jamais quitté les salles de classe. Peut-on dire que la politique a été pour vous une opportunité ou un refuge ?
Je tiens à préciser que ma candidature est avant tout le résultat d’une sollicitation de la communauté. Ce n’est pas une décision que j’ai prise seul. Les citoyens ont estimé que j’avais les compétences nécessaires et ils m’ont accordé leur confiance. C’est cette confiance qui m’a conduit à accepter de me porter candidat. Aujourd’hui, je suis prêt à assumer pleinement cette responsabilité et à répondre aux attentes de la population.
La sous-préfecture de Saréboido est confrontée à plusieurs défis : le lotissement d’une ville en pleine croissance, l’accès à l’eau potable dans les districts et les secteurs, ainsi que l’état de la route reliant Kandika à Koundara. Comment comptez-vous répondre à toutes ces préoccupations ?
La route Kandika-Saréboido-Koundara est un axe international. Sa construction relève principalement de l’État, et la commune ne dispose pas des moyens nécessaires pour réaliser un tel projet à elle seule. En revanche, nous pouvons agir sur son entretien. D’ailleurs, des travaux sont déjà en cours. Nous procédons au drainage des eaux stagnantes et au remblayage des nids-de-poule afin d’améliorer les conditions de circulation. Nous continuons également à solliciter l’appui de l’État pour une réhabilitation durable de cette route. Par ailleurs, une rencontre est prévue avec les chefs de services de la commune ainsi que la Chambre de commerce afin d’examiner les solutions permettant d’améliorer rapidement le tronçon entre Saréboido et Koundara.
Et qu’en est-il du tronçon Saréboido-Kandika ?
Sur le tronçon Sanka-Kandika, nous avons déjà rebouché les trois principales coupures afin de faciliter la circulation. Entre Sanka et Kouttan, des travaux de reprofilage ont également été réalisés au cours de la journée de mercredi. Ce jeudi, nous poursuivons les travaux sur le tronçon Saréboido-Koundara. C’est la situation actuelle sur le terrain. Notre ambition est claire : mettre la commune au service des citoyens. C’est notre priorité.
Quel message souhaitez-vous adresser au Président de la République et au Gouvernement ?
Comme je l’ai indiqué, nous avons d’abord besoin de l’appui de l’État pour la réhabilitation de la route Koundara-Kandika. C’est un axe frontalier reliant la Guinée à la Guinée-Bissau, dont l’importance dépasse le seul cadre de notre commune. Si cette route est entièrement réhabilitée, les retombées seront importantes non seulement pour Koundara, mais aussi pour l’économie nationale. C’est pourquoi nous lançons un appel solennel au Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, afin qu’il accompagne ce projet et qu’il accorde une attention particulière à la préfecture de Koundara. Nous sommes convaincus que l’aménagement de cette route constituera un investissement rentable pour l’État.
Concernant le lotissement de la ville de Saréboido, quelles sont vos ambitions ?
Le lotissement fait bien partie de nos objectifs. Cependant, compte tenu des moyens limités dont dispose actuellement la commune, notre priorité immédiate est d’améliorer les infrastructures routières. Pour le lotissement proprement dit, nous aurons besoin de l’accompagnement de l’État. Avec cet appui, nous sommes convaincus que nous pourrons engager ce chantier en mobilisant également les compétences locales ainsi que les ressortissants de Saréboido.
Quel message souhaitez-vous adresser aux filles et fils de la sous-préfecture de Saréboido ?
J’invite d’ailleurs tous les ressortissants à nous faire confiance. Si, par le passé, certains ont pu être déçus par la gestion de la commune, je leur demande aujourd’hui de nous accompagner. Le moment n’est plus aux discours, mais au travail. Chaque contribution sera gérée avec rigueur, dans la transparence, et exclusivement au profit de la communauté. Nous veillerons personnellement à la bonne utilisation de tous les investissements qui seront réalisés.
Je lance donc un appel à tous les fils et filles de Saréboido. Le développement de notre commune est une responsabilité collective. Sans l’appui des ressortissants, nous ne pourrons pas tout accomplir. Nous prendrons notre part de responsabilité, mais avec leur soutien, nous pourrons faire beaucoup plus. Comme on le dit, l’union fait la force. Nous sommes au service de l’État et de notre communauté. Merci.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 9 juillet 2026 16:13









